alterinfo.net

Twitter

L'étranger sans défense face au cynisme médiatico-politique français

Djeha

Comme s’il s’agissait d’un scoop, une enquête réalisée par l'Ifop à la demande de la Dilcrah (l’agence gouvernementale de lutte contre le racisme et les discriminations) et la fondation Jean-Jaurès au début du mois de septembre, démontre l’évidence d’une discrimination au détriment des populations étrangères ou d’origine étrangère dans ce beau pays de France.

Ce n’est évidemment pas une découverte. Ci-dessous, je vous joins quelques dépêches qui en font état sur les deux dernières décennies.

Aucun des présidents qui se sont succédés à l’Elysée depuis des lustres n’a réussi à résoudre ce problème qui colle à l’actualité économique, sociale et politique française.

Bien au contraire, il ne fait que s’accroître et s’approfondir, avec la récurrence des thèmes politiques proposés de manière délibérée par ce qui en France tient lieu d’élite politique et médiatique.

Voilà donc le stade ultime d’excellence républicaine atteint par l’émérite « patrie des droits de l’homme » sous le règne de Sa Majesté Macron 1er qui a remis le feu aux poudres avec une cynique délectation pour jouer sa réélection face à la patronne du RN.

Pour le résoudre, un député « républicain » (c’est dire à quel plancher plane les descendants du gaullisme post-sarkozien), propose que les étrangers d’outre-civilisation s’honorent d’un prénom « proprement » indigène, afin de marquer leur ferme volonté d’assimilation. (Je joins plus bas une dépêche consacrée à ce sujet).

Si la vitrine faisait le Français, ça se saurait depuis longtemps.

« Naturellement », cela ferait plaisir à toutes les « noix de coco » (convenablement noires à l’extérieur et blanches à l’intérieur », cf. F. Fanon) aliénés et dépersonnalisées ainsi qu’il convient, qui cherchent vainement à se blanchir le cuir et à choisir les prénoms aussi ambiguës et passe-partout que pour leurs gamins, espérant que cela suffise pour les faire passer pour ce qu’ils ne sont pas et demeurent quand même, malgré le ravalement de façade.
Cela ne changera rien à leur situation : ces complexés demeureront ce qu’ils sont, avec juste un terrible sentiment d’humiliation de plus. Cela rappelle la différence que Tarantino souligne avec ironie dans son « Django », entre esclaves des champs et esclaves des salons cossus. Et pour éviter tout malentendu je tiens à préciser que se supporte pas particulièrement ce réalisateur égotique ami intime de Weinstein.

Rien ne changera pour eux, devraient-ils se grimer en Louis XIV ou se déguiser en Johnny H., ou encore ne jamais rater la messe du dimanche ou les vêpres tous les jours en compagnies des grenouilles de bénitiers.

Je recommande ce film, à ceux qui ne lisent pas F. Fanon ou A. Césaire, pour illustrer le degré de subordination et de larbinage atteint parfois par ceux qui se traînent devant leurs saigneurs.

Non, chers amis, le problème ce ne sont pas les pôv’ bougres qui défient les vagues et dont on exagère le nombre comme une sorte de double décimètre médiatique mesurant la détestation des pays et des régimes qu’ils quittent.

(Je ne parle évidemment pas des femmes et enfants qui fuient au péril de leur vie les guerres que l’Occident organisent chez eux pour les civiliser. Chacun se souvient de l’image de cet enfant échoué sur une plage turque ce dont Charlie Hebdo s’était réjoui en ce que les Allemandes auraient eu un violeur de moins à craindre plus tard. Ce qu’un futur Nobel de littérature algérien avait exécuté avec brio et talent).

Le problème est le monde de fous que le Nord nous organise depuis des siècles qui exploite la sueur des hommes à tout va et qui détruit les support essentiel de la vie de cette planète au point de faire disparaître des espèces par millions (l’anthropocène des experts en corbillards).

Bien sûr, pour faire plaisir à tous ces spécialistes de l’autocritique pragmatiques et réalistes, Djeha reconnaît bien volontiers qu’il n’y a pas les bons d’un côté et les gentils martyrs de l’autre.

Bien sûr, il ne niera pas les progrès scientifiques et technologiques prodigieux réalisés par cet Occident sympathique depuis le XVIIème-XVIIIème siècle. Qui le ferait ?
Mais alors reconnaissons combien tout cela a coûté à l’Humanité et à cette planète. Le prix exorbitant payé tout au long de ces siècles de progrès merveilleux, de pillage, de rapine (en ressources naturelles, scientifiques et technologiques) pour en arriver à ce que D. Trump non seulement nie les graves déséquilibres et préjudices infligés aux hommes et à la nature, mais refuse de ratifier des traités (Consensus de Kyoto etCOP21) qui sont au fond très loin de changer fondamentalement un processus terriblement dangereux pour tous.

Djeha, mercredi 06 novembre 2019

«Les testing le confirment : les musulmans sont surexposés aux discriminations»

Le Parisien, mercredi 06/11/2019 à 05:57

Selon Yannick L’Horty, professeur d’économie et spécialiste du testing, « les différences sont massives entre les candidats avec des patronymes à consonance française et ceux à consonance maghrébine ou d’Afrique subsaharienne ».

Christel Brigaudeau, Le Parisien, le mercredi 06 novembre 2019 à 06h25

Selon une enquête réalisée par l'Ifop à la demande de la Dilcrah (l'agence gouvernementale de lutte contre le racisme et les discriminations) et la fondation Jean-Jaurès au début du mois de septembre, 40% des musulmans déclarent avoir subi, ces cinq dernières années, des comportements racistes.

Professeur d'économie à l'université Paris-Est-Marne-la-Vallée, Yannick L'Horty a dirigé de nombreux travaux de recherche sur les discriminations. Il est un spécialiste du testing, cette méthode qui cherche à mesurer les différences de traitement entre les personnes, en envoyant par exemple pour une même offre d'emploi des CV aux noms d'origines différentes.

40 % des musulmans en France victimes de discriminations au cours des cinq dernières années : ce résultat correspond-il à vos propres recherches ?

YANNICK L'HORTY. Oui, tout à fait. Toutes les campagnes de testing faites en France sur l'emploi, le logement, les loisirs, confirment une surexposition des musulmans de France aux discriminations. Les différences sont massives entre les candidats avec des patronymes à consonance française et ceux à consonance maghrébine ou d'Afrique subsaharienne. Des études ont aussi montré qu'il existe bien un effet spécifique de la religion comme facteur de discrimination.

Ces différences de traitement sont-elles en augmentation ?

Cela dépend du secteur investigué. Comme la situation de l'emploi s'améliore, sur le marché du travail, on observe plutôt un reflux des comportements discriminatoires. Mais dans le secteur de l'immobilier, où le marché est très tendu et le nombre de candidats pour un bien plutôt important, on pourrait penser que la tendance sera inverse.

Pourquoi des employeurs, des propriétaires, adoptent-ils de tels comportements ?

Certaines discriminations sont liées au fait que la personne associe, consciemment ou pas, à l'identité d'un candidat, une série de stéréotypes qui représentent pour elle un coût ou un risque. Par exemple, c'est le fait de penser que, parce qu'une personne porte un nom à consonance étrangère, elle a des revenus plus faibles et pourra donc moins facilement payer son loyer. L'autre explication est le racisme pur et simple.

Comment lutter contre ces deux phénomènes ?

Beaucoup d'enquêtes disent l'ampleur des discriminations, mais il en existe encore trop peu sur l'efficacité des dispositifs pour lutter contre. Une étude du défenseur des droits a montré que le simple fait d'envoyer un courrier nominatif de rappel à la loi aux agences immobilières ciblées comme discriminatrices, a un impact réel. Mais le rappel au droit ne fonctionne que si les personnes ont conscience des mécanismes à l'œuvre dans leurs choix. Un travail de sensibilisation et de formation aux pièges des stéréotypes est aussi nécessaire.
Un député veut que les immigrés adoptent un deuxième prénom « français »

Thibaut Déléaz, Le Point, D. 18/11/2018 à 18:10

Julien Aubert formule 18 propositions sur l'islam en France et veut, notamment, obliger les immigrés à adopter un deuxième prénom « français » pour mieux s'intégrer.

« Tout refuser aux musulmans comme Nation, tout leur accorder comme citoyens. » C'est le sous-titre du Livre tricolore sur les islam(s) dévoilé par le mouvement Oser la France, présidé par le député LR du Vaucluse Julien Aubert.

Dix-huit propositions sont formulées pour « défendre l'héritage civilisationnel qui est le nôtre et une République monoculturelle », « vivre en paix avec les islams de France » et « anéantir l'islamisme avant qu'il ne nous détruise ».



Julien Aubert on Twitter

“Voici le lien pour télécharger le livret d’@OserLaFrance sur les Islam(s). Je le recommande à @LEXPRESS qui a ...


L'une de ces propositions a fait beaucoup réagir : « Imposer à tous ceux qui veulent acquérir la nationalité française de choisir un de leurs prénoms parmi ceux issus des différents calendriers français, et ceux des personnages connus de l'histoire nationale. »

Un sujet qui a récemment fait la une de l'actualité : en septembre, Éric Zemmour avait déclenché une vive polémique en déclarant sur un plateau télé que le prénom de la chroniqueuse Hapsatou Sy était une « insulte à la France ».

« Il ne s'agit pas de forcer les immigrés à prendre un prénom français », nuance Julien Aubert, joint par Le Point. Le parlementaire voudrait plutôt qu'ils le prennent en plus de leur prénom d'origine, pour « manifester leur désir d'intégration ».

Il n'y aurait pas de liste de prénoms officiellement arrêtée : la conformité du prénom choisi serait « à l'appréciation de l'officier d'état civil ».

« Un texte d'experts »

Parmi les autres propositions, un meilleur encadrement du port du voile, qui serait interdit dans les établissements publics et pour les mineures, une révision des règles sur le halal ou encore « offrir un modèle alternatif à l'islam unifié de France voulu par Emmanuel Macron ».

Des idées qui n'ont pas forcément vocation à se transformer en projet de loi, selon Julien Aubert, mais plutôt à nourrir le débat. Face aux critiques, le député défend « un texte d'experts », mené à partir d'auditions de « gens de droite et de gauche, de musulmans et de fonctionnaires ». Il assure que « l'islam a toute sa place parmi les religions », mais qu'il « faut une nation forte pour intégrer les citoyens ».

La difficile ascension sociale des diplômés issus de l'immigration



Sylvia Zappi, Le Monde, L. 03 06 2002



La reprise amorcée en 1998 et les débuts d'une politique officielle de lutte contre le racisme n'y ont rien changé : les jeunes issus de l'immigration continuent d'être confrontés à des pratiques discriminatoires. Si le rejet est sensible dans les loisirs et l'accès au logement, l'exclusion du marché du travail reste la question la plus douloureuse. Une inégalité d'autant plus mal vécue qu'ils ont cru dans l'école et investi dans leurs études.

Les discriminations à l'emploi se font en effet de plus en plus pesantes en France. C'est ce qui ressort du rapport adopté par le Conseil économique et social, mercredi 29 mai. L'étude menée par Mouna Viprey, chercheuse à l'Institut de recherche économique et sociale (IRES) montre que le "plafond de verre", qui bloque l'ascension sociale des jeunes beurs, se fait de plus en plus présent. "Les pratiques discriminatoires sont récurrentes et ont tendance à s'accroître", souligne Mme Viprey.

La transition professionnelle, définie comme le passage du système scolaire vers l'emploi stable, diffère selon la nationalité ou l'origine des jeunes, relève la chercheuse. "Pourtant, ces jeunes ont de meilleurs atouts pour l'accès à l'emploi que leurs parents, en raison de leur formation, des normes sociales acquises, et d'une manière générale, de leur meilleure intégration sociale dans le société. " Mais "il existe une réalité extra-économique, donc non rationnelle, au regard des exigences du marché du travail" : à côté des critères utilisés pour tous les demandeurs d'emploi, entrent en jeu des "exclusions formelles" tacites et non reconnues, liées à l'origine ethnique des candidats. Cette réalité douloureuse est difficile à mettre en évidence. Les statistiques nationales permettent mal d'appréhender, en tant que groupe constitué, les jeunes issus de l'immigration : pour la plupart Français, ils sont mélangés dans les enquêtes statistiques avec le reste des jeunes nés de parents français. Pourtant, remarque Mme Viprey, il apparaît que ces jeunes sont, face au marché du travail, "dans une situation proche de celles des jeunes étrangers".

Pour appuyer sa démonstration, la chercheuse a mobilisé les quelques travaux universitaires existants et les témoignages qu'elle a pu recueillir. Il en ressort qu'à tous les niveaux, les enfants nés de parents immigrés sont handicapés dans leur accès à l'emploi. Ils sont sous-représentés dans les dispositifs en alternance et le risque de chômage est plus grand.

Mais surtout, les études n'ouvrent pas plus de perspective d'insertion. "L'analyse du taux de chômage par niveau d'études montre que le diplôme n'est pas aussi déterminant pour tous", insiste le rapport. Le taux de chômage des jeunes diplômés issus de l'immigration est le double de celui des jeunes nés de parents français. La chercheuse s'appuie ainsi sur les chiffres disponibles pour les Français "par acquisition", une catégorie qui regroupe les naturalisés mais aussi les jeunes nés en France et ayant acquis la nationalité par simple déclaration avant 18 ans : si les Français de naissance ayant un niveau I et II (second et troisième cycle universitaire, grande école), ou III (bac + 2), ont un taux de chômage de 5%, celui des jeunes Français par acquisition est de 11%.

Pour la chercheuse, la discrimination repose plus sur un "faisceau informel d'apriorismes" que sur une orientation idéologique clairement formulée : les chefs d'entreprise, les chargés du recrutement affichent rarement une "préférence nationale". Mouna Viprey détaille ainsi le processus classique de cette mise à l'écart : la forme "la plus commune consiste dès le premier stade pour l'employeur, à éviter tout contact avec le postulant d'origine étrangère réelle ou supposée, en lui déclarant que l'emploi est déjà occupé, alors qu'un candidat autochtone est convié à un entretien."

"À SON SEUIL"

Dans une deuxième phase, lors de l'entretien, il est "fréquent" qu'on exige d'eux des qualifications supplémentaires non demandées aux autres. Enfin, même quand un emploi est proposé à des jeunes issus de l'immigration, c'est "souvent" à des conditions moins intéressantes que celles offertes aux autres candidats. "Plus qu'au sein du monde professionnel, la discrimination semble s'exercer à son seuil", conclut la chercheuse. Des témoignages récurrents viennent corroborer ce racisme latent. Comme celui de Louisa Zenag, jeune diplômée de 27 ans, née de parents algériens, sortie majore de son DESS de sociologie de la santé à Lille. Voilà dix mois que la jeune femme, multiplie les CV et entretiens pour des emplois où son diplôme pointu est requis, ou des postes correspondant à son profil. Sans résultats. "Quand je joints ma photo à mon CV, 90% ne répondent pas. Depuis que j'ai arrêté de l'envoyer, je suis prise en entretien mais ensuite, on me dit qu'on a déjà trouvé alors que je sais qu'ils voient d'autres candidats. Tous mes copains de promo ont trouvé du travail et n'en croient pas leurs oreilles quand je leur dis que je n'ai toujours rien", affirme-t-elle. Dans sa promo, elle était la seule jeune issue de l'immigration. En attendant, elle travaille comme emballeuse à la Redoute.

Cette discrimination directe, "systémique et systématique", selon les termes de Mme Viprey, aboutit enfin à une autre, indirecte et masquée : celle, invisible, qui est pratiquée par les dispositifs d'accueil et d'aide à la recherche à l'emploi (ANPE, mission locale, CIO), qui poussent les jeunes beurs à déployer des stratégies de contournement. Dans une étude effectuée en 1999 dans le bassin d'emploi de Roubaix sur les jeunes diplômés issus de l'immigration, qui a mis en évidence "une discrimination au faciès, permanente à l'embauche", le sociologue Saïd Bouamama explique que plus de la moitié des jeunes rencontrés se sont vu proposer de modifier leur prénom dans leurs démarches de recherche d'emploi. "Cette expérience est encore plus douloureuse car elle exige une autonégation identitaire", explique le chercheur. C'est pour mettre fin à ce processus excluant et destructeur que SOS Racisme prépare pour la rentrée 2002, avec une dizaine de grandes entreprises françaises, une initiative d'embauche préférentielle de jeunes des quartiers. "Avec un slogan du type " à votre tour de dégoter un Zidane", il s'agit de pousser les dirigeants à donner des consignes à leur DRH d'embaucher prioritairement des jeunes issus de l'immigration, explique Malek Boutih. Et de donner ainsi un signe fort dans les milieux économiques. "


Un phénomène de "plafond de verre"

Dans l'encadrement des entreprises françaises, le "plafond de verre" bloquant l'ascension sociale des personnes issues de l'immigration est particulièrement visible. Selon une étude menée par le Centre de recherche pour l'étude et l'observation des conditions de vie (Credoc) pour le Haut Conseil à l'intégration de novembre 2001, "l'accès à l'encadrement et le risque de chômage varient de manière significative selon l'origine géographique des personnes". Ainsi l'étude montre un "déficit important" de cadres immigrés marqués par une "sous-représentation" chez les professions intermédiaires et une "surreprésentation" des ouvriers "significatives". La répartition des cadres immigrés se révèle très spécifique : ils sont plus présents dans les services que dans l'industrie. Dans les entreprises, les immigrés se retrouvent plus souvent à des postes d'ingénieur et de cadre technique qu'à ceux de cadres administratifs et commerciaux. Ils sont enfin légèrement surreprésentés dans les professions de l'information, des arts et du spectacle. Enfin, le taux de chômage des cadres immigrés est deux fois plus élevé que celui de la moyenne de la population active nationale.

ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 04.06.02

A Roubaix, le parcours du combattant d'Akli Kebaili, médecin libéral et fils d'ouvrier spécialisé



Roubaix (nord) de notre envoyée spéciale, Sylvia Zappi



C'est le seul à avoir été "si loin". Avec son diplôme de médecin, Akli Kebaili, deuxième fils d'une famille de onze enfants -"tous avec un CAP ou BEP"-, fait figure d'enfant prodige. Il est devenu la fierté de son père, ancien ouvrier spécialisé. De sa voix douce, cet homme de trente-six ans au visage rond raconte son parcours de réussite. Avec ses hauts et surtout ses bas.

Arrivé d'Algérie à quelques mois avec ses parents en France, l'enfant a vécu toute sa scolarité dans le quartier difficile de l'Alma-Gare. La famille s'installe dans une maison louée par l'usine de cire où son père travaille à la chaîne : quatre petites pièces pour treize, les toilettes et l'eau froide dans la courée. Akli passe sans encombre ses années d'école et de collège. "J'étais turbulent, mais mes bonnes notes me rattrapaient", se souvient-il. Jusqu'à la classe de troisième où il est d'office orienté vers l'enseignement technique : "On m'a poussé en seconde techno alors que j'étais très bon en maths et français. C'est pas du tout ce que je voulais faire. J'étais nul en atelier. C'est grâce aux matières scientifiques et littéraires que j'ai eu mon bac !", raconte le jeune médecin derrière ses fines lunettes rondes.

"CE N'EST PAS FAIT POUR VOUS"

Son choix de s'inscrire en médecine, c'est un copain italien qui l'a poussé à le faire. "Il m'a donné envie." Les premiers mois sont durs pour l'étudiant boursier qui n'arrive pas à faire face financièrement : les voyages quotidiens à Lille, la chambre universitaire, les livres "à 500 francs" qu'il ne peut acheter. Il hésite à continuer et demande conseil au Centre d'information et d'orientation. "La conseillère m'a dit : "Médecine, ce n'est pas fait pour vous. Faites une filière courte et technique pour trouver un emploi rapidement et aider votre famille". Je suis sorti dégoûté, mais ce jour-là est né aussi un acharnement à réussir." Pourtant, à la fac aussi, on lui fait sentir d'où il vient. "Les premières années, j'ai rencontré beaucoup de chefs de service et d'internes qui se demandaient ce que je faisais là", assure Akli de sa voix douce. Il a vraiment l'impression qu'on ne lui a pas donné les meilleures formations et qu'on lui a donné à faire les tâches les plus ingrates. "Il fallait toujours être meilleur que les autres pour être accepté", dit-il en passant. Les infirmières sont particulièrement dures avec le jeune étudiant à la peau basanée : "Un copain a failli arrêter à cause des remarques incessantes. Beaucoup nous faisaient sentir qu'elles ne voulaient pas bosser avec nous."

Mais le plus dur était à venir. A la fin de sa dernière année, M. Kebaili fait une demande de poste à l'hôpital. Il veut s'installer en ville mais n'a pas encore la réponse à sa demande de naturalisation : il faut être français pour ouvrir un cabinet. Mais au CHU de Lille, les médecins étrangers n'ont pas non plus droit d'exercer comme les autres : "On m'a proposé un poste de faisant fonction d'interne (FFI), payé moins que le SMIC. Je me suis senti rabaissé, écarté du groupe. Je faisais le même boulot que les autres mais payé trois fois moins."

L'autre "choc" viendra de la préfecture : après trois ans d'attente, sa demande de naturalisation est refusée. Le fonctionnaire du service lui expliquera qu'"en France on ne veut pas de médecin arabe". En fait, en émettant un avis négatif, le ministère de l'intérieur avait estimé que le jeune homme avait fait sa demande tardivement pour éviter de faire son service militaire. C'est finalement grâce à l'intervention du maire de l'époque, André Dilligent, que le jeune médecin obtiendra un réexamen de sa demande et sa carte d'identité française. Aujourd'hui installé dans le quartier de la Potennerie, à Roubaix, son cabinet de médecin reçoit une clientèle à 80 % immigrée.

Diplômés ou pas, ils rêvent de quitter le quartier pour avoir leur chance.



Abdellah, Elias, Ozcan, Mamoudou : un autre handicap, celui d'être étiqueté "Val-Fourré"


Frédéric Chambon

Au chômage depuis presque un an, Abdellah arrive bientôt en fin de droits. Découragé, un peu aigri, ce jeune homme de 27 ans à la moustache soigneusement taillée a dû interrompre le remplacement qu'il effectuait dans une usine de matelas, à la suite d'un grave accident de voiture. Depuis, il écume, en vain, les sociétés de travail intérimaire. "Je n'ai pas une tête qui fait peur, mais quand vous habitez le Val-Fourré, l'étiquette, elle est sur votre dos et sur votre front", explique Abdellah. Avec pour tout bagage un BEP de couvreur interrompu en fin de première année, cet habitant "depuis toujours" de la cité HLM de Mantes-la-Jolie (Yvelines) se dit prêt à tout accepter. Y compris un travail à la chaîne dans l'une des usines automobiles de la région, comme celui qu'occupe son père chez Peugeot, à Poissy. Le vrai handicap, à ses yeux, ce n'est pas l'absence de diplôme ou de formation, c'est d'être né de parents étrangers et d'habiter le Val-Fourré, "la plus grande ZUP de France" et un des quartiers de banlieue parmi les plus médiatisés pour ses problèmes de violence et de pauvreté : "Depuis qu'un copain a déménagé, il arrive à trouver du boulot. Il n'y a plus marqué "Mantes-la-Jolie" sur sa carte d'identité", explique Abdellah.

Le jeune homme se sent victime d'une discrimination liée aussi à son allure de jeune de banlieue. "J'en ai marre qu'on généralise et qu'on me compare avec ceux qui arrachent les sacs à main, proteste le chômeur. Certaines boîtes, tu sens qu'elles te jugent à ta tête ou à ta tenue vestimentaire." Ce genre d'expériences conforte le sentiment d'une logique de ghetto. "On n'a pas à être intégrés, on est français et on n'a pas envie de rester entre nous, proclame Elias, 27 ans, animateur jeunesse vacataire, inscrit en licence de sciences de l'éducation. Le rêve, c'est de partir du Val-Fourré, trouver un pavillon et mener une vie tranquille. Mais on a l'impression qu'on ne veut pas nous donner notre chance."

Malgré sa maîtrise en ressources humaines obtenue en 1997 à la faculté de Nanterre, Ozcan connaît les mêmes difficultés. Aide-éducateur dans un collège du Val-Fourré, ce jeune homme né en Turquie continue de chercher un travail plus en relation avec ses compétences. "Quand tu dis d'où tu viens aux boîtes d'intérim à Paris, ils sont en panique, témoigne Ozcan. On dirait que les diplômes sont faux et qu'ils ne te prennent pas au sérieux." Le jeune homme se souvient d'un entretien récent : "Ils m'ont dit : "Ah, vous venez de Mantes, c'est loin". C'était pour éviter de dire que c'est mal réputé."

"IL FAUT ENLEVER ZIDANE"

Ozcan ne met pas tous ses problèmes sur le compte de discriminations. D'ailleurs, reconnaît-il, une partie de ses amis, diplômés de l'enseignement supérieur comme lui, ont trouvé un travail conforme à leurs souhaits. "Certains sont ingénieurs", souligne le jeune homme, qui avoue avoir fait des études de ressources humaines "par hasard" et admet ne plus être "très motivé". Ozcan envisage d'aller rejoindre un cousin installé aux Etats-Unis. En attendant, il rumine ses désillusions sur les promesses d'ascension sociale que lui avait laissé entrevoir son bon parcours scolaire. "Depuis tout petit, on me dit : "Va à l'école et tu auras du travail", et je me retrouve avec un emploi-jeune bidon, constate Ozcan. "Pour moi, travailler à l'usine comme mon père, ça serait un échec total, souligne-t-il. J'aurais honte et lui, il serait dégoûté."

Face à ses difficultés sur le marché du travail, le jeune homme ne cache pas la tentation "d'aller voir sur l'autre marché, celui de l'économie parallèle". Pour ce grand frère un peu dépité, et a fortiori pour les plus jeunes de la cité, le "business" lié aux trafics souterrains représente le contre-modèle d'une réussite facile et ostentatoire. "Quand on voit des gens qui savent à peine l'alphabet rouler en BMW, ça fout la rage, constate Ozcan. Les petits se disent que ça ne sert à rien d'aller à l'école." Le jeune homme s'interroge sur sa place dans la société française. "L'intégration, j'y crois pas, lâche-t-il. On montre des immigrés qui ont réussi, mais c'est un miroir. Derrière, il n'y a rien."

Mamoudou se pose, lui aussi, des questions. "Je suis né en France, je vis en France. J'ai juste deux petites taches : un père et une mère étrangers, assène ce jeune de 21 ans, d'origine sénégalaise. A partir de là, il faut enlever Zidane de l'équipe de France. Ou alors, il faut être un héros national pour être reconnu comme français." Dépourvu du moindre diplôme mais doté d'un "petit talent pour l'imitation", Mamoudou travaille pour une association du Val-Fourré, mais rêve de devenir animateur à la télévision. Il dit avoir écrit, en 1998, à une chaîne publique pour proposer ses services. Il affirme avoir envoyé deux lettres au contenu identique : l'une avec sa véritable identité et son adresse, qui a donné lieu à un refus poli, et l'autre avec un nom "bien français" et une domiciliation différente, suivie, elle, d'une proposition d'entretien. "J'aurais peut-être dû y aller pour dévoiler ma véritable identité et leur dire : "Voilà, un Français, vous avez accepté de le recevoir, l'autre non. Expliquez-moi"."

Les Français issus de l'immigration confrontés à des difficultés d'emploi importantes, constate l'INSEE

Associated Press, mercredi 17/11/2010 à 00:01

"Le taux d'emploi des Français enfants d'immigrés du Maghreb est de 20 points plus faible que celui des Français de parents nés français", constate l'INSEE dans son rapport "France portrait social" publié mercredi. "L'existence de discrimination" peut notamment être mis en cause.

"Le taux d'emploi des Français descendants d'immigrés du Maghreb est beaucoup plus faible que celui des Français dont les parents sont Français de naissance: 56% contre 74% pour les femmes, et 65% contre 86% pour les hommes", note ainsi l'Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE).

"Les différences d'expérience, de diplôme, de situation familiale et de lieu de résidence entre les deux populations n'expliquent qu'un tiers de cet écart", précise l'INSEE.

Pour l'institut, "le reste peut provenir de l'existence de discrimination, mais aussi de tout ce qui n'est pas mesurable directement (réseaux professionnels, capital culturel, etc.)".

L'INSEE constate également que cette situation est spécifique "aux Français descendants d'immigrés du Maghreb". Ainsi, "les Français dont au moins un des parents est originaire d'Europe de l'Est, du Nord ou du Sud ont quant à eux des taux d'emploi plus proches de ceux des Français de parents français de naissance". AP
L'Etat définitivement condamné pour des contrôles "au faciès"

Reuters le mercredi 09/11/2016 à 15:23

PARIS (Reuters) - La Cour de cassation a condamné définitivement l'Etat mercredi des contrôles d'identité "au faciès" en rejetant le pourvoi formé contre sa condamnation pour faute lourde en juin 2015 par la cour d'appel de Paris.

"Un contrôle d'identité fondé sur des caractéristiques physiques associées à une origine réelle ou supposée, sans aucune justification objective préalable, est discriminatoire: il s'agit d'une faute lourde qui engage la responsabilité de l'Etat", écrit la juridiction dans un communiqué.

La cour d'appel avait condamné les pouvoirs publics pour cinq cas de discrimination.

SOS Racisme a salué "une victoire historique", en regrettant que l'Etat ait déposé lors des débats devant la Cour de cassation un mémorandum tendant à induire que "les contrôles d'identité peuvent s'opérer sur la seule base de l'apparence physique des personnes."

"Depuis plus de 10 ans, SOS Racisme demande aux pouvoirs publics de mettre en place au plus vite le ticket de contrôle afin d'encadrer les contrôles d'identité et lutter ainsi contre une pratique discriminatoire connue de tous et source de tensions", rappelle l'association dans un communiqué. L'affaire avait débuté il y a trois ans par la plainte de 13 hommes d’origine africaine ou nord-africaine visant les pouvoirs publics.

Ils estimaient avoir été victimes de contrôles abusifs, parfois associés à des palpations, des insultes ou du tutoiement, en raison de leur couleur de peau ou de leur origine.

Après avoir perdu en première instance, les plaignants ont fait appel, soutenus cette fois par le Défenseur des droits Jacques Toubon.

En juin 2015, la cour d'appel de Paris a donné raison à cinq d'entre eux et condamné l'Etat à verser 1.500 euros de dommages et intérêts à chacun.

Les décisions de la cour d'appel n'avaient cependant satisfait aucune des parties. L'Etat s'était pourvu en cassation pour les cinq cas dans lesquels il avait été condamné et les huit autres hommes qui n'avaient pas obtenu gain de cause en avaient fait autant.

La Cour de cassation a rejeté mercredi onze des treize pourvois et a cassé deux arrêts de la cour d'appel pour des motifs indépendants de la question des contrôles d'identité.

Le 4 octobre, la Cour de cassation avait statué sur l'affaire en examinant si, lors des décisions en appel, les règles avaient été correctement appliquées, en particulier la charge de la preuve.

(Gérard Bon, édité par Sophie Louet)
Les Maghrébins discriminés à l'embauche selon un "testing"

AFP le L. 12/12/2016 à 15:29



Les candidats maghrébins sont discriminés par 30% des grandes entreprises testées dans le cadre d'une campagne nationale anti-discrimination, selon les résultats d'un testing publiés lundi par le ministère du Travail.

Ces résultats ne peuvent pas être extrapolés à l'ensemble des grandes entreprises, l'échantillon n'étant pas représentatif.

Entre avril et juillet, le cabinet ISM Corum a testé, pour le compte du ministère, 40 grandes entreprises (plus de 1.000 salariés). Elle a répondu, pour chacune, à entre 30 et 40 offres d'emploi, en envoyant à chaque fois deux candidatures "rigoureusement équivalentes" (sexe, âge, lieu de résidence, nationalité française, expérience, formation), avec pour seule différence un nom à consonance "hexagonale" ou "maghrébine".

Au total, 3.000 CV ont été envoyés en réponse à 1.500 offres, pour des postes d'employés ou de managers.

Résultat: 12 des 40 entreprises se sont rendues coupables de discrimination envers les candidatures "maghrébines". Dans ces entreprises, le taux de réponses positives des "Maghrébins" a été inférieur de 15 à 35 points à celui des "Hexagonaux".

Toutes entreprises confondues, l'écart moyen s'est élevé à 11 points: 47% des candidatures "hexagonales" ont décroché un entretien, contre seulement 36% des candidatures "maghrébines".

Ces écarts en défaveur des candidatures "maghrébines" s'observent pour les recrutements d'employés (12 points) comme de managers (9 points), que ce soit pour les hommes (12 points) ou les femmes (10 points).

L'étude met toutefois en évidence que, dans 71% des cas, les deux candidatures ont connu le même sort: aucune réponse (33%), refus (11%) ou réponse positive (27%).
Discrimination à l'embauche : "plusieurs dizaines d'entreprises" déjà testées, assure Julien Denormandie

Boursorama avec AFP Services, mardi 05/02/2019 à 13:10



Les 10.000 tests de discrimination à l'embauche promis par Emmanuel Macron sont en cours, a annoncé le ministre de la Ville et du Logement Julien Denormandie. Les résultats seront dévoilés à la fin du mois de mars.

Une vaste opération de "testing" est en cours pour repérer les cas de discrimination dans l'accès à l'emploi, a indiqué Julien Denormandie lundi 4 février au micro de France Inter. Ces tests, anonymes, ont déjà été effectués dans "plusieurs dizaines d'entreprises", a précisé le ministre. Selon lui, il s'agit de "la plus grande enquête" de ce genre.

"Dans nos quartiers, le taux de chômage avoisine les 25%", contre un peu plus de 9% sur l'ensemble du territoire", a rappelé le membre du gouvernement. Les résultats de cette enquête seront rendus fin mars. "On prendra des décisions au regard des comportements", a poursuivi le ministre, qui veut que les noms des mauvais élèves soient rendus publics.

"UNE PROMESSE RÉPUBLICAINE NON TENUE"

"Imaginez que vous êtes un jeune des quartiers qui a fait des études, dont la famille a fait des efforts, à qui la République vous a donné l'accès à l'école, et qu'à la fin vous avez une barrière devant vous." Or, "cette discrimination, plus vous avez fait des études, plus elle est forte", a insisté le ministre, pour qui cette pratique représente "une sorte de promesse républicaine non-tenue".

En mai 2018, Emmanuel Macron avait annoncé que les entreprises du SBF120, qui composent l'indice boursier regroupant les 120 principales valeurs françaises, seraient en trois ans soumises à des tests anonymes pour détecter les cas de discrimination à l'embauche, au rythme de 40 par an. Dans les 1.300 quartiers prioritaires en métropole, le chômage touche un quart de la population en 2016 contre moins de 10% ailleurs. Parmi les moins de 30 ans, le taux de chômage atteint 35%.





Commentaires (0)
Nouveau commentaire :



Alter Info apa
Journal d'opinion en ligne
ISSN n° 1773-0163 / CNIL n° 1070854.
Agence de presse associative
TI de Mulhouse sous les références : Volume LXXXIII (83) Folio n°73