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Conflit Inde-Pakistan : ce qu’il faut savoir

Darius Shahtahmasebi

Une récente attaque terroriste au Cachemire pourrait ouvrir la voie à un conflit majeur entre l’Inde et le Pakistan, alors que l’Inde a commencé à bombarder le territoire pakistanais. Comme toujours, les causes de ces problèmes sont ignorées par les médias.

Le 14 février, l’Inde a été secouée par un attentat-suicide à la bombe qui a eu lieu au Jammu-et-Cachemire. L’attaque a visé un convoi de véhicules de personnel de sécurité, tuant au moins 42 officiers de la Central Reserve Police Force (CRPF), ainsi que le poseur de bombe lui-même.

Un groupe islamiste pakistanais du nom de Jaish-e-Mohammed (JeM) a revendiqué l’attentat. Les principaux objectifs de JeM sont d’annexer le Cachemire, d’imposer la charia au Pakistan et de chasser les forces occidentales d’Afghanistan. Son autre priorité, à terme, est de chasser tous les hindous et les non-musulmans du sous-continent indien.

L’attentat a fait l’objet d’une si mauvaise publicité que le Conseil de sécurité des Nations Unies, qui s’est finalement mis d’accord sur quelque chose, pour une fois, a accordé le statut de victime du terrorisme à l’Inde et demandé aux États-membres de coopérer activement avec New Delhi pour traduire ses agresseurs en justice.

Après que l’Inde eut fait le serment d’une « réponse brutale » à l’attentat, le Premier ministre pakistanais Imran Khan a autorisé ses militaires à « réagir de manière décisive et complète à toute agression ou aventurisme » de l’Inde. Au cas où les implications de ses propos ne seraient pas claires, ces deux États qui se trouvent actuellement au bord d’une guerre possèdent des armes nucléaires.

Apparemment, malgré cette menace de catastrophe nucléaire, l’Inde a eu la bonne idée d’envoyer des avions chasseurs en territoire pakistanais, afin de participer à ce que le ministère indien des Affaires étrangères a appelé une « action préventive non militaire » contre JeM. L’incursion indienne dans l’espace aérien pakistanais a forcé l’armée de l’air pakistanaise à réagir précipitamment, ce qui a amené les avions indiens à « larguer leur charge à la hâte avant de s’enfuir ».

En fin de compte, l’Inde a prétendu avoir tué un « très grand nombre » de terroristes, de chefs et de jihadistes. Pour tout dire, l’Inde avait prévenu qu’elle était prête à la guerre contre le Pakistan. Elle a également fait pression pour que le Pakistan soit inscrit sur une liste noire de surveillance de la terreur, tout en menaçant d’étrangler les flux d’eau vers le Pakistan, un moyen de pression plus efficace que la force militaire.

Après le raid, le Pakistan a, à juste titre, affirmé son droit à la légitime défense. Mais la légitime défense de quoi – de la souveraineté du Pakistan ou du groupe terroriste JeM ? (Si en fait, l’Inde visait bien les combattants de JeM). C’est exactement ce que le ministère indien des Affaires étrangères a affirmé être la raison de ces attaques : l’inaction du Pakistan dans la lutte contre ses propres terroristes. Et c’est là que le droit international tend à compliquer les choses : il autorise l’usage de la force contre un État souverain si celui-ci est « réticent ou incapable » de s’opposer à des forces intérieures destructrices pour un voisin. Aux yeux de l’Inde, Islamabad ne veut pas ou ne peut pas combattre la menace terroriste à l’intérieur de ses frontières. (De plus, cela permet peut-être à l’Inde de manifester son mécontentement au sujet de l’influence grandissante de sa grande rivale, la Chine, au Pakistan).

Mais d’accord, acceptons la logique de la menace terroriste. Si nous voulons mettre le feu à une poudrière qui commencerait par deux pays dotés de l’arme nucléaire et finirait par s’étendre à l’Iran, à l’Arabie saoudite, aux Émirats Arabes Unis et à la Chine, examinons au moins le contexte de la menace quotidienne d’actes terroristes au Pakistan et en Inde.
En remontant la piste de l’argent

Les États-Unis et leurs alliés entretiennent des relations curieuses avec le Pakistan et le terrorisme depuis des années, comme le savent tous ceux qui connaissent leur histoire. Ce dont ils ne se souviennent peut-être pas, c’est qu’en février 2007, le vice-président de l’époque, Dick Cheney, s’était rendu au Pakistan pour rencontrer le président général Pervez Musharraf. Selon PBS, la campagne secrète contre l’Iran par le groupe terroriste soutenu par les États-Unis connu sous le nom de Jundullah, était l’une des priorités de Cheney.

Quelques mois plus tard, ABC News rapportait que Jundallah, qui est « responsable d’une série de raids meurtriers de guérilla en Iran est secrètement encouragé et conseillé par des officiels américains depuis 2005 ».

Le reportage explique que « les relations des États-Unis avec Jundullah sont organisées de telle sorte que les États-Unis ne fournissent aucun financement au groupe, ce qui nécessiterait un ordre présidentiel officiel, ainsi qu’un contrôle du Congrès ». Sans même rappeler que l’ancien chef de l’armée pakistanaise, le général à la retraite Mirza Aslam Baig, a également expliqué que « les États-Unis soutiennent le groupe terroriste Jundullah et l’utilisent pour déstabiliser l’Iran ».

D’accord, ainsi les États-Unis ont soutenu le groupe Jundullah au Pakistan contre l’Iran, mais quel est le rapport avec la situation actuelle ? Eh bien, il semble que JeM et d’autres organisations terroristes au Pakistan reçoivent un soutien direct de la part de leurs principaux alliés américains, dont au premier chef l’Arabie Saoudite.

Par exemple, un câble archivé par Wikileaks sur les activités de financement illicites en Afghanistan et au Pakistan, affirme que « persuader les autorités saoudiennes de traiter le financement du terrorisme émanant d’Arabie saoudite comme une priorité stratégique a été un défi permanent « .

« Pourtant », poursuit le câble, « les donateurs saoudiens constituent la principale source de financement des groupes terroristes sunnites dans le monde ».

Il n’est pas surprenant que l’Arabie Saoudite « reste une base de soutien financier essentielle » pour — accrochez-vous — « Al-Qaida, les Taliban, LeT [Lashkar-e-Taiba] et d’autres groupes terroristes ». LeT est une organisation terroriste basée au Pakistan qui se concentre également sur le Jammu-et-Cachemire, où le récent attentat terroriste a eu lieu (ainsi que la réponse initiale de l’Inde). Depuis le début des années 1990, LeT et JeM ont reçu un soutien massif de l’Inter-Services Intelligence (services du renseignement du Pakistan, ISI) du Pakistan. En fait, en 1993, LeT est devenu membre du United Jihad Council (Conseil du djihad unifié), un groupe de coordination pour les islamistes militants opérant au Cachemire et, ce faisant, cette entité a formé une alliance directe avec JeM. En ce qui concerne le département d’État américain, les deux groupes sont presque complètement synonymes.

L’ISI avait lui-même été l’un des principaux bénéficiaires de milliards d’aide américaine, en particulier sous l’administration de George W. Bush. Le câble de Wikileaks montre clairement que les États-Unis étaient bien conscients que des éléments de l’ISI entretenaient des liens avec LeT.

Le câble note également que le Qatar, le Koweït et les Émirats arabes unis ont également fourni un appui à LeT et à d’autres groupes terroristes opérant dans la région. Tous ces pays sont des alliés des États-Unis.

De plus, un autre câble publié par Wikileaks a confirmé que l’Arabie Saoudite et les Émirats Arabes Unis ont acheminé de l’argent non seulement à LeT mais aussi directement à JeM, et exposait que :

« Les populations locales estiment que les activités caritatives menées par les organisations Deobandi et Ahl-e-Hadith, notamment Jamaat-ud-Dawa, la Fondation Al-Khidmat et Jaish-e-Mohammed, renforcent encore la dépendance vis-à-vis des groupes extrémistes et minimisent l’importance des dirigeants religieux soufis traditionnellement modérés dans ces communautés. Des sources gouvernementales et non gouvernementales ont affirmé qu’un soutien financier estimé à près de 100 millions de dollars US parvenait chaque année aux clercs de Deobandi et d’Ahl-e-Hadith dans la région de la part d’organisations « missionnaires » et « charitables » islamiques d’Arabie Saoudite et des Émirats Arabes Unis, avec le soutien direct manifeste de leurs gouvernements ».

L’Arabie Saoudite elle-même a été considérée comme un refuge pour les djihadistes ciblant l’Inde, y compris et surtout LeT. Une enquête a également révélé que l’Arabie Saoudite a acheminé des fonds à des groupes terroristes anti-Indiens par l’intermédiaire de pèlerins du Hadj, et le diplomate a déploré que JeM recherche des recrues potentielles parmi les 150 000 Indiens musulmans qui se rendent à La Mecque chaque année.

Donc, pour résumer : les États-Unis ont une longue histoire bien documentée de soutien à des groupes terroristes pakistanais anti-iraniens sunnites basés en Iran. L’Arabie Saoudite et ses alliés du Golfe ont apporté un soutien financier au LeT, allié direct et opèrant dans la même zone que JeM (également bénéficiaire de financements directs de l’Arabie Saoudite), qui a récemment revendiqué une attaque ayant tué au moins 40 policiers indiens.

Pas besoin de sortir de Saint-Cyr pour comprendre. Je suis peut-être un peu suspicieux, mais c’est peut-être la raison pour laquelle l’Arabie Saoudite a ouvertement assuré à Islamabad qu’il n’avait pas besoin de poursuivre directement JeM, même si les dirigeants du groupe continuent de vivre tout à leur aise au Pakistan.

Et ce dont personne ne semble parler, ce sont les implications de cette lutte géostratégique pour la région. L’Arabie Saoudite veut conquérir le Pakistan, dans une lutte acharnée où Islamabad est central, et, dans ce but, elle s’engage à consacrer 10 milliards de dollars à la construction d’une raffinerie de pétrole dans le projet portuaire de Gwadar, ce qui situera un important projet saoudien à la frontière de l’Iran.

Le plus inquiétant sont les rumeurs persistantes selon lesquelles l’Arabie Saoudite aurait également reçu des armes nucléaires « commandées » au Pakistan. Comme s’il n’était pas assez grave que l’Inde et le Pakistan aient des armes nucléaires alors qu’il échangent des frappes aériennes, penser que ces armes apocalyptiques pourraient un jour finir entre les mains du royaume d’Arabie Saoudite, le pays qui mène actuellement une guerre génocidaire au Yémen, qui soutient des jihadistes dans toute la région, et qui menace constamment d’une guerre avec Téhéran semble purement suicidaire.

Selon les médias israéliens, la récente visite au Pakistan du prince héritier saoudien Mohammed ben Salman (MBS) a renforcé l’inclusion du Pakistan dans l’OTAN arabe anti-Iran. Ces pays se précipiteront-ils à l’aide du Pakistan alors qu’il est pilonné par les avions de chasse indiens ? Ou la diplomatie et le sang-froid finiront-ils par l’emporter ?

Heureusement, nous pouvons faire confiance aux médias pour poser ces questions cruciales et ne pas concentrer toute leur énergie sur encore une autre opération de changement de régime dans un pays riche en pétrole, non ?



Traduction Entelekheia

Paru sur RT sous le titre Pakistan-India showdown: What you’re not being told

Photo chanpath sur Pixabay : Cachemire


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