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Brève et succincte analyse sur la révolte populaire en cours en Algérie.

salah sakhri

Brève et succincte analyse sur la révolte populaire en cours en Algérie.


Depuis le 22 février 2019, des millions d’Algériens exigent le départ de Bouteflika à la fin de son mandat (le 28 avril 2019) d’une part et d’autre part qu’il ne se représente pas pour un 5e mandat à l’élection présidentielle du 18 avril 2019. Son long règne autocratique (depuis avril 1999, Sa gouvernance est devenue insupportable par la grande majorité de la population algérienne. Outre ses violations répétées de la légalité constitutionnelle (il a fait modifier 4 fois la Constitution pour rester au pouvoir. La clique absolutiste se fait soigner en France et à l’étranger alors que les Algériens souffrent le martyr de la mauvaise qualité du système sanitaire), son népotisme (ses frères sont ses conseillers) son patriotisme de pacotille…ont constitués les ferments de la colère populaire contre tout ce qu’incarne Bouteflika. Son impopularité se mesure aux millions d’Algériens qui ont exprimés dans les manifestations leurs dégouts d’une classe dirigeante qui se moque d’eux. Le décalage entre la majorité de la population qui souffre et la minorité qui s’engraisse par tous les moyens est flagrant. La 5e candidature de Bouteflika a été l’étincelle qui a mis le feu aux poudres. Les masses crient haut et fort : suffit les horreurs économiques et l’humiliation nationale.

Le mouvement de contestation populaire actuel garde un caractère pacifique non seulement pour éviter une «saignée» voulue par une partie de la classe dirigeante, mais également pour épargner le sinistre scénario du pseudo- printemps arabe, cher aux partisans de droite et de gauche du droit d’ingérence humanitaire. Dans la conjoncture actuelle, les manifestants ont fait preuve d’une grande responsabilité politique et morale.
Les fortes entrées d’argents dus à la hausse du prix du pétrole et du gaz (1000 milliards de dollars depuis l’année 2000) ont permis à la bourgeoisie de piller sans vergogne le trésor-public devenu un tiroir caisse où l’on puise à satiété. Les bourgeois algériens, les capitalistes se partagent la part du lion de la rente pétrolière et les miettes sont accordées à la population sous formes d’aides à l’emploi. La paix sociale a ainsi été achetée par une bourgeoisie dont le profit est au cœur de ses préoccupations.

L’émission par le gouvernement Ouyaha (juillet 2017 à mars 2019) de papier monnaie en grosse quantité appelée, pudiquement, «la planche à billets» encourage la spéculation, permet aux capitalistes de gagner des millions de dinars et entrave la production sociale avec la cherté des matériaux, des machines, etc. En poursuivant une stratégie axée sur le développement de la petite production marchande la classe dominante et le gouvernement de Bouteflika à sa dévotion ont transformés le pays en une semi-colonie commerciale des monopoles impérialistes français, américains, allemands, anglais, italiens, chinois, etc.

Malgré le constat de faillite, Bouteflika présentât aux Algériens sa candidature pour un 5e mandat. Colère dans la population. La physionomie politique de Bouteflika est ainsi : il se donne tous les droits, celui de mentir, de corrompre, de dominer et d’écraser. Sa philosophie de classe qu’il érige en morale universelle le conduit à considérer qu’il existe des hommes qui dominent et d’autres qui sont fait pour être dominés. Il ne cesse de clamer : c’est moi ou le chaos. Nous avons eu l’enfoncement du pays dans le chaos économique, social et sanitaire et Bouteflika. Les millions d’Algériens qui ont exprimés leur refus de le voir briguer un 5e mandat présidentiel ont fait preuve d’un extraordinaire sang-froid, s’ils ont clairement affirmés qu’ils rejetaient le scénario catastrophique syrien, libyen ou yéménite. Ils refusent toute ingérence étrangère dans leurs affaires interne. La devise «après-moi le déluge» ne fait pas partie de l’arsenal idéologique des manifestants contrairement à la clique absolutiste de Bouteflika.

En louant dans «ses» lettres la magnanimité des manifestants Bouteflika ne fait que montrer sa fourberie. Il tente de canaliser la colère populaire dans le sens de ses convoitises. Sauf que cette fois-ci le «roi est nu !». Devant la profondeur et l’envergure de la lame de fond contestatrice il annonce le report de la présidentielle du 18 avril 2019, à une date indéterminée, et prolonge sans aucune base légale son 4e mandat. Ce n’est ni plus ni moins qu’un coût d’état institutionnel obtenu avec le consentement des chefs de l’armée et des partis de l’alliance présidentielle (le FLN, le RND, le MPA et consorts).
Sauf que cela ne passe plus ! Les manifestants refusent toute prolongation du 4e mandat non pas pour des arguties constitutionnelles, mais parce qu’ils ne veulent plus être gouvernés comme avant. Ils n’acceptent plus que la classe dirigeante continue de délier au nom de la devise «après moi le déluge» le lien fort qui les uni à leur terre, à leur langue nationale (l’arabe commune et non unique à tout le peuple) à leur culture, etc. Ils ne veulent plus d’un Algérie enfoncée dans des rapports bourgeois teintés de conceptions pré-modernes et réactionnaires.

On ne peut nier que la protestation actuelle dégage une forte volonté de régénérer intellectuellement et socialement l’Algérie : ans quoi il est impossible de faire prospérer le peuple. Les manifestants montrent qu’ils sont dans le sillage des ainés qui ont donnés leur vie pour libérer le pays de l’atroce et odieux système colonial. Ce sont des ouvriers, des paysans, des travailleurs manuels et intellectuels, des étudiants, des lycéens qui leur font honneur. La réorganisation sociale du pays est en marche : elle sera régénératrice ou ne sera pas !

La classe ouvrière algérienne est dispersée parce qu’elle n’a pas encore son parti de type léniniste, homogène, combatif et discipliné. Sans ce parti disposant d’une théorie révolutionnaire agissante, la classe ouvrière algérienne ne pourra assumer la mission historique que lui assigne l’histoire. Sans l’auto-organisation des masses on ne peut espérer arracher une Assemblée constituante, avec des moyens révolutionnaires si possible, pour constituer réellement un régime démocratique au service des masses laborieuses et non un rafistolage des assises politiques de la bourgeoise.

Ce n’est pas le dit parti des travailleurs (PT disposant d’une vingtaine de députés à l’Assemblée nationale) soi-disant représentant de la gauche algérienne qui constitue l’avant-garde de la lutte pour la démocratisation du régime algérien. Sa porte-parole Louisa Hanoune a été éjectée du cortège des manifestants à Alger du fait de sa proximité avec Bouteflika. Les autres partis du même tonneau que le PT (le PST, le FFS, le MDS, le PLD, etc., même s’ils sont dans l’action) ne sont nullement l’alternative démocratique salutaire et vivifiante. Cependant, ce constat ne doit nous mettre dans une posture négative à leur égard. On doit chercher à une unité d’action avec eux contre le pouvoir algérien antipopulaire et antinationale. En organisant un front d’alternative démocratique et populaire regroupant sur une plate-forme progressiste, les communistes révolutionnaires et les partis d’opposition défendant les intérêts de la majorité de la population constituée d’ouvriers, de paysans, de petits producteurs, d’intellectuels... en un mot le prolétariat.

En cette période d’effervescence populaire, il est plus que jamais nécessaire d’analyser avec précision les revendications des partis algériens dit de gauche afin de ne pas être trompé par le caractère juste, injuste ou inopérant de leurs promesses, revendications et mots d’ordre. Il suffit d’un minimum d’attention et de réflexion pour se convaincre que c’est dans cette direction que l’on doit pousser notre jugement sur le cours des événements et son issu. Prendre des mesures claires, simples, réalisables, à la mesure de la force du peuple…sans remettre en cause l’ordre politique et l’ordre économique bourgeois revient au fond à accepter le mode de production capitaliste et à refuser son régime de répartition. Le mouvement populaire qui remue actuellement l’Algérie de fond en comble s’il continue ainsi conquerra la liberté et donnera, déjà qu’il donne, un bel exemple de lutte résolue et ferme pour un avenir meilleur (même avec pleins d’erreurs) aux autres peuples.

Salah Sakhri
Lille, le 14 mars 2019.
















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