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Comment la révolution syrienne a été tuée

Anthony SAMRANI

Le conflit a tellement muté pendant plus de 7 ans qu’on en a presque oublié les raisons de sa genèse.

Le berceau est devenu tombeau. En hissant à nouveau le drapeau national syrien sur Deraa, où avaient eu lieu les premières manifestations contre Damas en mars 2011, le régime et ses alliés ont planté le dernier clou dans le cercueil de la révolution syrienne. La guerre n’est pas finie, loin de là. Mais ce qui survivait encore de son essence révolutionnaire a quasiment disparu après la reprise de cette province du Sud syrien. Entre les premiers graffitis d’enfants appelant à la révolte et les célébrations des soldats du régime fêtant leur retour dans cette région traditionnellement acquise au Baas, la guerre aura fait au moins 350 000 morts, 6 millions de réfugiés et autant de déplacés, et des dizaines de milliers de disparus. Tel aura été le prix de la victoire du camp loyaliste. Telle aura été la détermination de Bachar el-Assad et de ses parrains russe et iranien à éradiquer, par tous les moyens possibles, le désir insurrectionnel. C’est cette différence, non pas seulement de moyens mais aussi de volonté, en particulier chez les alliés des deux camps, qui explique en grande partie l’évolution de cette guerre. Damas était prêt à tout pour survivre. Moscou et Téhéran ont fait tout ce qui leur était possible pour l’y aider. Les rebelles n’ont pas réussi de leur côté à s’unir derrière un objectif commun. Leurs alliés arabes et occidentaux les ont instrumentalisés (surtout les premiers) avant de les abandonner. Le rapport de force n’était pas équitable.

La peur a changé de camp
Le conflit syrien a tellement muté pendant plus de 7 ans, enfantant de nombreuses guerres et impliquant des dizaines d’acteurs locaux, régionaux et internationaux, qu’on pourrait presque oublier les raisons de sa genèse. C’est leur désir de liberté, de retrouver un semblant de dignité, qui a d’abord motivé les Syriens à descendre dans la rue pour appeler à la chute du régime. L’euphorie des printemps arabes et le processus de libéralisation de l’économie syrienne – ayant sérieusement affecté les classes populaires – ont fait tomber les dernières barrières. La peur a changé de camp pendant un bref moment. Considérant que le moindre signe de faiblesse pourrait lui être fatal, Damas a réprimé les manifestations dans le sang en prenant soin, dès le départ, de donner une coloration communautaire à la révolte. Si le régime avait accepté de lâcher un peu de lest, de faire quelques réformes pour satisfaire les manifestants, la guerre syrienne n’aurait peut-être jamais eu lieu. C’est en tout cas l’avis de nombreux Syriens interrogés par L’Orient-Le Jour au cours de ces dernières années.

Mais le pouvoir a utilisé la seule réponse qu’il connaisse : l’usage décomplexé de la force et la diffusion d’une propagande associant la rébellion, selon les publics visés, tantôt à un instrument du sionisme et de l’impérialisme, tantôt à une horde d’islamistes sunnites voulant faire disparaître toutes les minorités. Sa seconde arme a été au moins aussi efficace que la première : Damas et ses parrains ont gagné la guerre du récit – notamment auprès des publics occidentaux – avant de remporter des batailles sur le terrain.

Divisés, désorganisés et en manque de soutien réel, les rebelles sont assez vite devenus les instruments d’une guerre par procuration menée par l’Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie contre la Syrie et son allié iranien. Ce parrainage a eu deux effets extrêmement nocifs pour la rébellion, outre le fait d’avoir largement détérioré son image : il a permis aux groupes les plus radicaux, qui recevaient davantage de fonds, de prendre le dessus sur les factions modérés, et il a surtout contribué à confessionnaliser un peu plus le conflit, tombant ainsi dans le piège d’un régime qui n’en demandait pas tant. La révolte au nom de la liberté a dès lors pris le visage d’un conflit asymétrique opposant sunnites et chiites dans un affrontement régional ne laissant plus de places à la nuance et d’où les Occidentaux se retrouvaient quelque part automatiquement exclus.

S’est ensuivi une succession de grands tournants, exclusivement en faveur du régime. 2013 : la volte-face de Barack Obama après l’attaque à l’arme chimique contre la Ghouta orientale fait comprendre à la rébellion qu’elle ne peut plus compter sur une intervention de ceux qui s’étaient fait appeler ses « amis ». 2014 : l’apparition de l’État islamique (EI) en Syrie, auquel sont rapidement associés tous les rebelles dans l’imaginaire populaire, fait de la lutte contre le terrorisme, à la définition très évolutive selon les acteurs, la principale priorité des partis au conflit. 2015 : l’intervention russe vient sauver un régime à la dérive et lui permet de lancer son opération de reconquête. 2016 : Alep-Est en ruines tombe aux mains du régime, sous le regard impassible des Occidentaux, ce qui signe le début de la fin pour la rébellion. Tout ce qui s’est passé depuis cette date était prévisible, la dynamique étant clairement en faveur du trio Damas-Moscou-Téhéran. La fin d’un conflit marquant systématiquement le début d’un autre en Syrie, c’est désormais la présence iranienne qui est au cœur d’un jeu de dupes entre Israël et la Russie. La géopolitique prend encore une fois le dessus sur le reste – ce qui a été l’une des marques de fabrique de la dynastie Assad – au détriment de la population syrienne.

Marquée au fer rouge
Les historiens auront bien du mal à restituer les multiples vies de la révolution syrienne. Ils pourront toutefois s’appuyer sur les dizaines de milliers de témoignages des hommes et femmes torturés, bombardés, violés, sur les photos montrant la barbarie de l’État syrien, ou encore sur les photos de ces cadavres amassés les uns à côté des autres à chaque nouvelle attaque chimique. La révolution syrienne aura été marquée au fer rouge par l’horreur. Mais elle aura aussi permis de faire naître de nouveaux germes, un esprit de résistance et de rébellion, un désir de liberté et de dignité, qu’il sera nettement plus difficile pour le régime à éradiquer.



Commentaires (5)
1. agadir le 14/07/2018 18:09
Quelle révolution? Les USA, l'arabie saoudite, qatar, jordani, Eau, et la Turquie, ont créé les groupes terroristes Daech et autres pour anéantir la Syrie dans le but de la création du Grand Moyen sioniste et protéger l'entité sioniste. Et vous appelez ça la révolution?!!!
2. Alan Horus le 14/07/2018 18:28
Article faux et partial. Ce qui se passe en Syrie est du même ordre que ce qui c'est passé en Libye et en Égypte. C'est à dire un vaste complot ourdi par ....? Qui a votre avis ?
3. yukof le 16/07/2018 23:11
@ agadir
j'ai pas compris, bachar qui a jamais tué un seul soldat Israelien de son vivant, Israel voulait le faire tomber :) ?
mais qui a aidé les chiites en Irak contre Daesh alors ? :)

@ Alan Horus
Moubourack , premier alliée d'Israel, renversé par qui ? :)
Les frères musulmans, liés aux Hamas, soutenus par la CIA :) ?


ci dessus, comment détruire l'ignorance complotiste en 4 questions . Bonne nuit

(et si ils étaient vraiment sincère devant Allah, ils seraient que ceux qui méprisent sa loi n'apportent que malheurs aux populations arabes, comme c'est le cas depuis 50 ans dans le monde arabe ....)
4. oh-daz le 17/07/2018 17:38
..Sarkozy à Assad : « On va mettre votre pays à feu et à sang ! »

En 2008, lors d'une rencontre entre Nicolas Sarkozy et Bachar al-Assad concernant un projet de gazoduc, le président français, contrarié par son refus, aurait promis à Assad de « mettre son pays à feu et à sang ! » Un an plus tard, des « révolutions """""populaires """""» éclataient en Syrie...
5. Tom France le 18/07/2018 09:42
Une révolution?? Ben voyons! Une guerre international par proxis pour les seuls intérêts du grand israel et la kabbale des banksters de la City/wall street oui, qui n'a pas encore compris cela 7 ans plus tard?
La Syrie avec l'aide de ses alliés a résisté sans relâche à tous les plans des agresseurs qui visaient non pas à renverser le régime et prendre le contrôle des ressources, mais bien à la détruire complètement et l'effacer de la carte au profit d'un redécoupage totale de ses frontières!
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