alterinfo.net

Twitter

L'humanité et la conscience morale des Russes ne peuvent rien changer

Paul Craig Roberts






    Il semble que, pour que Donald Trump puisse sauver la face, le gouvernement russe de Vladimir Poutine animé par son humanité et sa grandeur morale, ait consenti à laisser faire une attaque simulée. Malheureusement pour nous tous, ce que récolteront les Russes pour leur générosité, ce ne sera pas les remerciements qu’ils méritent. La Russie et Poutine n’auront pas le prestige d’avoir épargné à Trump de devoir reculer, ni de n’avoir pas coulé sa flotte et abattu ses bombardiers.



    Les Russes veulent éviter le conflit. Ce n’est pas parce qu’ils ont peur de l'armée étasunienne, mais parce qu’ils savent avoir affaire à un régime de psychopathes qui ont non seulement volontairement détruit entièrement ou en partie sept pays musulmans au cours des 17 dernières années, mais aussi l'humanité entière. Poutine se dérobe donc à toute confrontation qu’ils orchestrent et s’en tient au droit international et aux règles juridiques.



    Seulement, le résultat n'est pas ce à quoi s'attendrait quelqu’un d’humain. La bienveillance russe ne fait que pousser le mal qu’est l’Occident à faire plus de provocations.



    Ce matin, j'ai rendu visite à un ami qui avait la télé allumée. Je ne pouvais pas croire les mensonges que Trump, les membres de son gouvernement, et la pressetituée racontaient au monde. C'était étonnant. Stephen Lendman parle ici de quelques-uns de ces mensonges.



    Seuls les lecteurs de mon site Internet et quelques autres sauront que si des milliers de marins et des douzaines de pilotes étasuniens sont toujours en vie, c’est parce que les Russes leur ont épargné la vie.



    Bien que le gouvernement russe soit animé de bonnes intentions, de conscience morale et de la considération envers les autres, il pousse le monde vers l'Armageddon. La raison en est que les néocons qui contrôlent la politique étrangère des États-Unis, ne cesseront pas d'orchestrer des événements qu'ils reprocheront aux Russes. Plus les Russes attendront avant de sévir enfin, plus les provocations s’accentueront. Les provocations successives acculeront les Russes à se rendre ou à la guerre nucléaire.



    La dernière provocation en Syrie était idéale pour les Russes. Les Russes avaient tous les atouts militaires. Ils auraient pu facilement détruire tous les navires et tous les avions, et comme ils avaient annoncé clairement les conséquences à l'avance au monde, les États-Unis auraient reculé. Leur défaite sans un coup de feu, aurait sapé les néocons fous qui cherchent l'hégémonie mondiale.



    Après une déclaration aussi claire des Russes, selon laquelle les forces étasuniennes allaient être entièrement anéanties, les chefs d'état-major interarmées étasuniens n’auraient pas attaqué.



    Tant que les Russes s'accommoderont de l'agressivité de Washington, la malveillance de Washington empirera.



    Je pense parfois que les Russes espèrent que les peuples occidentaux prendront conscience des affrontements dangereux et gratuits qui sont faits en leur nom. En fait, les peuples occidentaux sont impuissants. Ni Washington, ni ses régimes vassaux britanniques et français, ne consultent le peuple ou ses représentants élus avant de lancer une attaque militaire contre un autre pays. Ce fait démontre définitivement que ni les États-Unis, ni le Royaume-Uni, ni la France, n'ont de respect pour la loi et leurs propres démocraties, et que ces pays ont des régimes qui ne rendent aucun compte de leurs actions à leurs peuples. Les régimes britannique et français sont responsables devant Washington, et Washington est responsable devant le complexe militaro-sécuritaire et Israël, dont l’histoire montre qu’ils peuvent faire tomber tout sénateur ou député étasunien.



    Si le gouvernement russe avait regardé aujourd'hui les médias télévisés étasuniens, il comprendrait la futilité qu’il y a à éviter les provocations de Washington. Non seulement les Russes noteraient les mensonges de Washington à propos du grand succès d'un non-événement, mais aussi que d'un côté, une grande victoire étasunienne était proclamée, et de l’autre, les alliés néocons de John Bolton racontaient que l'attaque ne suffisait pas pour mettre la Syrie et la Russie au pas.



    La victoire et son insuffisance s’allient pour pousser à des provocations pires. La prochaine provocation sera orchestrée de manière à être plus favorable aux armements des États-Unis qu’à ceux de la Russie. Washington ne risquera plus une confrontation comme il l'a fait en Syrie, où il aurait manifestement perdu. Cela signifie que l'humanité et la conscience morale des Russes aboutiront à une confrontation bien plus dangereuse pour la Russie et pour nous tous.



    Comme je l'ai écrit plus tôt aujourd'hui, « Il serait erroné de conclure que la diplomatie a prévalu et que Washington a retrouvé la raison. Rien ne pourrait être plus loin de la vérité. Le problème n'est pas résolu. La guerre se profile toujours à l'horizon. »





Ancien Secrétaire Adjoint au Trésor pour la politique économique, Paul Craig Roberts a été rédacteur en chef adjoint du Wall Street Journal, chroniqueur chez Business Week, Scripps Howard News Service et Creators Syndicate, il a écrit de nombreux ouvrages, dont l’un, L'Amérique perdue : Du 11 septembre à la fin de l'illusion Obama, a été traduit en français, et il a aussi été affecté à de nombreux postes universitaires.



Paul Craig Roberts, 14 avril 2018


Original : www.paulcraigroberts.org/2018/04/14/russias-humanity-moral-conscience-leading-war/

Traduction Petrus Lombard







Commentaires (0)
Nouveau commentaire :



Alter Info apa
Journal d'opinion en ligne
ISSN n° 1773-0163 / CNIL n° 1070854.
Agence de presse associative
TI de Mulhouse sous les références : Volume LXXXIII (83) Folio n°73