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Loi sur les «fake news»: du monopole de la vérité au règne du mensonge

Bruno Guigue

Cette histoire commence comme un conte de fées. Dans notre merveilleuse démocratie, tout allait pour le mieux. La presse était libre, le citoyen informé et le pouvoir impartial. Mais c’était trop beau. Imprudente, la démocratie n’a pas senti venir l’ennemi. Tapi dans l’ombre, il était prêt à fondre sur sa proie. Qui ? Le Russe, bien sûr. Il a fallu que ce barbare vienne gâcher la fête en propageant ses odieux mensonges. Heureusement, montant son blanc destrier, notre héroïque ministre de la culture a donné l’alerte : “La manipulation de l’information, dit-elle, est un poison lent qui abîme notre vie démocratique. L’attitude liberticide, face aux dangers actuels, c’est la passivité”.

Réagir, oui, mais comment ? Présentant le projet de loi “contre les fake news”, rebaptisé projet de loi “contre la manipulation de l’information”, Françoise Nyssen a employé un argument de poids : “La capacité de discernement des citoyens ne suffit plus”. On avait pourtant pris toutes les précautions possibles, dans les hautes sphères, pour inciter les gueux à se comporter comme des moutons. Contrôle de 95 % de la presse traditionnelle par une dizaine de milliardaires, ligne éditoriale uniforme calquée sur l’agenda libéral-atlantiste, subventions publiques réservées à des médias orthodoxes ou inoffensifs : au paradis des droits de l’homme, tout était verrouillé. Manifestement cela n’a pas suffi. Pour ramener le troupeau, il va falloir trouver autre chose. On va les aider à penser comme il faut, ces manants, car ils ont la fâcheuse manie de s’égarer sur la Toile pour entendre un autre son de cloche.

Dans un vibrant hommage aux officines chargées de diffamer toute pensée dissidente (le “Décodex” du Monde et le “Check News” de Libération), la ministre de la culture révèle alors le fond de sa pensée : puisque “leur capacité de discernement ne suffit plus”, il importe absolument de “former les citoyens”. D’habitude, cette formation commençait et finissait avec l’école. Mais il est clair que c’est insuffisant ! Les citoyens ayant vraiment tendance à mal voter (référendum de 2005, Brexit, Italie), il va falloir les rééduquer. Comment ? En les orientant vers les bons médias, ceux qui ne mentent jamais. On pensait jusqu’à présent que les citoyens étaient assez grands pour faire leur choix parmi les organes d’information. C’est fini. Le gouvernement, dans son infinie bonté, les exonère de cette lourde tâche. Il va désormais leur signifier qui il faut lire, écouter à la radio ou regarder à la télévision.

« Le 5 février 2003, le secrétaire d’État américain Colin Powell exhiba, devant le Conseil de Sécurité de l’ONU, un tube censé contenir de l’Anthrax irakien.» Reuters.
« Le 5 février 2003, le secrétaire d’État américain Colin Powell exhiba, devant le Conseil de Sécurité de l’ONU, un tube censé contenir de l’Anthrax irakien.» Reuters.
Pour clarifier les choses, Françoise Nyssen a précisé que la future loi contre la manipulation de l’information, évidemment, ne concernait pas “les journalistes de la presse professionnelle”. Ne mélangeons pas les torchons et les serviettes ! Il n’est pas question de mettre en cause le “professionnalisme” de ceux qui ont affirmé, par exemple, que le régime de Bachar Al-Assad allait s’écrouler sous quinze jours, ou que la Russie avait assassiné le journaliste Arkadi Babchenko, qui ressuscita au deuxième jour d’une mare de sang de cochon. Sans parler du “charnier de Timisoara”, des “couveuses de Koweit City”, de la “fiole de Colin Powell” et des innombrables bobards colportés avec zèle par des médias pour qui professionnel est synonyme de mercenaire. Bref. Si cette presse était passionnément attachée à la distinction entre le vrai et le faux, cela se saurait.

Mais peu importe. Pour nos dirigeants, c’est comme un théorème : les médias qui ont la confiance du ministre de la propagande ne mentent jamais. Puisqu’on vous le dit, c’est que c’est vrai. D’ailleurs, cette presse que le monde nous envie a deux caractéristiques qui en garantissent l’indépendance : elle appartient à la bourgeoisie d’affaires et elle reçoit des subventions du gouvernement. Double certificat de vertu ! Ce n’est pas comme si elle était animée par des bénévoles qui prennent des risques et ne gagnent pas un sou. On peut toujours rêver d’un monde meilleur sous d’autres latitudes, mais le système médiatique des “démocraties” repose à la fois sur la concentration capitaliste et la faveur du pouvoir. Un “bon journal” est un journal qui dit ce qu’il faut dire, et à qui l’Etat donne les moyens d’éliminer la concurrence.

Le projet de loi contre les “fake news” ne déroge pas à cette règle, qui est de l’ordre de la structure. Il a pour seul objectif de garantir l’homogénéité de la sphère médiatique, indispensable à la promotion de l’idéologie libérale, européiste et atlantiste. En incriminant les médias russes, l’exécutif français fait coup double : il sanctionne la Russie tout en diffamant la concurrence. Mais tous les médias citoyens sont dans la ligne de mire, car ils échappent à la double emprise du capital et du pouvoir. Ajoutée au déclin des médias classiques, la liberté conquise sur Internet effraie des élites qui voient le contrôle de l’opinion leur échapper. La propagation de fausses nouvelles nuit gravement à la démocratie, certes. Mais quand on prétend exercer le monopole de la vérité, c’est que le règne du mensonge n’est pas loin. Et ces médias “professionnels” qui ne cessent de mentir au profit des puissances d’argent en savent quelque chose.


La source originale de cet article est Mondialisation.ca
Copyright © Bruno Guigue, Mondialisation.ca, 2018


Commentaires (1)
1. Christian SÉBENNE le 11/06/2018 22:48
Ce pouvoir non élu qui fait office de gouvernement au regard des preuves accablantes mettant ce « Franc-Macron » hors piste dès le premier tour, font que diantre au deuxième tour il culminera par l’apothéose de la prestidigitation, du grand art de la magouille, que Houdini lui même n’en serait pas revenu !

Dans un tel contexte, on conçoit que le feu prenant de toute part, Madame Françoise Nyssen soit dépêchée pour éteindre l’incendie par des mesures que n’aurait pas renié la Gestapo, car on en est là !

Françoise Nyssen nous ne sommes pas dupe !

Les « fake news » chère madame Nyssen sont une spécialité exclusivement gouvernementale, le temps passant les « Sans dents » que nous sommes finissent toujours par connaître les dessous des cartes, hier c’était le 11 septembre 2001, l’incendie du Crédit Lyonnais, les détournements de la Société Générale, de la Caisse d’Epargne, du Crédit Agricole, le Libor, l’attentat de la rue des Rosiers, le feuilleton des escroqueries Talmudiques du Sentier 1 et 2, de la COP21, l’attentat du Bataclan, la fausse dette, l’escroquerie qu’est la loi Pompidou/Giscard/Rothschild de 1973, sans omettre les guerres de prévarications et de cette immigration/invasion sauvage que vous nous concoctez etc… etc…

Dès lors, Mme Nyssen, on comprend mieux pourquoi il vous faut boucher les fuites, à tel enseigne que Napoléon disait : « l’Histoire est un mensonge que personne ne conteste »

Et certains vont même jusqu’à parier que plus c’est gros mieux ça passe, or, Françoise Nyssen, que dire de l’Affaire Gassama, là vous vous êtes surpassé, il fallait y penser, hélas au microscope électronique par infrarouge il faudrait être aveugle pour ne rien voir, on comprend qu’il vous faille museler les voix qui n’acceptent pas de réciter vos mensonges.

Pour faire un parallèle, en ce qui me concerne, propriétaire du magazine Africa International, le plus ancien media politique du continent noir créé en 1958 à Dakar et diffusé dans plus de soixante pays, je fus dépossédé de mon outil de travail en 1999 par les magouilles iniques gouvernementales de la tristement célèbre « Francafrique », branche pourrie de la franc maçonnerie, car la Justice est là pour condamner le juste et laisser filer le gangster… elle est belle la France.

Ayant servi la France, je ne pensais pas qu’un jour je serais confronté à un tel dépotoir (le mot est faible), mais il n’est pas un jour sans que l’on constate de quoi sont capable ces personnages qui s’auto immunisent de tous leurs crimes dans les affaires scandaleuses de la destruction de la France, cependant, un site en Algérie a eu le courage de mettre en sauvegarde mon calvaire.

Je vous laisse ici le lien de mon affaire où l’on a voulu m’assassiner car j’avais le tort d’être un électron libre et que ma vision de l’Afrique ne correspondait pas aux desiderata de la Francafrique, que je n’ai jamais touché de subvention, mis à part une aide de 50.000,00 francs (7.000 euros) octroyée par le président de la francophonie de l’époque le canadien Jean-Louis Roy, lorsque l’on connaît les frais de fonctionnement d’un magazine voyez que j’étais à des années lumières des aides fourbies à des organes tels Le Monde (20 millions d’Euros), Libération (10 millions d’Euros) et tant d’autres comme le journal torchon en faillite Charlie Hebdo sorti du néant par une opération scandaleuse d’Etat, dont le commissaire de police de Limoges Helric Fredou en charge de l’Affaire en fera les frais, il sera suicidé.

DE LA GRANDEUR DE LA FRANCE À LA DÉLIQUESCENCE –
DU VOL À LA TERREUR AFRICA INTERNATIONAL ; OU LE MUSELLEMENT DE LA PRESSE SUBI PAR CHRISTIAN SÉBENNE
DE LA FRANCAFRIQUE À LA FRANCE À FRIC, VIA LA MAFIAFRIC, ENFIN LA «FRANCE À PURIN»

https://blideodz.wordpress.com/2015/07/16/de-la-grandeur-de-la-france-a-la-deliquescence-du-vol-a-la-terreur-africa-international-ou-le-musellement-de-la-presse-subi-par-christian-sebenne-de-la-francafrique-a-la-france-a-fric-via-la-mafi/

Christian Sébenne
Ancien propriétaire du magazine Africa international
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