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L’Islam indonésien – « mange ce dont même les Saoudiens ne veulent plus »

Andre Vltchek

Que le wahhabisme saoudien ait été encouragé et soutenu par les Britanniques (à partir de la Première Guerre mondiale, soit dit en passant) peut paraître surprenant, mais c’est un fait parfaitement attesté, notamment par Mark Curtis, historien spécialiste de la politique étrangère britannique. Voir par exemple l’article ‘Les dirigeants occidentaux sont responsables du terrorisme’, Huffington Post, 2017.

Quand le Prince héritier saoudien a accordé une interview au Washington Post où il a déclaré que c’était en fait l’Occident qui avait encouragé son pays à répandre le wahhabisme aux quatre coins du monde [article ‘Saudi prince denies Kushner is ‘in his pocket’ par Karen de Young, Washington Post du 22 mars 2018, NdT], il a été accueilli par un long silence gêné dans presque tous les médias occidentaux, ainsi que dans des pays comme l’Égypte et l’Indonésie.

Ceux qui ont lu la déclaration s’attendaient à une réprimande de Riyad. Elle n’est pas venue. Le ciel ne lui est pas tombé sur la tête. La foudre n’a frappé ni le Prince, ni le Post.

Clairement, le Washington Post n’a pas imprimé tout ce que le prince héritier a dit au cours de cette rencontre, mais ce qui l’a été aurait dû suffire à faire tomber des régimes entiers dans des pays comme l’Indonésie, la Malaisie ou Brunei. Ou du moins, cela aurait suffi dans des « circonstances normales ». C’est-à-dire, si la population n’était pas déjà complètement endoctrinée et programmée, et si les dirigeants de ces pays ne toléraient pas ou ne souscrivaient pas à la forme la plus agressive, chauvine et formaliste de cette religion (par opposition à ses formes intellectuelles ou spirituelles).

Si nous le lisons entre les lignes, le Prince saoudien a suggéré que c’était en fait l’Occident qui, dans sa « guerre idéologique » contre l’Union soviétique et d’autres pays socialistes, avait choisi l’Islam dans son versant le plus ultra-orthodoxe et radical — le wahhabisme — comme allié contre les aspirations progressistes, anti-impérialistes et égalitaires dans les pays à majorité musulmane.

Comme rapporté par RT le 28 mars 2018 :

L’expansion du wahhabisme financé par l’Arabie saoudite a commencé lorsque les pays occidentaux ont demandé à Riyad de les aider à contrer l’Union soviétique pendant la guerre froide, a déclaré au Washington Post le prince héritier Mohammed ben Salmane.

Dans ses propos au journal, Ben Salmane a expliqué que les alliés occidentaux de l’Arabie Saoudite avaient exhorté le pays à investir dans des mosquées et des madrassas à l’étranger pendant la guerre froide, afin d’entraver les progrès de l’Union soviétique dans les pays musulmans…

L’entretien avec le prince héritier a initialement été tenu « officieusement ». Cependant, l’ambassade saoudienne a par la suite accepté de laisser le Washington Post publier certains extraits de la rencontre. »

Dès les premiers pas du prosélytisme wahhabite, les pays ont commencé à tomber les uns après les autres, minés par l’inculture, le zèle fanatique et la peur — qui ont empêché les habitants de pays comme l’Indonésie d’après 1965 ou l’Irak d’après l’invasion américaine de retourner à leur société d’avant les interventions occidentales, tout autant que de progresser vers ce qui leur avait été naturel dans un passé pas si éloigné — le socialisme ou du moins, une laïcité tolérante.

***

En réalité, le wahhabisme n’a pas grand-chose à voir avec l’Islam. Plus précisément, il entrave et dévoie le développement naturel de l’Islam, son penchant pour une organisation égalitaire de la société et pour le socialisme.

Les Britanniques sont à l’origine du mouvement ; les Britanniques et l’un des prédicateurs les plus radicaux, fondamentalistes et rétrogrades de tous les temps — Mohammed ben Abdel Wahhab [théologien de l’Arabie considéré comme hérétique en son temps (1703-1792) et fondateur du wahhabisme, NdT].

L’essence de l’alliance entre le wahhabisme et les Britanniques, et leur dogme commun, était et est toujours extrêmement simple : « Les chefs religieux imposeraient une peur terrible et irrationnelle au peuple et obtiendraient sa soumission. Aucune critique de la religion n’est permise, non plus que de remise en question de l’interprétation conservatrice et archaïque du Livre. Une fois conditionnés, les gens cessent de remettre en question et de critiquer d’abord l’oppression féodaliste, ensuite l’opression capitaliste ; ils acceptent sans sourciller le pillage de leurs ressources naturelles par des maîtres locaux et étrangers. Toutes les tentatives d’édification d’une société socialiste et égalitaire sont brutalement découragées, ‘au nom de l’Islam’ et ‘au nom de Dieu’ ».

Bien sûr, en conséquence, dans les pays contrôlés par les dogmes wahhabites et occidentaux, les impérialistes et les serviles « élites » locales prennent tranquillement le chemin de la banque, au détriment de millions de personnes appauvries et dupées.

Seuls quelques rares personnes, dans ces pays dévastés et colonisés, réalisent en fait que le wahhabisme ne sert pas Dieu ou le peuple ; il sert les intérêts et la cupidité de l’Occident.

C’est précisément ce qui se passe actuellement en Indonésie, mais aussi dans plusieurs autres pays conquis par l’Occident, dont l’Irak et l’Afghanistan.

Si la Syrie devait tomber, cette nation historiquement laïque et orientée sur le social serait poussée dans la même horrible direction. Les Syriens, qui sont des gens éduqués, en sont bien conscients. Ils voient aussi ce qui est arrivé à la Libye et à l’Irak et ils ne veulent certainement pas finir comme eux. Or, ce sont des combattants terroristes wahhabites que l’Occident et ses laquais comme l’Arabie Saoudite ont lâchés contre l’État syrien et son peuple.

***

Malgré son hypocrite rhétorique laïque principalement manufacturée pour sa consommation intérieure, mais pas pour ses colonies, l’Occident glorifie, ou du moins refuse de critiquer ouvertement sa propre progéniture brutale et « anti-peuple » — un concept qui a déjà consumé le royaume d’Arabie Saoudite et l’Indonésie. En fait, il tente contre vents et marées de convaincre le monde que ces deux pays sont « normaux » et, dans le cas de l’Indonésie, « démocratique » et « tolérant ». Dans le même temps, il s’est systématiquement opposé à presque toutes les nations laïques ou relativement laïques à majorités musulmanes comme la Syrie, mais aussi l’Afghanistan, l’Iran (avant le coup d’État de 1953) ou encore l’Irak et la Libye, pour ces dernières avant de les anéantir avec la brutalité que nous savons.

L’état actuel dans lequel se trouvent l’Arabie Saoudite, l’Indonésie et l’Afghanistan est le résultat direct à la fois des interventions occidentales et d’un endoctrinement quotidien. Le dogme wahhabite imposé donne à ce « projet » occidental une patine musulmane, tout en justifiant des billions de dollars dépensés en « défense » dans une soi-disant « guerre contre la terreur » (un concept semblable à un étang de pêche asiatique, où les poissons sont apportés pour être ensuite pêchés contre rémunération).

« Les racines du wahhabisme, ce que chacun doit savoir », par Anahita Hamzei, sociologue diplômée de l’université du Texas A&M basée en Iran. En anglais. http://english.khamenei.ir/news/4867/The-Roots-of-Wahhabism-What-Everyone-Should-Know
« Les racines du wahhabisme, ce que chacun doit savoir », par Anahita Hamzei, sociologue diplômée de l’université du Texas A&M basée en Iran. En anglais. http://english.khamenei.ir/news/4867/The-Roots-of-Wahhabism-What-Everyone-Should-Know

L’obéissance, voire la soumission, est ce que pour de nombreuses raisons, l’Occident demande à ses états « clients » et à ses néocolonies. L’Arabie Saoudite est un trophée important de par son pétrole et sa position stratégique dans la région. Les dirigeants saoudiens font souvent tout leur possible pour faire plaisir à leurs maîtres de Londres et Washington, notamment en faisant office de cheville ouvrière des politiques étrangères pro-occidentales les plus agressives. L’Afghanistan est « apprécié » pour sa situation géographique, qui pourrait permettre à l’Occident d’intimider et même d’envahir l’Iran et le Pakistan, tout en infiltrant la Chine, la Russie et les anciennes républiques soviétiques d’Asie centrale avec des mouvements musulmans extrémistes. Entre un et trois millions d’Indonésiens ont « dû » être massacrés en 1965-66 pour porter au pouvoir une clique turbo-capitaliste corrompue qui pouvait garantir la libre circulation, souvent même sans taxation, de ressources naturelles indonésiennes censément inépuisables (mais qui s’amenuisent maintenant rapidement) vers des pays comme l’Amérique du Nord, l’Europe, le Japon et l’Australie.

Franchement, il n’y a absolument rien de « normal » dans des pays comme l’Indonésie et l’Arabie Saoudite. En fait, il faudrait des décennies, et probablement même des générations entières, pour les ramener au moins à un semblant de « normalité ». Et même si le processus devait commencer, l’Occident espérerait bien qu’avant son parachèvement, toutes les ressources naturelles de ces pays auraient été exploitées jusqu’à l’extinction.

Mais ce processus n’a même pas encore commencé. La principale raison de la stagnation intellectuelle et de la soumission de ces peuples est évidente : les gens dans des pays comme l’Indonésie et l’Arabie Saoudite sont conditionnés à ne pas voir la réalité qui les entoure. Ils sont endoctrinés et « pacifiés ». On leur a dit que le socialisme est athée et que l’athéisme est mauvais, illégitime et « un péché ».

Ainsi, l’Islam a été défiguré par des démagogues occidentaux et saoudiens, et « envoyé au combat » contre le progrès et une organisation juste et égalitaire de la société.

Cette version de la religion défend bec et ongles l’impérialisme occidental, le capitalisme sauvage ainsi que l’effondrement intellectuel et créatif des pays dans lesquels elle a été imposée, dont l’Indonésie. Là-bas, l’Occident tolère pour sa part la corruption totale, le manque grotesque de services sociaux et même les génocides et les holocaustes commis d’abord contre les Indonésiens eux-mêmes, ensuite contre le peuple du Timor oriental et encore à ce jour, contre des hommes, femmes et enfants papous sans défense [un génocide silencieux est actuellement en cours en Papouasie occidentale occupée par l’Indonésie, NdT]. Et ce n’est pas seulement une » tolérance » — l’Occident participe directement à ces massacres et à ces campagnes d’extermination, car il soutient aussi la propagation des formes les plus extrêmes du terrorisme et des dogmes wahhabites aux quatre coins du monde. Tout cela, alors que des dizaines de millions d’adeptes du wahhabisme remplissent quotidiennement les mosquées pour y accomplir des rituels mécaniques, sans réflexion ni réflexion approfondie.

Le wahhabisme fonctionne – il travaille pour les compagnies minières et les banques dont les sièges sociaux sont à Londres et à New York. Il fonctionne également très bien pour les dirigeants et les « élites » locales des États « clients ».

***

Pour Ziauddin Sardar, un éminent érudit musulman pakistanais basé à Londres, il n’y a pas le moindre doute sur le fait que le « fondamentalisme musulman » est, dans une large mesure, le résultat de l’impérialisme occidental et du colonialisme.

Dans une des nos conversations, il y a plusieurs années, il a expliqué :

La confiance entre l’Islam et l’Occident a été rompue… Nous devons nous rendre compte que le colonialisme a fait beaucoup plus que simplement nuire aux nations et cultures musulmanes. Elle a joué un rôle majeur dans la suppression et la disparition du savoir et de l’éducation, de la pensée et de la créativité dans les cultures musulmanes. La rencontre coloniale a commencé par l’appropriation des connaissances de l’Islam, qui a formé la base de la « Renaissance européenne » et du « Siècle des Lumières « , et s’est terminée par l’éradication de cette connaissance à la fois dans les sociétés musulmanes et dans l’histoire elle-même. Elle l’a fait en éliminant physiquement — en détruisant et en fermant les institutions éducatives, en interdisant certains types de savoirs autochtones, en tuant des penseurs et des universitaires locaux — et en réécrivant l’histoire comme celle de la civilisation occidentale, dans laquelle les histoires des autres civilisations en sont toutes de simples appendices. »

En conséquence, les cultures musulmanes ont été coupées de leur propre histoire, ce qui a eu de nombreuses conséquences néfastes. Par exemple, la suppression coloniale de la science islamique a entraîné l’abandon de la culture scientifique par la société musulmane. La colonisation est parvenue à cela en introduisant de nouveaux systèmes d’administration, de droit, d’éducation et d’économie, tous conçus pour induire une dépendance, un conformisme et une soumission aux puissances colonialistes. Le déclin des sciences et de l’éducation islamiques est l’un des aspects du déclin économique et politique général des sociétés musulmanes. L’islam est ainsi passé d’une culture dynamique et d’un mode de vie holistique à une simple rhétorique. L’éducation islamique est devenue un cul-de-sac, un aller simple vers la marginalité. Elle a également conduit à la réduction conceptuelle de la civilisation musulmane. J’entends par là que les concepts qui ont façonné et orienté les sociétés musulmanes et leur ont donné une orientation, ont été dissociés de la vie quotidienne des musulmans, ce qui a conduit à l’impasse intellectuelle que l’on trouve aujourd’hui dans les sociétés musulmanes. Le néocolonialisme occidental perpétue ce système. »

***

En Indonésie, après le coup d’État militaire parrainé par l’Occident en 1965 qui a détruit le Parti communiste indonésien (PKI) et porté au pouvoir une dictature pro-occidentale, les choses se dégradent avec une prévisibilité, une cohérence et une rapidité effrayantes.

Bien que le dictateur Suharto, un implant des Occidentaux, ait été considéré comme « méfiant à l’égard de l’Islam », il a en fait mis à profit toutes les grandes religions de son archipel, avec une grande précision et des effets fatals. Sous son despotisme pro-marché dérégulé, tous les mouvements et « ismes » de gauche ont été interdits, de même que la plupart des formes d’art et de pensée progressistes. La langue chinoise a été interdite. L’athéisme a également été interdit. L’Indonésie est rapidement devenue l’un des pays les plus religieux du monde.

Au moins un million de personnes, dont des membres du PKI, ont été brutalement massacrées dans l’un des pires génocides du XXe siècle.

La dictature fasciste du général Suharto jouait souvent la carte de l’islamisme à des fins politiques. Comme le décrit John Pilger dans son livre « The New Rulers of The World » :

Dans les pogroms de 1965-66, les généraux de Suharto employaient souvent des groupes islamistes pour attaquer les communistes et tous ceux qui se mettaient en travers de son chemin. Une tendance s’est dégagée : chaque fois que l’armée voulait affirmer son autorité politique, elle utilisait des islamistes pour des actes de violence et de sabotage, de façon à accuser le sectarisme et justifier l’inévitable « répression » — par l’armée… »

Un bel exemple de coopération entre une dictature meurtrière et l’islam radical.

Après le départ de Suharto, la tendance à une interprétation grotesque et fondamentaliste des religions monothéistes s’est poursuivie. L’Arabie saoudite, avec son wahhabisme favorisé et parrainé par l’Occident, joue un rôle de plus en plus important. Il en va de même du christianisme, souvent prêché par des fondamentalistes exilés de Chine communiste et leur progéniture, principalement dans la ville de Surabaya, mais aussi ailleurs.

D’une nation laïque sous la direction du président Sukarno, l’Indonésie est progressivement devenue un État pentecôtiste chrétien/musulman wahhabite de plus en plus rétrograde.

Après avoir été contraint de démissionner de son poste de président de l’Indonésie à la suite de ce que beaucoup ont considéré comme un coup d’État constitutionnel, un religieux musulman progressiste et sans aucun doute crypto-socialiste, Abdurrahman Wahid (surnommé en Indonésie Gus Dur), m’a fait part de ses réflexions :

De nos jours, la plupart des Indonésiens ne se soucient pas de Dieu ou ne pensent pas à lui. Ils ne font que se conformer à des rituels. Si Dieu descendait du ciel et leur disait que leur interprétation de l’Islam est fausse, ils l’ignoreraient et continueraient à pratiquer leur ritualisme vide. »

‘Gus Dur’ a aussi clairement percé toutes les ruses des élites militaires et pro-occidentales. Il m’a dit, entre autres choses, que l’attentat à la bombe de 2003 à l’hôtel Marriott à Jakarta avait été orchestré par les forces de sécurité indonésiennes, puis imputé aux islamistes. Mais ces derniers exécutaient en fait les ordres donnés par leurs chefs politiques du régime militaire pro-occidental, qui se faisait alors passer pour « une démocratie multipartite ».

En Indonésie, une obéissance extrême aux religions a conduit à l’acceptation aveugle d’un système fasciste pro-capitaliste et de la propagande impérialiste occidentale. La créativité et le pluralisme intellectuel ont été complètement liquidés.

La quatrième nation la plus peuplée de la planète, l’Indonésie, n’a actuellement aucun scientifique, architecte, philosophe ou artiste d’envergure internationale. Son économie est exclusivement alimentée par le pillage effréné des ressources naturelles des vastes régions vierges du pays telles que Sumatra et la région indonésienne de Bornéo (le Kalimantan), ainsi que de la Papouasie occidentale, qui subit une occupation brutale. L’ampleur de la destruction de l’environnement est monumentale, ce que j’essaie actuellement de montrer dans deux films documentaires et un livre.

Même parmi ses victimes, la conscience de l’ampleur du problème est minime, voire inexistante.

Dans un pays qui a été dépouillé de ses richesses, de son identité, de sa culture et de son avenir, les religions jouent le rôle le plus important. Il n’y a tout simplement plus rien d’autre pour la majorité. Le nihilisme, le cynisme, la corruption et la brutalité règnent. Dans les villes sans théâtres, galeries d’art ou cinémas d’art et d’essai, et aussi sans transports publics ou même trottoirs, dans les centres urbains tentaculaires abandonnés aux « marchés », dénués de verdure ou de parcs publics, les religions comblent facilement le vide. Comme elles sont elles-mêmes rétrogrades, pro-marché et cupides, les résultats sont facilement prévisibles.

Dans la ville de Surabaya, lors des prise de vue pour mon documentaire produit pour la chaîne de télévision sud-américaine TeleSur, « Surabaya – Eaten Alive by Capitalism » [« Surabaya – Mangée vivante par le capitalisme »], je suis tombé sur un énorme rassemblement protestant dans un centre commercial. Des milliers de personnes étaient en transe, criant et levant les yeux au plafond. Une prédicatrice criait dans un micro :

« Dieu aime les riches, c’est pourquoi ils sont riches ! Dieu hait les pauvres, c’est pourquoi ils sont pauvres ! » *

Von Hayek, Friedman, Rockefeller, Abdel Wahhab et Lloyd George réunis n’auraient guère pu définir plus clairement leurs « idéaux ».

***

Qu’a dit exactement le prince saoudien lors de sa mémorable interview au Washington Post ? Et pourquoi est-ce si pertinent pour des endroits comme l’Indonésie ?

Essentiellement, il a dit que l’Occident demandait aux Saoudiens de rendre ses États « clients » de plus en plus religieux en construisant des madrassas et des mosquées. Il a également ajouté :

Je crois que l’Islam est raisonnable, que l’Islam est simple et que des gens essaient de le détourner. »

Quels gens ? Les Saoudiens eux-mêmes ? Les religieux dans des endroits comme l’Indonésie ? Les dirigeants occidentaux ?

A Téhéran, en Iran, lors de discussions sur le problème avec divers chefs religieux, on m’a dit à plusieurs reprises :

L’Occident a réussi à créer une religion bizarre totalement nouvelle, puis il l’a imposée dans divers pays. Il l’appelle Islam, mais il est méconnaissable… Ce n’est pas l’Islam, pas du tout l’Islam. »

En mai 2018, en Indonésie, des membres de groupes terroristes hors-la-loi se sont soulevés en prison, ont pris des otages puis brutalement assassiné des gardiens. Après l’écrasement de la rébellion, plusieurs explosions ont secoué l’est de Java. Les églises et les commissariats de police ont pris feu. Des gens sont morts.

Les tueurs avaient envoyé des membres de leur famille, y compris des enfants, pour perpétrer ces attaques. Les chefs de la mutinerie étaient inspirés par les combattants indonésiens envoyés en Syrie — des terroristes et des meurtriers qui avaient été arrêtés et renvoyés par Damas aux troubles de leur vaste pays.

De nombreux terroristes indonésiens qui ont combattu en Syrie sont maintenant revenus sur leur territoire, et sont désormais des sources enflammées « d’inspiration » pour leurs concitoyens. C’est la même situation que par le passé – quand les cadres djihadistes indonésiens qui avaient combattu le gouvernement pro-soviétique en Afghanistan étaient ensuite revenus et avaient tué des centaines, voir des milliers de personnes à Poso, à Ambon et dans d’autres régions d’Indonésie.

Les extrémistes indonésiens qui mènent les batailles de l’Occident comme légionnaires en Afghanistan, en Syrie, aux Philippines et ailleurs sont en train de devenir célèbres dans le monde entier.

Leur influence dans leur pays d’origine s’accroît également. Il est aujourd’hui impossible de parler en public de réformes sociales ou socialistes, ce qu’à Dieu ne plaise. Dans un pays où le communisme est encore interdit par le régime, les réunions sont dispersées, les participants battus et même les représentants du peuple (les députés) sont intimidés par des accusations de « communisme ».

Le très populaire gouverneur progressiste de Jakarta, Ahok, a d’abord perdu les élections, puis a été jugé et jeté en prison pour « insulte à l’islam », des accusations clairement fabriquées de toutes pièces. Son principal péché – il avait nettoyé les rivières polluées de Jakarta, construit un réseau de transport public et amélioré la vie des gens ordinaires. C’était clairement « non islamique », du moins du point de vue du wahhabisme et du régime occidental mondialiste.

L’islam radical indonésien est redouté aujourd’hui. C’est incontestable. Il gagne du terrain, car presque personne n’ose le critiquer ouvertement. Il submergera et étouffera bientôt toute la société.

Et en Occident, on en parle de façon « politiquement correcte ». Ces derniers temps, il est tout simplement devenu impoli de critiquer l’islam indonésien, voire saoudien, par respect pour le peuple et sa « culture ». En réalité, ce ne sont pas les Saoudiens ou les Indonésiens qui sont « protégés » – c’est l’Occident, ses politiques impérialistes et ses manipulations du peuple et de l’essence de la religion musulmane.

***

Alors que le dogme wahhabite et occidental se renforce, ce qui reste des forêts indonésiennes brûle. Le pays est littéralement pillé par les multinationales occidentales et par ses élites locales corrompues.

Les religions, le régime fasciste indonésien et l’impérialisme occidental vont de l’avant, main dans la main. Mais vers – quoi ? Très probablement l’effondrement total de l’État indonésien. Vers la misère qui viendra bientôt, quand tout sera désertifié et épuisé.

C’est la même chose que lorsque le wahhabisme marchait main dans la main avec les pillards impérialistes britanniques. Sauf que les Saoudiens ont trouvé leurs immenses gisements de pétrole, beaucoup de pétrole pour subvenir à leurs besoins (ou du moins à ceux de leurs élites et de leur classe moyenne, car les pauvres y vivent encore dans la misère) et maintenir la bizarrerie de leur interprétation de l’Islam inspirée et sponsorisée par les Britanniques.

L’Indonésie et d’autres pays victimes de ce dogme n’ont pas cette « chance ».

Il est bienvenu que le prince héritier Mohammed ben Salmane se soit exprimé publiquement et qu’il ait clarifié la situation. Mais qui l’écoutera ?

Pour le peuple indonésien, ses déclarations sont arrivées trop tard. Elles n’ont pas ouvert beaucoup d’yeux, n’ont causé aucun soulèvement, aucune révolution. Comprendre ce qu’il a dit exigerait au moins une connaissance de base de l’histoire locale et mondiale, et au moins une petite capacité à raisonner logiquement. Tout cela fait cruellement défaut dans les pays sous botte impérialiste.

L’ancien président de l’Indonésie, Abdurrahman Wahid, avait raison : « Si Dieu venait et disait… les gens l’ignoreraient… ».

L’Indonésie continuera à suivre Abdel Wahhab, et le dogme capitaliste et les impérialistes occidentaux qui « ont tout organisé ». Ils le feront pendant les années à venir, se sentant du bon côté, jouant à plein volume de vieux airs nord-américains pour remplir le silence, pour ne pas penser et pour ne pas voir ce qui se passe autour d’eux. Il n’y aura pas de questionnements. Il n’y aura ni changement, ni réveil, ni révolution.

Jusqu’à ce que le dernier arbre tombe, jusqu’à ce que la dernière rivière et le dernier ruisseau soient empoisonnés, jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien pour les gens. Jusqu’à la soumission totale et absolue : jusqu’à ce que tout soit brûlé, réduit en cendres. Peut-être qu’alors, des petites et humbles racines d’éveil et de résistance commenceront à grandir.




Paru sur New Eastern Outlook sous le titre Indonesian Islam – “Eat What Even Saudis Would Not Touch Anymore”

Traduction et notes Entelekheia
Photo de la page d’accueil Andre Vltchek

Note de la traduction :

* « Dieu aime les riches, c’est pourquoi ils sont riches ! Dieu hait les pauvres, c’est pourquoi ils sont pauvres ! » – La formule est crue, mais elle résume avec précision la pensée fondatrice des USA. Pour une bonne analyse des liens entre faveur divine et richesse dans le protestantisme américain, voir le classique du sociologue Max Weber, L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme (1904-1905).


Commentaires (1)
1. YYY le 10/10/2018 09:46
''...L’essence de l’alliance entre le wahhabisme et les Britanniques........aucune critique de la ( religion/secte/wahhabite ) n’est permise, non plus que de remise en question de l’interprétation conservatrice et archaïque (de leurs livres hadiths)....'' ??
Les livres des wahhabites sont des hadith falsifiés... !!!
Les amalgames ne cessent pas !

''...Or, ce sont des combattants terroristes wahhabites que l’Occident et ses laquais comme l’Arabie Saoudite ont lâchés contre l’État syrien et son peuple...''
ET le clergé chiite a lâché ses milices... Les milices chiites ont fait partie des tueries ...
ET les bombardements lâchés par de la 'coalition Occidentale' c'est une coalition quasi mondiale; Us - Sion, Russie, Europe, Chine ... ) tous d'accord et ensembles, ils ont fait des milliers voire des millions de morts et d'immigrés sont occultés dans cet article !???

*« Dieu aime les riches, c’est pourquoi ils sont riches ! Dieu hait les pauvres, c’est pourquoi ils sont pauvres ! »
Pharaon était riche...
Coré ou Koré ou Qaroun, en hébreu קרח, Qora'h était riche...
Salomon (as) était riche...

https://fr.wikipedia.org/wiki/Cor%C3%A9_(Bible)
( '' קרח '' dans le traducteur google ça veut dire glace/gelé et non Qora'h ?? https://translate.google.com/#auto/ar/%D7%A7%D7%A8%D7%97 )

Coré figure dans le Coran sous le nom de Qârûn (sourate 28 “Le récit” Al-Qasas, versets 76-82 (traduction donnant le sens du texte) :

76.En vérité, Coré [Karoun] était du peuple de Moïse mais il était empli de violence envers eux. Nous lui avions donné de trésors dont les clefs pesaient lourd à toute une bande de gens forts. Son peuple lui dit : "Ne te réjouis point. Car Allah n'aime pas les arrogants.

77.Et recherche à travers ce qu'Allah t'a donné, la Demeure dernière. Et n'oublie pas ta part en cette vie. Et sois bienfaisant comme Allah a été bienfaisant envers toi. Et ne recherche pas la corruption sur terre. Car Allah n'aime point les corrupteurs".

78.Il dit : "C'est par une science que je possède que ceci m'est venu". Ne savait-il pas qu'avant lui Allah avait fait périr des générations supérieures à lui en force et plus riches en biens? Et les criminels ne seront pas interrogés sur leurs péchés" !

79.Il sortit à son peuple dans tout son apparat. Ceux qui aimaient la vie présente dirent : "Si seulement nous avions comme ce qui a été donné à Coré. Il a été doté, certes, d'une immense fortune".

80.Tandis que ceux auxquels le savoir a été donné dirent : "Malheur à vous! La récompense d'Allah est meilleure pour celui qui croit et fait le bien". Mais elle ne sera reçue que par ceux qui endurent.

81.Nous fîmes donc que la terre l'engloutît, lui et sa maison. Aucun clan en dehors d'Allah ne fut là pour le secourir, et il ne pût se secourir lui-même.

82.Et ceux qui, la veille, souhaitaient d'être à sa place, se mirent à dire : "Ah! Il est vrai qu'Allah augmente la part de qui Il veut, parmi Ses serviteurs, ou la restreint. Si Allah ne nous avait pas favorisés, Il nous aurait certainement fait engloutir. Ah! Il est vrai que ceux qui ne croient pas ne réussissent pas".
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