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La Grande Marche du Retour de Gaza dure depuis six mois

Joe Catron

La Grande Marche du Retour des Palestiniens dans la bande de Gaza entrera dans son septième mois ce 28 septembre.

La mobilisation, lancée le 30 mars (Journée annuelle de la Terre, en Palestine) par des dizaines de milliers de personnes dans l’enclave côtière en état de siège, réclame le droit au retour pour les millions de réfugiés palestiniens chassés de leur foyers par les milices sionistes et les forces d’occupation israéliennes depuis décembre 1947.
Ces opérations de nettoyage ethnique ont séparé l’ancienne ville de Gaza et la petite bande de terre qui l’entoure du reste de la Palestine et, du jour au lendemain, ont ainsi transformé la démographie du territoire nouvellement isolé.
Aujourd’hui, deux tiers des habitants de Gaza sont des réfugiés non originaires de l’enclave et beaucoup viennent de villes et villages voisins que l’on peut apercevoir de Gaza même.
Ces six derniers mois, des manifestants se sont rassemblés chaque vendredi le long d’une barrière construite par l’État israélien autour de la bande. La plupart des manifestants se sont réunis dans des « camps du retour », des villages temporaires animés par nombre de célébrations de la culture palestinienne et de commémorations historiques. Certains ont tenté de forcer la barrière et de regagner leurs foyers et communautés d’origine, aujourd’hui occupés par Israël.
Ces dernières semaines, ces avances en direction de la barrière ont été plus fréquentes, voire presque quotidiennes.
Depuis mars, les soldats israéliens stationnés de l’autre côté de la barrière ont riposté en recourant à des gaz lacrymogènes, des balles d’acier enrobées de caoutchouc, des balles réelles et des frappes aériennes. Le soir du 23 septembre, les forces d’occupation israéliennes avaient tué 185 protestataires et en avaient blessé 20 492 autres, selon le ministère palestinien de la Santé à Gaza.
Les tirs israéliens ont tué 32 enfants palestiniens et en ont blessé au moins 3 840. Quelques 5 139 manifestants ont été blessés par des balles réelles, et 76 d’entre eux ont dû être amputés. Trois paramédicaux et deux journalistes ont également perdu la vie.

Des intentions génocidaires
Israël ne s’est guère efforcé de dissimuler les intentions génocidaires sous-tendant sa politique du tir à volonté. « Hier, nous avons vu 30 000 personnes ; nous sommes arrivés bien préparés et avec des renforcements précis », tweetait le porte-parole de l’armée israélienne le 31 mars, le lendemain du jour où ses forces d’occupation avaient massacré 15 manifestants. « Rien n’a été effectué sans contrôle ; tout était bien au point et mesuré et nous savons où chaque balle est allée. »
Le 8 avril, deux jours après que les soldats avaient tué 10 personnes de plus, y compris l’éminent journaliste Yaser Murtaja, le ministre israélien de la Guerre, Avigdor Lieberman déclarait sur les ondes de la radio publique israélienne Kan : « Il n’y a pas d’innocents dans la bande de Gaza. » (Jerusalem Post)
Treize jours plus tard, le général de bridage de réserve israélien Zvika Fogel répondait aux cris d’indignation croissants provoqués par les meurtres répétés d’enfants en disant, toujours sur Kan : « Ce n’est pas la fantaisie de l’un ou l’autre sniper qui identifie à un moment donné le petit corps d’un enfant et décide qu’il va tirer. Quelqu’un marque avec précision la cible pour lui et lui dit exactement pourquoi il faut tirer et quelle est la menace qui émane de cet individu. » (The Electronic Intifada, 22 avril)
Des manifestants ont répondu à la répression brutale d’Israël par des tactiques créatives, dont l’usage de pièces de feux d’artifice, de pointeurs laser et de fumée émanant de dizaines de milliers de pneus incendiés afin d’obscurcir la vision des militaires israéliens.
Leurs ballons et cerfs-volants, dont beaucoup étaient en feu, sont allés brûler dans des colonies toutes proches et ont éloigné du ciel les drones militaires israéliens.
Dans plusieurs cas, les manifestants ont franchi avec succès la barrière, allant parfois jusqu’à réduire à l’impuissance les postes militaires israéliens de l’autre côté.
Dans la même période, sept flottilles de bateaux ont quitté le port de Gaza pour rompre le blocus naval israélien et mettre le cap sur les terres nettoyées ethniquement de leurs passagers. La marine de guerre israélienne en a capturé quelques-uns, les a confisqués et a brièvement emprisonné leurs occupants, tout en repoussant les autres à l’aide de gaz lacrymogènes et de munitions à balles réelles.

Retourner dans notre terre
Diverses organisations politiques palestiniennes, dont toutes ont soutenu la Marche et y ont participé, ont exprimé leur volonté de persévérer jusqu’à ce qu’on ait répondu à leurs revendications.
« Nous poursuivrons la Marche du Retour jusqu’à ce que nous aurons réalisé nos objectifs : à long terme, retourner dans notre terre et, à court terme, rompre le siège de Gaza », a déclaré Yahya al-Sinwar, dirigeant du mouvement Hamas à Gaza, près de la barrière devant laquelle les manifestants s’étaient rassemblés en cinq camps, le 21 septembre. (site internet du Hamas, 21 septembre)
Des groupes palestiniens ont également réclamé une escalade dans la solidarité internationale avec la Palestine ainsi que des efforts en vue d’isoler Israël en raison de ses crimes contre les Palestiniens.
« Un appel renforçant, médiatisant largement et popularisant les Palestiniens en vue d’imposer un embargo militaire de deux façons contre Israël est la réponse la plus efficace au massacre actuellement commis par Israël », a affirmé le Comité national BDS palestinien dans sa déclaration du 12 avril. (bdsmovement.net)
« Cela signifie œuvrer pour mettre un terme à toutes ventes et achats d’armes à destination et au départ d’Israël, et résilier les partenariats militaires ou policiers avec l’État israélien. »



Joe Catron est le coordinateur de Samidoun (réseau de solidarité avec les prisonniers palestiniens) aux États-Unis. Il a vécu dans la bande de Gaza en tant qu’activiste de la solidarité internationale et journaliste free-lance, de mars 2011 à octobre 2014.

Publié le 24 septembre 2018 sur International Action Center
Traduction : Jean-Marie Flémal

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