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La Russie permet toujours aux États-Unis de sauver la face en Syrie

Tom Luongo

 
 

    Si le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, est devenu le diplomate le plus respecté du monde, ce n’est pas sans raison. Sa déclaration d’aujourd'hui, transmise par l'agence de presse russe ITAR-TASS, laisse la porte ouverte à une communication des États-Unis, après la bombe de la BBC annonçant que les États-Unis avaient conclu avec les combattants de l'État islamique à Raqqa, un accord leur permettant de partir sans être inquiétés. Voici ce qu’a dit Lavrov :

    Je ne puis parler de collusion. Nous utilisons les faits. Nous n'avons aucune preuve de collusion, mais le fait est que le tableau réel se dégageant après un tel exode de militants sains et saufs, a déjà eu un impact sur la situation sur le terrain, et cela est évident.

    Quoi qu'il en soit, qu'il s'agisse ou non de collusion, il est nécessaire d’enquêter sur cela et nous avons envoyé une demande de renseignement appropriée à Washington.

 

    Lavrov a poursuivi en se disant troublé par l’apparente contradiction entre ce que font les États-Unis en Syrie et leurs propres objectifs déclarés : Chasser l'État islamique du pays. Or, maintenant que les États-Unis ont réussi à remplir la mission, ils ont l'intention de s’attarder avec des milliers de soldats dans pas moins de treize bases disséminées dans l'est de la Syrie, pour surveiller le processus politique.
 

    Bon, Lavrov n'est pas stupide. Il est farceur, puisqu'il a déjà appelé les groupes comme l’État islamique, les « pupilles des États-Unis ».
 

    Et c'est cette patience quasi infinie de Lavrov et du Président russe Vladimir Poutine, qui contribue à créer le cadre précis de l'après-guerre en Syrie, que ne veulent pas les États-Unis, Israël et l'Arabie saoudite.
 

    Voici ce que j’ai dit dans l’article précédant de la semaine  :

    Sans eux servant d’épouvantail, comment l’aile McCainiste de l'État profond étasunien et du Pentagone pourrait-elle continuer à justifier la présence étasunienne là-bas ? Et la raison de cette présence est d'empêcher l'Iran et la Russie de remporter la manche.

    Mais il y a déjà eu le flash d’information. Aussi, à ce stade, laisser les troupes étasuniennes là-bas serait du mépris de perdant, sans avantage pour quiconque.

    Rappelez-vous, la présence des États-Unis là-bas est illégitime. Leurs premiers alliés dans cette opération, Israël, l'Arabie saoudite et la Turquie, opèrent aussi tous dans l’illégalité.

 

La diplomatie de la canonnière

 

    C'est de l’authentique diplomatie de la canonnière. Mais, comme au sein des cercles démocrates, avec Hillary Clinton, tout le monde dans la région est fatigué par la duplicité des dirigeants politiques étasuniens et des projets qu’ils concoctent au mépris total de notre bien.
 

    C'est précisément ce que représente pour eux le sommet de ce week-end à Sotchi. Il s'appuiera sur les pourparlers de paix d'Astana et sur les accords négociés là-bas. Ces accords, auxquels les États-Unis n'ont pas participé, si vous vous souvenez, n’ont pas seulement tenu grâce à l'implication de la Turquie, ils ont réduit la violence en Syrie.
 

    Mais, peu importe les os que Lavrov et les Russes continueront à jeter aux États-Unis, à l'Arabie saoudite et à Israël, si cela mène au retrait définitif des forces étasuniennes de la région.
 

    L'État profond des États-Unis et Israël veulent ce qui ne peut arriver à ce stade sans déclencher une guerre mondiale : la suppression de toute influence iranienne en Syrie. Le Président Bashar el-Assad n'est pas une monnaie d'échange dans les pourparlers politiques à venir, mais les décideurs politiques étasuniens et israéliens en ont toujours l’espoir.
 

    C'est pourquoi les troupes étasuniennes resteront en Syrie, pourquoi Israël bombardera toujours Damas, et pourquoi l'Arabie Saoudite tentera de déstabiliser le Liban.
 

Éviter Genève

 

    Mais ce sont des choses que Poutine, le Président iranien Hassan Rouhani et le Président turc Erdogan voient venir de loin. Ils les voient parce que l'échec de la tentative militaire visant à évincer Assad en Syrie et l'enterrement de l'indépendance kurde en Irak, ne laissent aucune autre option ayant des chances de réussir.
 

    La question est de savoir si ceux qui mènent la danse depuis Washington les voient aussi. Je pense que Trump et Tillerson les voient. Mais tout les autres se leurrent encore s’ils pensent qu'il y a une voie victorieuse vers un gouvernement syrien dirigé par des marionnettes des États-Unis et d’Israël.
 

    Poutine a permis à Obama de sauver la face en 2013, au moment de l’attaque sous fausse bannière à l’arme chimique contre la Ghouta, qui était présumée être un casus belli d’invasion totale de la Syrie par l'OTAN. Quand le Parlement britannique a héroïquement dit « Non » au Premier ministre David Cameron, les États-Unis se sont retrouvés seuls pour attaquer à ce moment.
 

    Finalement, Obama ayant reculé, cela a permis à Poutine de négocier un accord qui a vu Assad abandonner ses stocks d'armes chimiques, et conjurer l'invasion.
 

    Poutine et son corps diplomatique font la même chose en ce moment. Ils travaillent le problème sur plusieurs niveaux avec une douzaine de « partenaires » pour conclure un accord permettant aux États-Unis de sauver la face, proclamer victoire et partir.
 

    L’enjeu de ce qui se décidera ce week-end à Sotchi est important. Si les Kurdes syriens des deux cantons acceptent de travailler avec le gouvernement central, il n'y aura rien d'intéressant à discuter à Genève, si ce n'est que la coalition US-israélo-saoudienne approuvera sans discussion la fin d'un chapitre vraiment horrible de l'histoire humaine.
 

Gold, Goats ‘n Guns, Tom Luongo, 16 novembre 2017

Original : tomluongo.me/2017/11/16/russia-still-allowing-u-s-to-save-face-in-syria/
Traduction Petrus Lombard



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