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Notes sur la situation en Algérie.

salah sakhri

La question du changement de régime politique est à l’ordre du jour en ces heures d’effervescence populaire que vit l’Algérie. Comment résoudre cette question ? Les opinions divergent. Le maintien au pouvoir du gouvernement intérimaire (rejeté par le peuple) atteste avec évidence que l’armée veut faire rentrer le mouvement populaire dans le cadre voulu par la bourgeoisie libérale. Ensuite, ceux qui appellent de leurs vœux à une transition avec des politiciens «consensuels», sont pour le changement de la table des matières et non le contenu des institutions politiques. Idem, pour ceux qui réclament la tenue d’une présidentielle pour espérer arrêter le mouvement populaire.
Grisé par l’ampleur de la mobilisation populaire certains en viennent à «oublier» la crise actuelle n’est pas exclusivement politique, mais a son origine dans les choix économiques désastreux (pour le peuple) qui ont prévalus jusqu’ici. Il nous revient la tâche d’expliquer aux masses pauvres grisées par l’ampleur et la densité de la dynamique populaire qu’on est encore loin du succès ; qu’aussi longtemps que dure son inorganisation nous n’aurons ni liberté, ni pain et bienfaits de la civilisation, la science et la lumière. La solution consisterait à former un gouvernement provisoire ayant pour mission d’organiser l’élection d’une Assemblée de représentants du peuple, une Assemblée constituante.
Il n’a pas encore compris la nécessité de s’organiser en comités d’usines, d’entreprises, d’administrations, de quartiers, de villes et de villages afin de peser et d’influencer de manière décisive le cours des événements. Si, les masses veulent peser et influencer le cours des événements elles doivent comprendre la situation qui les réduit au statut d’esclaves salariés, à jeter un regard lucide sur leur «vie» sous le joug pesant de l’oppression capitaliste, aux moyens de rejeter le besoin, l’incertitude du lendemain, la misère, la prostitution, la criminalité et autres outrages infligés aux gens du peuple.
Un président ou un gouvernement qui est pour le peuple et non contre lui se doit d’indiquer dans son programme qu’il est contre le capitalisme et non pour…sans quoi il ne peut prendre des mesures efficientes contre la ruine économique.
Le marxisme (même si certains croient l’avoir «exterminés») nous apprend qu’il ne faut pas abandonner la révolution démocratique à la direction de la bourgeoisie «démocratique», mais au contraire d’y participer de la façon la plus énergique, à mener la lutte la plus résolue pour lui donner un caractère de plus en plus prolétarien. D’autre part, croire que les transformations économiques et politiques espérées par le peuple puissent être concédés sans l’évolution du rapport de force en faveur des masses en ébullition c’est ne rien comprendre à l’égoïsme de la bourgeoisie prête à noyer dans une marre de sang toute remise en cause sérieuse de ses privilèges de classe.
Il suffit de lire le programme économique des partis de l’opposition (démocratique comme conservatrice) pour se convaincre qu’ils sont des partisans du capitalisme. Ils nous parlent «d’un Etat de droit», mais cet Etat dit de droit ne sera que la superstructure idéalisée qui chapeauterait le capitalisme. N’en déplaise aux antimarxistes de tous poils l’Etat «de droit ou de non-droit» reste un appareil de domination d’une classe sur une autre et, cela ne saurait souffrir de la moindre contestation : on ne peut changer par un mot ou une phrase cette réalité historico-économique.
On entend certains «soutiens» du mouvement populaire se féliciter que les problèmes économiques ne soient pas intégrer comme des points cruciaux (au même titre que les problèmes politiques) de la contestation populaire Ainsi, on nie aux travailleurs algériens le droit de revendiquer une vie et un monde meilleur pour éviter que les courants petits bourgeois se détournent du mouvement populaire. Dans ce cas on ne peut espérer obtenir l’apport décisif de la classe ouvrière d’Algérie à la lutte décisive pour le progrès humain, si nous lui demandons de se croiser les bras et d’attendre l’avènement de l’Etat de droit…événement qui n’exclu nullement que les «lois du marché» n’attendent pas pour appauvrir le peuple et le pays aussi surement que 1 et 1 font 2.
L’Algérie a besoin de renouer avec un projet de société qui la sorte de la dépendance économique et politique envers l’impérialisme mondial. Cette dépendance extérieure a des racines économiques sur lesquels reposent les soutiens sociaux favorables à l’impérialisme. Le pays ne peut rester un pays dépendant sur le plan économique, financier et politique des «grandes» capitalistes. Pour cela il doit édifier une industrie lourde de construction mécanique qui sera l’ossature économique qui déterminera, en dernière analyse, le développement de l’économie nationale.
Le mot d’ordre d’une 2e république revient souvent dans les marches hebdomadaires. Or, on ne sait pas si cette 2e république reposera sur une ossature présidentielle ou parlementaire ? L’ordre politique a ossature présidentielle a démontré son caractère d’asservissement des masses ne serait-ce que dans le sens où il les exclue de participer au cours de la vie politique. On ne peut faire du neuf avec du vieux !
Le moment est sans doute venu de réfléchir sur le type de république que nous voulons pour administrer les hommes ? Une république présidentielle ou parlementaire ? La république parlementaire répondrait mieux à la vie politico-sociale du pays du fait qu’elle reflèterait l’état réel de la société divisée en classes sociales aux intérêts antagonistes, inconciliables. Les partis politiques qui se disputent le pouvoir au moyen du suffrage universel représenteraient, en dernière analyse, les intérêts vitaux de leurs classes respectives.
L’hégémonie du prolétariat manque cruellement au mouvement populaire pour conduire plus fermement et plus résolument la contestation populaire. Le degré de développement économique de l’Algérie (condition objective) et le degré de conscience et d’organisation de la classe ouvrière (condition subjective absolument liée à la condition objective) ne permettent pas la lutte immédiate pour le socialisme.
Les exégètes de la bourgeoisie confondent sciemment le socialisme du FLN de la période 1962-1989 (pour tromper le peuple) avec le socialisme comme il a pu être appliqué dans les pays de la démocratie populaire, régime social plus proche de l’Algérie que l’était l’URSS. Ce pays était au sens marxiste du terme le seul Etat socialiste en raison du fait qu’il a éliminé toute racine économique capitaliste.
Le pseudo-socialisme du FLN du temps de Ben-Bellah et de Boumediene (niant la lutte des classes et la conception scientifique du monde) a été une forme de socialisme que le Manifeste communiste… dénonce et condamne comme réactionnaire et utopique. Cette forme de socialisme qui dénonce les calamités pesant sur les non-possédants, vise à émousser la lutte des classes et à concilier les antagonismes de classes.
Le mouvement populaire se comporte comme un représentant des millions de travailleurs, des fellahs, des petites-gens qui veulent édifier une société où règne l’égalité sociale. Pour aller vers cet objectif révolutionnaire le Hirak doit se débarrasser de certaines erreurs théoriques, de certaines étroitesses politiques relevées ici.

Le 10 juin 2019
Salah Sakhri


Commentaires (2)
1. Lecteur le 11/06/2019 12:00
La question primordiale aussi c'est celle de l'islam. Quel islam voudrait-on appliquer ?

Depuis l'indépendance de l'Algérie c'est un islam bourgeois qui a été appliqué par le parti au pouvoir le FLN, et représenté par un ministère des affaires religieuses. A part le code de la famille, l'islam dans sa globalité n'a jamais pu faire son entrée dans l'appareil de l'Etat. Il a été toujours cantonné dans une sphère assez limitée de la vie quotidienne sans lui donner la possibilité de s'élargir.
Une tentative a été pensée par Mohamed el-Ghazali et le président Bendjedid afin de desserrer l'étau autour d'un islam automatisé et convervateur mais en vain. Les années 90, par la suite, ont démontré que le pays était encore très loin pour qu'il puisse aspirer à voir l'islam dans un Etat moderne.
2. samy le 11/06/2019 14:17
un Émirat Fédéral avec l'islam sunnite malékite et une culture Amazigh voila la base du renouveau de l'Algérie
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