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L’entreprise de judaïsation de la Palestine colonisée est un crime

Rima Najjar

Quand les gens parlent du conflit israélo-palestinien, ils en parlent parfois comme du théâtre non seulement d’une lutte géopolitique entre d’une part les colonisateurs juifs sionistes originaires initialement d’Europe orientale, et les Arabes palestiniens autochtones, d’autre part, mais aussi comme d’une lutte entre deux religions pour la possession des lieux saints en Palestine.

Les gens qui définissent le conflit en termes religieux éliminent le christianisme de l’équation dans ce débat, et peuvent aussi ne pas comprendre la manière dont les lieux saints de Jérusalem et d’ailleurs ont été gérés historiquement.

Un ensemble d’hypothèses et d’idées fausses se sont développées autour de la bataille des Palestiniens pour la justice, et elles sont rarement débattues ou remises en cause sous peine d’accusation d’intolérance, comme ce qui se produit en France, où Emmanuel Macron a déclaré « L’antisionisme est une des formes modernes de l’antisémitisme » et a annoncé que la France allait mettre en œuvre une définition de l’antisémitisme élargie à l’antisionisme,

Ces idées fausses sont liées à la notion que les Arabes palestiniens n‘ont pas de réels griefs contre Israël et par conséquent pas de bases rationnelles à leur hostilité envers Israël. Et puisque la grande majorité des Arabes palestiniens sont musulmans, et qu’Israël revendique la Palestine comme étant la « Terre d’Israël », état pour les juifs du monde entier exclusivement, et qui exerce maintenant sa souveraineté sur toute la Palestine historique « du fleuve à la mer », l’idée fausse a surgi que la Terre sainte d’Israël est sainte pour les seuls juifs.

Il devrait être évident pour quiconque connaît tant soit peu l’histoire de la région que la Palestine est « terre sainte » pour les trois religions abrahamiques. Jérusalem a toujours été le point de mire du judaïsme. Le mantra « l’an prochain à Jérusalem » est une allégorie spirituelle (et non géopolitique) centrale à l’histoire religieuse du judaïsme. L’histoire biblique chrétienne situe également la sainteté en terre de Palestine, terre à laquelle les chrétiens occidentaux accordent une importance particulière.

En occident, ces deux traditions ont, cependant, représenté les Arabes et musulmans de Palestine comme étrangers sur leur propre terre car non bibliques, non chrétiens, ni juifs, et donc « étrangers » à l’ « authentique » héritage judéo-chrétien de la Palestine. Les historiens ont ignoré l’histoire musulmane, ils ont fait l’impasse sur un millénaire d’histoire arabo-musulmane pour se reporter directement aux Croisades.

Mais le est fait que, comme le dit le Dr Sari Nusseibeh :

« Jérusalem est tout aussi sacrée pour 2,2 milliards de Chrétiens et 1,6 milliards de musulmans, que pour 15 à 20 millions de juifs dans le monde entier. »

Aujourd’hui dans le conflit israélo-palestinien, Israël dans son discours passe directement de l’antiquité au 20ième siècle, occultant l’influence musulmane en Palestine, qui a commencé sous le calife Omar dans les années 630 et s’est prolongée pendant 1400 ans, avec l’interruption de l’influence des Croisés à Jérusalem entre 1099 et 1291.

Et donc, alors que les gens comprennent que le christianisme est un « prolongement » de la tradition de l’Ancien Testament, ils ne comprennent ou n’acceptent pas que les musulmans croient que leur religion s’inspire de ces deux traditions. Par exemple, l’islam reconnaît dans le coran, 5:21 l’importance de la terre d’Israël pour le judaïsme.

Seth J. Frantzman et Doron Bar dressent la carte de certains lieux saints de l’Islam en Palestine comme suit :

« Les tombes musulmanes de prophètes et saints locaux faisaient partie intégrante du paysage de la Palestine sous mandat britannique. Elles étaient omniprésentes et importantes ; situées dans presque toutes les zones de la région, des versants de la montagne Hermon au nord jusqu’au désert du Néguev au sud. Ces tombeaux se trouvaient dans les cités, les villes et dans les campagnes, des rives de la Méditerranée à la grande vallée du Rift. Toutefois, aucune étude systématique de leur étendue, ou d’analyse significative des monuments n’a été entreprise. S’appuyant sur des cartes de l’époque britannique et d’autres sources datant des années 1930-40, cette étude analyse près de 800 tombes et sanctuaires. Par comparaison avec l’étude du Palestine Exploration Fund des années 1870 et d’autres sources de la fin de la période ottomane, l’article identifie des schémas liés à ces tombes, y compris leur histoire et, dans certains cas, leur origine et les modifications qu’elles ont subies au cours de la période. Des études de cas de différentes régions et l’analyse de l’emplacement physique et géographique de ces monuments ont également apporté des informations sur leur importance dans diverses régions de Palestine et pour différents groupes de population. »

La Palestine a été répertoriée et décrite comme région géographique à part entière entre la mer Méditerranée et le fleuve Jourdain il y a 3200 ans – à l’âge de bronze. L’identité et l’histoire du peuple palestinien sont apparues bien avant l’avènement du colonialisme de peuplement sioniste.

La Palestine, la « Terre Sainte », appartient au peuple de Palestine de toute religion au sens géopolitique, puis, au sens spirituel seulement, au reste du monde. Elle n’appartient pas en tant qu’état juif aux juifs du monde entier, comme le prétend le sionisme.

Voici un petit contexte historique pour expliquer le statu quo concernant les lieux saints de Jérusalem, que le régime d’Israël proclame être sa « capitale éternelle » :

Lorsque Israël occupa la Jérusalem arabe en juin 1967, il n’a pas eu peur de changer le statut de la ville en l’annexant en toute illégalité, et en adoptant trois résolutions conçues pour judaïser la souveraineté (27 juin), l’administration (28 juin), et la Municipalité palestinienne arabe par la dissolution du Conseil Municipal qui avait été élu par les habitants de la ville (29 juin)

Pourtant, l’affaire désastreuse du « Mont du temple » dont il est souvent question dans les médias aujourd’hui, n’était même pas à l’ordre du jour à l’époque.

Soumis aux mesures sévères qu’Israël a adoptées suite à l’annexion illégale de Jérusalem, les résidents palestiniens arabes de Jérusalem ont fait appel à des organisations internationales, musulmanes et chrétiennes, dans l’espoir de mettre fin à l’expropriation de leur terre par Israël et d’éliminer l’injustice.

En flagrante violation du droit international, le Vatican a signé un accord avec Israël (1993) sans tenir compte des objections des résidents palestiniens arabes de la ville sainte (chrétiens et musulmans) afin de préserver le statut juridique et financier de l’état catholique et de ses biens à Jérusalem. Israël, toutefois, était réticent à conclure des accords similaires avec d’autres institutions que le Vatican, ainsi donc les dotations du Patriarcat orthodoxe se sont trouvées en ligne de mire et ont mené à des contrats d’investissement entre des organisations juives et les évêques grecs qui contrôlaient le Patriarcat. Une fois de plus, ceci s’est produisit malgré la forte opposition des fidèles palestiniens arabes de l’église orthodoxe.

La Jordanie, qui a cédé la compétence juridictionnelle en Cisjordanie à la partie palestinienne (l’OLP), y compris la responsabilité des lieux saints de Jérusalem – waqfs ou dotations des lieux saints – demeure le « gardien » du waqf. (Ceci fait aussi partie de l’Accord de 1994 conclu entre la Jordanie et Israël)

La Jordanie a essayé de s’opposer aux changements qu’Israël a imposés aux statuts des lieux saints, et ceux en cours concernant la question du Mont du Temple, mais en vain.

Il est important de comprendre dans ce contexte que les musulmans, comme le fait remarquer Firas Al Khateeb, considèrent le site du Mont du Temple ou Haram al-Sharif (l’Esplanade des Mosquées où se trouve la mosquée Al-Aqsa) comme l’un des piliers de leur propre tradition.

‘’Pour les musulmans, l’islam n’était pas une nouvelle religion dans les années 600 lorsque le prophète Muhammad ﷺ commença à prêcher à Makkah (la Mecque). Au contraire, il est considéré comme le prolongement et la clé de voute des traditions des prophètes précédents qui sont vénérés par les trois monothéismes. Le message de Muhammad ﷺ ne fait que poursuivre et perfectionner les messages d’Ibrahim (Abraham), Musa (Moise), and ‘Isa (Jésus), qui avaient été corrompus au cours du temps. Ainsi, pour les musulmans, le Temple de Salomon qui fut construit sur le Mont du temple à Jérusalem dans l’antiquité faisait en fait partie de leur propre histoire religieuse.’’

Ce qui a déclenché l’intérêt pour le Haram al-Sharif (renommé « Mont du Temple ») après 1967 c’est l’étrange alliance entre les juifs fondamentalistes et les chrétiens évangélistes.

L’affaire du Mont du temple n’était même pas à l’ordre du jour en 1967. Elle a commencé à prendre de l’importance dans la politique israélienne avec les sermons de Yehuda Joshua Glick, rabbin orthodoxe israélien né aux Etats-Unis et actuellement élu du Likoud au parlement israélien.

L’entreprise de judaïsation en cours et les tentatives d’Israël de modifier le statut des lieux saints de Jérusalem, d’Hébron, et d’ailleurs font partie intégrante de son programme de suprématie juive qui mène au crime d’apartheid comme le montre le rapport de l’ONU qui atteste de la réalité de l’apartheid israélien.



Rima Najjar est une Palestinienne dont la famille du côté paternel vient du village de Lifta dans la banlieue ouest de Jérusalem, dont les habitants ont été expulsés. C’est une militante, chercheuse et professeure retraitée de littérature anglaise, Université Al-Quds, en Cisjordanie occupée.

The Palestine Chronicle – Traduction: Chronique de Palestine – MJB


Commentaires (1)
1. YYY le 12/03/2019 14:52
Un unique doigt levé vers Al-Lah est correct.
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