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Lyon GJ : Le gout du lacrymo

georges zeter

Bon, il était temps d’aller « goûter » aux joies du terrain...Lyon, marche des Gilets Jaunes, durant 3 heures j’ai arpenté la ville parmi une foule compacte qui occupait des boulevards de 4 files voitures + les trottoirs et qui s’étendait bien sur un bon kilomètre. Alors, de visu, je confirme que le ministère de l’intérieur ment, car, dans les médias certifiés conformes, il sera dit qu’il n’y avait que 1000 ou 2000 manifestants et que le mouvement perdait de son souffle et blablabla.
A 14 heures place Belcourt la foule s’assemble, hétéroclite, bon enfant, beaucoup de gens se connaissent ; c’est comme un club de marcheurs qui iraient aux champignons, sauf que beaucoup de pancartes rappellent le pourquoi du comment de leur présence : « macron démission », « on veut le RIC » deux des oriflammes les plus populaires. Il y a les médias qui se mettent en place, le syndicat Sud Education, un tas de déguisement comme à carnaval dont un couple en costume et tailleur d’une jaune canari qui arrache les yeux, des Sound system sont là pour mettre l’ambiance musicale et des groupes se forment, se séparent selon les conversations qui vont bon train. C’est là, où je comprends que ce mouvement ne s’arrêtera pas, du fait que tous les présents se parlent en ne se connaissant pas, rigolent dans une ambiance festive. Me concernant, en moins de 30 minutes j’ai parlé au sujet de ce qui ne va pas dans le pays avec un émigré portugais, un étudiant des beaux art, une jeune de 27 ans qui fêtait son anniversaire, une retraitée des impôts, deux squatters et Jérôme Rodriguez lui-même où j’ai profité d’ailleurs de lui placé un mot à propos de l’exploitation éhonté des professeurs contractuels ; tout ce petit tour du monde en 30 minutes... Alors, même si un jour le mouvement disparaissait, ce que je doute, il restera que tous ces gens continueront à communiquer sur les réseaux sociaux et n’avaleront plus la bouillie des puissants.
De loin, j’entends des grondements de moteurs, puis apparaît une trentaine de motards qui font rugir leurs engins, ça crée de l’engouement et un souffle d’excitation parcours la foule. Fortement applaudis, cela donne le signal du départ sous une pluie glacée mêlée de grêle.
Comme je suis en VTT, ça me permet de remonter ou de redescendre la marée humaine, qui s’écoule telle la procession le jour de la pâques romaine. Partout des chants et surtout un mot scandé à pleine gueule qui revient en boucle « révolution ! » ; de loin en loin des camionnettes munies de hauts parleurs arrangent ou passent de la musique et tel un seul poumon, la manifestation du pas du promeneur entonne des chants anti macron, anti castaner, anti capitaliste et ou le célèbre ahou, ahou est reprit tel un aka.
Dans les rues perpendiculaires et les squares c’est une autre atmosphère. Les robocops sont là, plantés, prêt à la castagne ; ils portent déjà le casque et la visière baissée alors qu’il ne se passe rien, beaucoup se la jouent flics à Manhattan avec Ray ban et mâchouillage de chewing gum : et oui, à chacun ses héros, pour eux, ce doit être les brigades Swat, qui terrorisent le quidam outre atlantique. Pourtant, s’ils savaient combien ils ont l’air couillon, là, à nous regarder comme si nous étions des larves prêtent à être écrasées par leurs augustes rangers...Je ne peux m’empêcher de leur envoyer des vannes du style lorsqu’ils sont dans un square herbeux (où d’ailleurs derrière eux des gamins s’amusent sur les agrès) « hey, les gars, ça va, vous trouvez des escargots ? » Ca ne les fait pas rire les sbires, font plutôt la gueule d’être consignés depuis 6 mois tous les weekend. Mais l’attitude agressive sur la défensive de ces nervis et le bon-homme de la manif crée une telle distance qu’il est aisé pour un môme de trois ans de comprendre l’abime existant entre leur monde et surtout ceux qui les commandent et notre monde : nous sommes irréconciliable à jamais et il faudra bien que l’un ou l’autre lâche ou l’emporte...
A un moment je me retrouve en tête de manif, les CRS avancent en marche arrière (comme ce gouvernement) et nous font donc face, soudain, des trucs volent et c’est la panique car, ça pète de tous les cotés, ça explose et surtout les bombes lacrymo enfument le périmètre. J’en prends plein les narines, les yeux, même sur la peau du visage ca brule. C’est un truc qui casse en deux, le souffle coupé, les poumons criant à l’agonie et donc, le mieux c’est de courir dans l’autre sens, sauf que : et c’est là ou on voit toute « l’intelligence » d’un castaner et surtout son factotum préféré le Didier Lallemand qui a défini la stratégie de la nasse. Comme je suffoque mon reflexe comme beaucoup d’autres est de courir dans l’autre sens, sauf qu’il y a foule et donc c’est d’enquiller la rue perpendiculaire, sauf que là, nous sommes bloqué par un cordon qui à son tour nous gaze. Reste plus qu’à se mettre à genoux et se couvrir la tête pour essayer de respirer dans son col, sa capuche et attendre que la fumée monte. Heureusement qu’ils n’ont pas chargé sinon, tout le monde se faisait exploser sans pouvoir ni courir, ni se protéger. Je comprends donc pourquoi il y a eu tant de blessés graves, car, c’est une souricière d’où personne ne réchappe. Lorsque qu’enfin je sors la tête de ma capuche de parka, j’ai les yeux qui me sortent des orbites, la gorge en feu, et le visage qui me pique ; heureusement que des médics passant par là m’aspergent la figure et me donne du collyre. Ca va se répéter trois fois, où d’ailleurs à 50 centimètres près je me prenais le tube d’une lacrymo en pleine poire car ça a explosé contre le mur juste derrière moi.
Ayant payé mon dû à dame manif, je décide de retourner chez moi en ayant appris plusieurs choses :
- Pourquoi ne pas essayer zéro CRS le long du parcours, car je suis certain que les manifestants sauraient se gérer eux même, au vue de mon expérience de ce samedi ; les gens marchent, revendiquent, chantent mais il n’y a pas de tension, sauf, lorsque la foule voit ces murs de boucliers prêt à charger, sans raison.
- Comme tous les faibles, l’état, et surtout un macron se doit de rouler ses petits muscles histoire de prouver « qu’il en a »...Un president digne de ce nom aurait compris qu’il doit négocier et que sans ces déploiements excessifs de forces, les manifestations disparaitraient d’elle-même, faute de carburant contre lequel se révolter.
- ne pas comprendre que la masse à la force du nombre revient à ce que chaque samedi les choses se crispent de plus en plus.
- Entre une foule qui se parle et un gouvernement autiste, le divorce est prononcé, irrévocable ; cette présidence est morte avant son terme.
- La dramatisation du Progrès de Lyon qui écrit en titre : «De nombreux black blocs présents dans le cortège de Lyon : À Lyon la situation s'est clairement tendue. Près de 200 black blocs ont infiltré le cortège lyonnais de ce 26e acte des gilets jaunes. De nombreux affrontements ont lieu entre les manifestants et les forces de l'ordre. Ces dernières enchaînent les charges contre les manifestants pour les diriger vers Gerland. Il y aurait près de 2 500 gilets jaunes réunis à Lyon. » Faux ! double faux !! J’y étais et ai observé la manif du début à la fin. Comme d’hab, ce merdias a voulu noircir une situation qui était calme. J’ai vu en effet quelques black bloc, mais pas en nombre, de plus, on peut dire que les « affrontements » furent gentillets. Quant au chiffre de 2500...A croire que les journaleux du Progrès ont de la crotte dans les yeux pour ne pas voir les 10.000...
- Pour les sceptiques, seulement une fois, comme l’auteur, allez vous mêler à cette multitude et ainsi, voir et entendre in vivo ce qu’il s’y passe.
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Résulta de ce samedi 11 mai 2019, 6eme mois de revendication dans les rues : Qu’il est doux de ne plus se sentir seul, car, depuis 10 ans j’écris des articles dénonçant l’oligarchie et je sens que le mouvement des Gilets Jaunes a mis en branle un éveil parmi ce qui se nommait auparavant « la majorité silencieuse » ; D’accord, ce n’est pas gagné, il y a encore beaucoup de chemin et de manifs à faire, mais à chaque jour suffit sa peine...Ainsi que le goût des lacrymo au fond des gosiers!

Georges Zeter/mai 2019



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