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Italie : si le peuple a mal voté, changeons de peuple !

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Les temps sont durs pour les défenseurs invétérés de la démocratie qui, depuis le non danois à Maastricht, les « non » hollandais et français à la Constitution européenne en 2005 jusqu’au vote italien du 4 mars dernier, en passant par la Grèce en 2015, le Brexit et l’élection de Trump, ne trouvent décidément plus peuple à son pied.

Ainsi, cette horde de « barbares » (dixit le Financial Times) qu’on appelle le peuple italien a forcé les marchés financiers et les institutions européennes à se mobiliser comme un seul homme contre le risque que représentait la coalition Ligue-M5S, démontrant, si besoin était, que la démocratie est bien pratique pour bombarder des pays comme l’Irak, la Libye et la Syrie, ou pour faire la leçon à la Russie et la Chine, mais qu’on est prêt à s’asseoir dessus s’il le faut.

C’est d’ailleurs ce que le commissaire européen au Budget, Günther Oettinger, a exprimé de façon totalement décomplexée, avant de se rendre compte de son dérapage, en tweetant : « Les marchés vont apprendre aux Italiens à voter correctement ! »

Le président italien Sergio Mattarella a donc opposé son veto à la nomination de l’eurosceptique Paolo Savona au poste de ministre de l’Économie, au motif que cela aurait envoyé un très mauvais message aux « acteurs économiques et financiers » (les observateurs notent par ailleurs l’absence d’opposition à la nomination de Salvini comme ministre de l’Intérieur qui veut expulser au plus vite 500 000 migrants… Vous avez dit « valeurs européennes » ?).

Les constitutionnalistes honnêtes reconnaissent que par cette décision, le président italien a outrepassé son pouvoir constitutionnel, qui ne prévoit pas qu’il puisse s’opposer à la nomination d’un ministre en raison de ses opinions politiques ou économiques.

De cela, les médias européens n’ont fait aucun cas. En pleine extase, ils ont immédiatement dépeint Mattarella en « rempart contre le populisme » (Ouest France), voyant en lui « le président qui dit non » (Le Monde), « le rigoureux gardien du temple constitutionnel » (Le Figaro), « un homme de principes » (La Tribune de Genève), et l’applaudissant en grande pompe : « Le président italien a bien fait – Forza Mattarella ! » (Handelsblatt), etc.

En réalité, le valeureux David face au vilain Goliath du populisme était loin d’être seul : il avait derrière lui toute l’armée paniquée des intérêts financiers de la City, et de leurs supplétifs européens, qui ont littéralement assiégé la péninsule italienne ces derniers jours, brandissant menaces, intimidations, voire même insultes.

Le 25 mai, l’agence de notation Moody’s a prévenu qu’elle comptait réexaminer sa note de l’Italie au regard du programme de la coalition, craignant que ce dernier ne porte atteinte aux « capacités fiscales italiennes » et ne bloque « les réformes structurelles ».

Pendant ce temps, la presse outre-Rhin abandonnait au vestiaire la légendaire bienséance allemande en publiant une série d’articles virulents, à l’image de l’éditorial du journal Der Spiegel, qui qualifiait le peuple italien de « mendiants » et de « pique-assiettes ». « Comment pourrions-nous définir autrement le comportement d’un pays qui demande de financer le farniente et qui menace ensuite ceux qui sont sommés de régler leurs dettes ? Au moins, les clochards disent merci quand on leur donne quelque chose... » s’est emporté le quotidien.

Dans le même ton, Henri de Castries, le patron d’Axa, filloniste reconverti au macronisme, a rappelé sur l’antenne de BFM Business que l’euro représente une protection et que ceux qui en bénéficient oublient trop souvent qu’ils doivent s’acquitter de leurs engagements. Il n’a toutefois pas jugé utile de préciser que depuis qu’ils bénéficient de la « protection » de l’euro, les Italiens n’ont cessé de voir leur niveau de vie chuter…

Pendant les jours et les heures qui ont précédé sa décision, le président Mattarella était en contact direct avec Mario Draghi, le président de la Banque centrale européenne (BCE), qui faisait du rejet de Paolo Savona une affaire de vengeance personnelle liée aux relations qu’il avait eu avec lui à l’époque où il était à la Banque d’Italie. Emmanuel Macron lui-même appelé Giuseppe Conte pour le prier de ne pas nommer Savona dans son gouvernement.

Comme le dit bien dans sa déclaration notre amie Liliana Gorini, présidente de Movisol, notre parti frère en Italie, ce coup d’État à la sauvette est un véritable aveu de faiblesse du système, puisqu’il ne permet que de gagner du temps, avant la tenue d’élections anticipées sans doute à l’automne et même dès juillet selon les dernières informations. « Les prochaines élections vont ressembler, de facto, à un référendum sur l’Union européenne et sur l’euro (...) C’est une menace pour l’existence même de la zone euro dans son ensemble », estime Francesco Galietti, du cabinet d’études Policy Sonar à Rome. Et on voit mal comment les Italiens, outrés par cette main basse éhontée de l’UE sur la démocratie italienne, pourraient ne pas renforcer leur soutien à la Ligue et au M5S.

De fait, la gueule de bois a rapidement remplacé l’euphorie médiatique. Dans son éditorial du 29 mai, Bloomberg écrit : « En rejetant le choix d’une coalition issue du vote populaire, [Mattarella] a peut-être déclenché une crise financière dont il sera difficile de se sortir et qui pourrait mettre en péril l’ensemble du projet européen ». Partageant la même analyse, Le Monde du 30 mai estime que le président italien n’a fait que « retarder le moment de vérité : celui où la péninsule devra choisir son destin européen. (…) L’option retenue par M. Mattarella pourrait toutefois échouer sur tous les tableaux », tellement sa façon d’agir « donne le sentiment aux électeurs des partis antisystème de ne pas respecter leur vote ».

Et, comme le constate Le Monde, les marchés financiers ont bien compris le message, puisque le « spread » (l’écart entre les taux d’intérêts allemand et italien sur les prêts à dix ans) a atteint lundi son plus haut niveau depuis 2013, juste après la décision de Matteralla de nommer Carlo Cottarelli – « M. Ciseaux » – afin de former un gouvernement technique.

Plus les tenants du système déploient d’efforts pour préserver leurs intérêts, plus les résultats sont contraires à ceux souhaités. C’est ce à quoi nous assistons dans cette « crise italienne », comme dans le cas de la tentative de putsch contre la présidence Trump menée par les réseaux corrompus des institutions américaines et britanniques (le « Russiagate »), où les choses se retournent chaque jour contre nos ennemis.



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