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En mission divine: Pompeo envoie des messages aux évangélistes depuis le Moyen-Orient

Alison Tahmizian Meuse

Lors de sa tournée au Moyen-Orient, le secrétaire d’État s’est adressé à un auditoire de son pays, à savoir les chrétiens évangélistes qui constituent le principal électorat de Trump.

Pendant que le président Donald Trump se défendait contre les critiques au sujet de l’arrêt prolongé du gouvernement et des nouveaux rapports selon lesquels il avait cherché à dissimuler ses communications avec le président russe Vladimir Poutine, son envoyé évangélique chantait ses louanges depuis le Moyen-Orient.

Le diplomate américain Mike Pompeo a salué son auditoire au Caire avec une emphase prophétique.

« Ce voyage est particulièrement important pour moi en tant que chrétien évangéliste, si tôt après les célébrations de Noël de l’Église copte. C’est un moment important. Nous sommes tous des enfants d’Abraham : Chrétiens, musulmans, juifs. Dans mon bureau, je garde une Bible ouverte sur mon bureau pour me rappeler Dieu et Sa Parole, et La Vérité. »

Il a ajouté qu’il était au Caire pour annoncer une autre vérité, que l’Amérique était une « force du bien » au Moyen-Orient.

Pompeo a ensuite commencé à se déchaîner contre l’ancien président Barack Obama, que certains évangélistes marginaux ont accusé d’être un musulman secret et même l’antéchrist. Le secrétaire d’État en a profité pour exprimer ses doléances intérieures et accuser Obama de la montée de l’État islamique et de la montée en puissance de l’Iran.

« Rappelez-vous : c’est ici, dans cette ville, qu’un autre Américain s’est adressé à vous. Il vous a dit que le terrorisme islamiste radical ne découlait pas d’une idéologie. Il vous a dit que le 11 septembre avait conduit mon pays à abandonner ses idéaux, en particulier au Moyen-Orient.

« Les résultats de ces erreurs de jugement ont été catastrophiques « , a déclaré M. Pompeo à un groupe d’étudiants au regard incrédule, suscitant peu de réactions palpables.

« Nous avons grossièrement sous-estimé la ténacité et la méchanceté de l’islamisme radical, une souche débauchée de la foi qui cherche à renverser toute autre forme de culte ou de gouvernance. Daech est allé jusqu’aux abords de Bagdad alors que l’Amérique hésitait. Ils ont violé, pillé et assassiné des dizaines de milliers d’innocents. Ils ont fait naître un califat en Syrie et en Irak et ont lancé des attaques terroristes qui ont tué sur tous les continents « , a-t-il dit.

Le message messianique de Pompeo se situe dans un contexte où les challengers de la course présidentielle américaine de 2020 ont commencé à annoncer leurs candidatures. Au cours des deux dernières semaines, la députée hawaïenne Tulsi Gabbard, la secrétaire au logement de M. Obama, Julian Castro, et la sénatrice du Massachusetts, Elizabeth Warren, sont tous sortis de l’ombre dans l’espoir d’obtenir la candidature des Démocrates face à Trump.

On s’attend à ce que le président sortant conserve le soutien de son parti. Mais l’homme d’affaires qui a fait campagne sur la base de sa tactique de négociation de type « art of the deal » pour diriger Washington devra maintenant justifier une chute de la bourse et le plus long blocage gouvernemental de l’histoire américaine. Pour gagner en 2020, Trump aura besoin des évangélistes de l’Amérique fermement ancrés dans son camp.
Une lutte sans fin

Des années avant d’assumer la fonction de secrétaire d’État, M. Pompeo avait déclaré aux participants d’un rassemblement dans son Kansas natal que c’était non seulement un droit, mais un devoir pour les chrétiens que de conjuguer leur foi au service de la nation.

La politique, disait-il, « est une lutte sans fin… jusqu’au ravissement. » Le ravissement étant la croyance parmi beaucoup de chrétiens évangélistes que les croyants et les morts ressuscités monteront au ciel avec la seconde venue de Jésus Christ.

Andrew Chesnut, professeur d’études religieuses à l’Université du Commonwealth de Virginie, a expliqué que les sionistes chrétiens – désormais hégémoniques parmi les évangéliques blancs – croient que pour que le ravissement ait lieu, les juifs doivent retourner en « terre promise », ou Israël.

« Faites-en partie. Soyez du combat « , exhorta Pompéo à l’assemblée.

L’actuel secrétaire d’État a également déclaré que l’Amérique est menacée par des » personnes qui croient profondément que l’islam est la voie, la lumière et la seule réponse « .

« Ils abhorrent les chrétiens et continueront à faire pression contre nous jusqu’à ce que nous soyons sûrs que nous prions, que nous nous battons et que nous sachions que Jésus Christ, notre sauveur, est vraiment la seule solution pour notre monde ».



Pompeo semblait avoir pesé de tout son poids dans cette croisade en tant que principal envoyé de l’Amérique à l’étranger.

« En tant que sioniste chrétien, Pompeo partage la croyance d’Israël selon laquelle la grande force du mal au Moyen-Orient est l’Iran, et il l’a souligné dans son discours du Caire, que les Etats-Unis n’auraient de cesse que quand chaque botte iranienne soit chassée de Syrie.

« De plus, il considère la politique américaine au Moyen-Orient comme une force du bien chrétien dans une région déchirée par l’extrémisme islamique, à savoir l’Etat Islamique et l’Iran, en particulier ce dernier, a dit M. Chesnut.

Pompeo reste toujours imperturbable et n’est nullement embarrassé par les inclinations mercurielles de son patron, et, prenant la balle au bond lors de la dernière directive de retrait de la Syrie, il la présentant comme faisant partie du grand plan, dans lequel la sécurité d’Israël et la stabilité des Etats arabes désirant normaliser leurs relations avec Israël est primordiale.

Les Kurdes syriens du YPG sont en pourparlers avec le gouvernement de Bachar al-Assad, les principaux États du Golfe rouvrent leurs ambassades à Damas et les Turcs ont annoncé qu’ils poursuivraient leurs actions militaires contre YPG indépendamment du retrait américain. Aucun de tous ceux-là ne semble faire partie de l’auditoire de Pompeo.

Au lieu de cela, il a semblé envoyer un signal fort à un électorat clé dans son pays.
Passion pour Israël

Les protestants représentent plus de 40% de la population américaine, les évangélistes fidèles formant la majorité de ce groupe.

Les principales voix de la communauté évangélique dans la période précédant la course de 2016 ont décidé que Trump, en dépit d’une morale douteuse, pourrait servir de navire pour leurs ambitions. Le Pew Research Center a constaté que les évangélistes blancs ont voté « massivement » pour Trump lors du dernier vote.

En avril 2017, 75 % des protestants évangéliques blancs approuvaient le travail de Trump en tant que président, comparativement à 39 % pour le grand public, selon Pew.

L’une des questions clés pour cette communauté est le soutien sans équivoque à Israël, l’endroit où les évangéliques pensent que le peuple juif doit retourner.

« Les évangélistes blancs représentent l’un des secteurs les plus importants et les plus fidèles de la base politique de Trump, de sorte que l’auto-référence de Pompeo à l’évangélisme et sa politique pro-Israël au Moyen-Orient parlent parfaitement aux Baptistes et aux pentecôtistes du Sud par exemple, qui sont plus Sionistes que les Juifs américains » a ajouté Chesnout.



Mike Pompeo (à gauche), alors directeur de la CIA et candidat au poste de secrétaire d’État, le vice-président Mike Pence et le président Donald Trump rencontrent le prince Mohammed bin Salman à la Maison Blanche, le 20 mars 2018. Photo : AFP/Saul Loeb
Mike Pompeo (à gauche), alors directeur de la CIA et candidat au poste de secrétaire d’État, le vice-président Mike Pence et le président Donald Trump rencontrent le prince Mohammed bin Salman à la Maison Blanche, le 20 mars 2018. Photo : AFP/Saul Loeb
L’homologue évangélique de Pompeo, Mike Pence, a dit en juillet 2017 : « C’est vraiment le plus grand privilège de ma vie d’être vice-président d’un président qui se soucie tant de notre allié le plus cher. »

Le vice-président a alors promis que « le jour viendra où le président Donald Trump déplacera l’ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem ». Ce n’est pas une question de si, mais seulement quand. »

Cette promesse s’est concrétisée en décembre 2017, lorsque Trump s’est engagé à déplacer l’ambassade, et de nouveau en mai, lorsque le nouveau bâtiment a été inauguré à Jérusalem.

Les relations des États-Unis avec l’héritier du trône saoudien sont également considérées comme un élément inestimable de l’effort visant à maintenir la sécurité d’Israël dans une région hostile.

Le jeune prince Mohammed bin Salman a déclaré en avril que « les Israéliens ont le droit d’avoir leur propre terre ». Cette déclaration a été considérée comme une reconnaissance voilée du droit d’Israël d’exister et elle a été faite sans aucune concession en contrepartie.

Alors que son père, le roi Salman, a depuis remis son fils à sa place sur la question de la cession de Jérusalem aux Israéliens, ce n’est qu’une question de temps avant que le père ne passe pleinement les rênes au nouvel homme fort du royaume.

Lundi, Pompeo s’est entretenu avec le prince héritier à Riyad, un soutien critique destiné à tourner définitivement la page du meurtre du chroniqueur du Washington Post, Jamal Khashoggi. Il s’agissait également d’un rejet public des dirigeants élus du Sénat américain, qui ont adopté une résolution tenant le prince héritier responsable du meurtre.

L’ancien chef de la CIA a plutôt donné foi à l’enquête saoudienne, qui n’a pas impliqué le prince héritier dans l’affaire. Jusqu’à cinq Saoudiens risquent la peine de mort pour ce meurtre, mais ils n’ont pas été nommés et on ne s’attend pas à ce qu’ils incluent Saud al-Qahtani, le collaborateur du Prince héritier, accusé également de surveiller et participer personnellement aux actes de torture des activistes défenseurs, des droits de la femme.

Pompeo, lundi soir, a conclu sa tournée par un salut délibéré à Oman, qui a accueilli le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou pour une visite surprise en octobre. Avec cette visite, le sultanat est passé du statut d’arrière-cour suspect d’Obama tourné vers l’Iran à celui d’élément clé d’une équation régionale prometteuse. Une équation qui, pour les chrétiens idéologiques de l’administration Trump, divise le monde en bien et en mal.

Alison Tahmizian Meuse



Photo: Le secrétaire d’État américain Mike Pompeo (à droite) donne l’accolade à l’ambassadeur émirati aux Etats-Unis, Yousef Al Otaiba, au NYU Abu Dhabi campus le 13 janvier 2019. Photo : AFP / Andrew Caballero-Reynolds

Article original en anglais : On a mission from God: Pompeo messages evangelicals from the Middle East, Asia Times, le 15 janvier 2019

Traduction Avic – Réseau International
La source originale de cet article est animes.com
Copyright © Alison Tahmizian Meuse, animes.com, 2019


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