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Par ses sanctions, Trump admet la fin de la domination militaire étasunienne

Tom Luongo






    Le 1er mars, le président russe Vladimir Poutine a bouleversé la donne géopolitique. Au cours de son allocution, il a dévoilé de nouvelles armes qui ont subitement rendu obsolète une grande partie du matériel de l'arsenal militaire étasunien.



    Et la panique a été palpable à Washington.



    Depuis ce discours, toute la géopolitique s’est accélérée. Pour y répondre, le gouvernement étasunien sous Trump a changé ses stratégies. Il n’a plus menacé la Corée du Nord d’invasion militaire. Trump a rencontré Kim Jong-Un pour négocier la paix.



    Sur la Russie, l'Iran, la Chine, la Turquie, le Venezuela et même l'Europe, la rhétorique de guerre de Trump s'est intensifiée. Trump ne parle que de sanctions économiques et de droits de douane, se sert du dollar, peu importe comment, comme de sa principale arme pour forcer les pays à obéir.



    Malgré ce que peut lui murmurer à l’oreille John Bolton, ou les coups de chaussure sur la table de Bibi Netanyahou, il n'y a aucun signe d'invasion étasunienne.



    Pourquoi ?



    Parce que la domination militaire étasunienne ne s’est jamais imposée par sa technologie, mais par sa logistique. Les bases, bien que coûteuses, constituent aussi la véritable force militaire. C'est un boulet financier utilisé par l'Axe de la Résistance pour gagner la guerre d'usure contre l'hégémonie étasunienne.



    Or à présent, en un instant, les nouvelles armes russes ont rendu les bases obsolètes. Dès que ces armes seront pleinement déployées, il ne sera plus possible de revenir à l’ancien ordre mondial.



    C'est pourquoi Trump a parlé à la Corée du Nord hier, et pourquoi il parlera avec l'Iran demain.



Fin du pouvoir d’influence



    Avec sa dernière escalade, « Ceux qui font des affaires avec l’Iran ne feront pas d’affaires aux États-Unis », Trump a brandi le drapeau blanc au lieu d’employer l’armée pour faire respecter sa vision de l’ordre mondial.



    C'est la guerre financière, l'option ‘nucléaire’. L’emploi de ce moyen est une stratégie perdante, car il faut le maintenir.



    De la même manière, Trump avait menacé la Corée du Nord de feu et de soufre, mais il est finalement allé à Singapour.



    Que donc pourra-t-il faire ? Sanctionner Apple pour avoir vendu un iPhone à Téhéran ? Car c'est ce qu’implique sa déclaration.



    Le coût du respect des sanctions paralysera les banques et les entreprises du monde entier. Nous en avons eu un aperçu en avril, quand Trump a tenté de couper l’entreprise Rusal du marché de l’aluminium.



    Dans ce même tweet, par contre, il a enfin révélé qu'il souhaitait la paix dans le monde. Mais, à l'instar des reines de beauté qu'il avait l’habitude de manager, Trump dit beaucoup de choses que les gens aiment entendre. Par contre, sait-il vraiment comment réaliser ce rêve ?



    La guerre financière est aussi dévastatrice que la guerre physique. Et la paix gagnée par l'assujettissement via le sabre ou le contrat à terme, est toujours bidon. Elle n’est pas obtenue grâce au respect et au consentement, au bénéfice de tous les belligérants, mais grâce à la pire sorte d'intimidation.



    Il y aura des retours de flammes.



    À ce stade, il est difficile de dire si Trump le comprend ou non. Bien évidemment, à travers ce comportement erratique, il suit précisément son plan. Il pratique l'art de réaliser des affaires sur la scène géopolitique.



    Mais, l'art de réaliser des affaires nécessite un pouvoir d’influence, et Trump n'a que le levier financier. Et cet avantage ne peut que s'éroder au fil du temps. Chaque transaction passée sans dollar, chaque banque survivant aux sanctions des États-Unis, érode un peu plus ce levier financier.



    En appliquant son option ‘nucléaire’, Trump a fait savoir au monde entier qu’il allait le détruire pour le sauver. Et s'il est sérieux, cela signifie que tous ceux qui ont trois neurones vont faire des plans alternatifs.



    Ce qui semble invincible aujourd'hui, le dollar, sera obsolète demain. Les devises sont remplaçables. Elles finissent aisément par être mises en concurrence.



    Ce que la plupart des commentateurs géopolitiques ont choisi d'oublier dans leurs calculs stratégiques, c'est que l'ordre institutionnel de l'après-guerre s’est maintenu grâce à l'interaction entre la domination financière étasunienne – avec le FMI, la BRI et la Banque mondiale – et l'archipel logistique de bases militaires et de groupes d’attaque aéronavale qui encerclent le globe.



    Nicolas Maduro, au Venezuela, tente de reconstruire son pays sans recourir à l’extorsion du système bancaire mondial, avec le Petro et le Bolivar souverain. Le ‘tribunal’ est fini si Maduro y parvient. S’il réussit, attendez-vous à ce que les États-Unis imposent d’autres sanctions au Venezuela. Mais, comme il n'y a pas de dollars dans le pays, ça servira à quoi ?



    Encore une fois, vous ne pouvez pas forcer quelqu'un à utiliser votre monnaie.



    Trump réalise que dans ce système bancaire mondial, la partie militaire bâtie entièrement sur des erreurs, ne répond plus aux attentes. C'est un gaspillage destructeur pour les États-Unis. Trump veut sa fin.



    Mais dans le même temps, il souhaite que les États-Unis l’emportent sur tous les marchés et conservent la domination financière grâce au commerce de l’énergie. Aussi, détruire le Venezuela, l’Iran et faire obstacle à la Russie permettrait aux États-Unis de garder le contrôle du commerce pétrolier et gazier par l’intermédiaire du pétrodollar.



    Du reste, je suis d’accord. Le problème n’est rien d’autre pour Washington, Tel-Aviv, New York, Londres ou Bruxelles.



    Dans ces conditions, comment contenter tout le monde pendant qu’il détruit les parties de l'ordre mondial qu'il n'aime pas, tout en se servant de ses restes pour consolider ce qu'il construit ?



    En soutenant toutes les demandes d’Israël sur l’Iran, voilà comment. Il calme les néocons de Washington et Tel-Aviv. Mais il ne trompe en réalité personne.



    Toujours convaincus qu'il n'est pas de leur côté, les néocons utilisent d’autres moyens pour faire pression sur lui et la Russie. Ils veulent avoir le contrôle du Congrès après les élections de mi-mandat, et ils ont besoin de faire durer la fable jusqu'à novembre.



    Parfait exemple, la dernière annonce que le gouvernement britannique exigera l’extradition des mythiques agents russes qui ont empoisonné les Skripals au début de l’année. Il n'y a aucune preuve, mais l’État profond britannique continue à faire diversion pour détourner l'attention des faits.



    Les cris de trahison visent Donald Trump pour sa rencontre avec Vladimir Poutine. Présenté par le sénateur Lindsay Graham, le nouveau projet de loi de sanctions dit de tout rejeter sur Poutine pour lui faire savoir que les États-Unis sont sérieux.



    Comme si Poutine n’avait pas encore eu cette idée ?



    Toujours visé par la mise en accusation, Trump tente d’appliquer une politique étrangère quelque peu indépendante, en mettant fin à la dissidence nationale (Alex Jones, Ron Paul).



    Et c’est pourquoi il a dû recourir aux sanctions ‘nucléaires’. Car en dépit de toutes les apparences, Trump n’est pas intéressé par la mort de ses soldats à l’étranger pour des rêves d’empire. Et il sait que c'est ce qui arrivera si l’option militaire est envisagée contre l’Iran.



    Il y a peu d'espoir quant au type de rénovation du leadership étasunien et européen que M. Crooke estime nécessaire pour changer la dynamique entre les États-Unis et leurs rivaux géopolitiques. C’est pourquoi, Trump poursuivra cette stratégie de sanctions jusqu'à la fin.



    Car l’Iran, comme le Venezuela, la Russie et la Chine, ne négociera pas avec quelqu'un qui n’a rien d’autre à proposer que son mépris.



Strategic Culture Foundation, Tom Luongo, 8 août 2018


Original : www.strategic-culture.org/news/2018/08/08/trump-sanctions-admit-end-us-military-dominance.html

Traduction Petrus Lombard







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