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Droit à mourir ou droit de tuer ?

Kit

Avec ce texte britannique, on s’apercevra encore une fois que les problématiques sont les mêmes de chaque côté de la Manche, et d’ailleurs plus généralement dans toute la zone d’influence atlantiste-libérale. Sur le thème de l’euthanasie, on peut se demander pourquoi, dans la plupart des pays de la zone, la question a récemment émergé dans les médias, après des siècles de silence uniquement interrompus par l’épisode de l’Allemagne d’Hitler – et à l’époque, elle était dénoncée comme une des atrocités nazies (des millénaires, en fait, puisque dans toute l’histoire de l’humanité, à cette affreuse exception près, l’euthanasie n’a jamais été légale ou même admise, voire seulement débattue où que ce soit. Le concept n’était tout simplement venu à l’idée de personne).

Pourquoi est-ce qu’aujourd’hui, nos médias semblent avoir oublié le nazisme pour chanter en chœur les louanges de la mort sur ordonnance ? Après quelques recherches, la réponse semble en tenir à une logique économique austéritaire, voire grippe-sou de la part des pays qui l’ont légalisée ou qui l’envisagent : l’euthanasie permet de réaliser des économies substantielles sur la santé, tout simplement. Le Canada, qui l’a légalisée en juin 2016, argue de « millions économisés » et pense même à la combiner avec des dons d’organes (obligatoires?) pour alimenter le marché en organes « de bonne qualité » – d’une pierre deux coups, plus besoin de prendre les vieux, les infirmes, les dépressifs, les malades, les personnes traumatisées en charge et leurs organes en plus, uniquement des avantages. A telle enseigne que, avant même le passage de la loi canadienne, les soignants des unités palliatives qui refusaient l’idée de tuer leurs patients subissaient des pressions politiques agressives. Le « droit de mourir dans la dignité », avant même son inscription dans la loi, était déjà devenu un devoir de tuer ! Il s’agit donc bien, comme l’auteur de l’article l’écrit plus bas, d’une machine étatique implacable — emmenée par cette logique libérale qui ne connaît rien d’autre que « les eaux glacées du calcul égoïste ». Quitte à nous envoyer tous dans une régression sociale sans précédent.

Par Kit
Paru sur OffGuardian sous le titre “Right to Die”, or Right to Kill?

Les pages d’opinion du Guardian étaient prévisibles aujourd’hui. John Harris disait que le Brexit est mauvais et que Corbyn en porte la faute, Shon Faye écrivait que les droits des trans sont un enjeu lié aux classes sociales et Rhil Samadde analysait les significations des poignées de main et Donald Trump.

Il n’y a rien sur le véganisme ou la façon dont Vladimir Poutine est responsable du changement de climat, mais il est encore tôt.

Questions réellement sérieuses couvertes – Aucune.
Polémiques libérales de rigueur promotionnées – Plusieurs.
Affectations de vertu – Ostentatoires, étalées, longuement développées.

Mais la pire est Polly Toynbee, et ce n’est pas la première fois. Elle pense que nous devrions avoir une loi sur le « droit à mourir ».

Le scandale Gosport impliquait des travailleurs de la santé qui assassinaient des patients avec de la morphine, et Harold Shipman était un médecin, et avec plus de 250 victimes, l’un des tueurs en série les plus prolifiques de l’histoire de l’humanité. Il tuait ses patients avec de la morphine. Polly pense que le remède à ce type de psychopathie est de légaliser le meurtre de patients par la morphine.

C’est d’une logique impeccable.

Elle écarte d’emblée l’argument selon lequel ce type de loi pourrait donner lieu à des abus en une phrase.

La différence entre la mort non souhaitée et le suicide assisté tient en un mot : le choix.

Elle fait ensuite la même chose avec l’argument de la « pente dangereuse » :

Ceux qui, principalement pour des raisons religieuses, affirment qu’il s’agirait d’une pente dangereuse vers des dangers de type Gosport, ignorent délibérément qu’une loi empêcherait un autre Gosport, à travers une régulation qui apporterait de la transparence aux traitements de fin de vie.

Mais ces affirmations passent à côté du problème – les objections au « droit à mourir » ne sont pas religieuses ou éthiques, mais simplement pratiques.

La loi pourrait donner lieu à des abus, et c’est une pente dangereuse.

Toute loi, n’importe quelle loi, est (ou devrait être) destinée à protéger la majorité des gens d’une société donnée d’une minorité de criminels. Voter une loi qui donnerait un « droit à mourir » ouvre une faille défavorable aux personnes les plus vulnérables.

C’est également la raison pour laquelle le suicide est illégal.

Le suicide n’est pas illégal pour empêcher les gens de prendre cinquante aspirines ou de plonger du pont du Golden Gate, mais pour protéger les gens impressionnables, vulnérables de manipulateurs qui les pourraient les pousser à en finir avec la vie.

Si la loi que Polly préconise avait existé il y a vingt ans, Harold Shipman n’aurait enfreint aucune loi ou a fortiori vu l’intérieur d’une cellule de prison.

Approuver une loi sur le « droit à mourir » aujourd’hui permettrait à de futurs Shipman d’opérer en toute impunité, entièrement dans les limites de la loi, ou à des héritiers cupides de trucider grand-mère avant son heure pour toucher son magot, le tout au nom de l’humanisme.

Et c’est juste au niveau individuel.

Au niveau de l’État, nous avons déjà un gouvernement qui, selon le recensement d’une récent étude, a causé la mort de 120 000 personnes à travers une austérité barbare, qui a dit aux gens handicapés et aux mourants qu’ils devaient retourner travailler, qui a supprimé les aides de l’Etat pour des personnes cancéreuses ou des gens en fauteuils roulants.

Des milliers de gens sont morts après avoir été déclarés « aptes au travail ».

Nous avons un député tory qui a proposé d’arrêter les traitements visant à allonger la vie pour les personnes de plus de 80 ans. Combien de temps faudra-t-il avant que le « droit à mourir », si une telle loi est votée, cesse d’être un « droit » et devienne un « devoir » ? Combien de temps avant que les gens qui n’usent pas de leur droit à mourir soient considérées comme « des profiteurs du système » ou des poids morts coûtant un « pognon de dingue à la sécu » ?

Coupera-t-on leurs pensions de retraite et autres aides à ceux qui refuseront de faire le « bon choix » ?

L’État a déjà bien trop de pouvoir, et a démontré de façon répétée qu’il est capable d’en abuser. Lui en donner encore plus serait, dans ce cas, littéralement suicidaire.

Les professionnels de la santé bien intentionnés aident déjà presque certainement certains patients condamnés à passer la ligne d’arrivée en douceur, en usant de leur expérience et de leur jugement. Cette pratique relève d’une zone éthique grise entre les médecins, les patients et leurs consciences respectives.

Le « droit à mourir » existe dans notre société en tant qu’accord tacite entre individus informés, et sur une base ponctuelle.

Au nom de la protection de la société contre des individus sociopathes ou une machine étatique implacable, c’est ainsi qu’il doit rester.



OffGuardian, l’un des quelques très bons blogs britanniques d’infos alternatives sur internet, a été fondé par des lecteurs du Guardian déçus par ses orientations de plus en plus néocons/néolibérales.

Traduction et note d’introduction Corinne Autey-Roussel pour Entelekheia
Illustration : Jerôme Bosch, détail.


Commentaires (1)
1. mourad le 03/07/2018 07:39
Ils disent les musulmans sont des assassins, des terroristes, et des tueurs nés car l'islam les incite à aller tuer..
Ces lois d’euthanasie où sont-elles en application dans des pays occidentaux ou dans un pays musulman ?.
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