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Pourquoi le Prince héritier d’Arabie saoudite diabolise les Frères musulmans ?

Al-Quds Al-Arabi

Diaboliser les Frères musulmans permet à Mohammed Ben Salman de faire oublier l’extrémisme maison tout en éliminant ses opposants.

Les informations étranges s’enchaînent jour après jour au sujet du Prince héritier Mohammed Ben Salman et ses déclarations controversées. La dernière en date concerne la Palestine, avec l’acceptation de l’idée que cette dernière est la terre ancestrale des Juifs (ce qui a conduit un journal israélien à l’appeler « Lord Ben Salman »), du jamais vu chez un leader arabe. Avant cela, il avait considéré que le Président syrien Bachar Al Assad allait rester au pouvoir, faisant un nouveau cadeau politique à un des chefs d’Etat arabes les plus barbares de l’ère moderne.

Dans la même veine et sans demi-mesure, il s’est mis à diaboliser politiquement les Frères musulmans, emboîtant ainsi le pas des régimes égyptien et émirati. Lors d’un entretien avec la revue américaine Time, il a déclaré qu’il s’agissait du « groupe le plus dangereux » et est même allé plus loin que les partis occidentaux d’extrême-droite racistes et fascistes en disant aux Européens que les Frères musulmans « veulent transformer le continent européen à leur guise » (les Européens et les partis racistes profiteront de ces déclarations pour attaquer les musulmans et faire peur à la population en disant qu’ils vont contrôler le continent !).
Masquer le soutien apporté par le Royaume d’Arabie saoudite à l’extrémisme dans le monde

Mohammed Ben Salman veut tout simplement masquer le soutien apporté par le Royaume d’Arabie saoudite à l’extrémisme dans le monde et faire porter le chapeau aux Frères musulmans, qui ont incarné dans les années 60 et 70, après avoir fuit les persécutions des régimes militaires en Egypte, en Syrie et ailleurs, l’instruction et la modération. Ils ont ainsi contrebalancé l’extrémisme salafiste des religieux saoudiens, dont les chefs de la police religieuse sont une incarnation.

Le Prince héritier d’Arabie saoudite emboîte le pas du régime d’As-Sissi en Egypte, qui a diabolisé les Frères musulmans pour justifier son coup d’Etat, et des Emirats, qui mènent une lutte d’influence régionale avec le Qatar. Accuser les Frères musulmans injustement et leur faire porter le chapeau des problèmes de son pays est le seul moyen qu’a trouvé Ben Salman pour se détacher de la longue histoire saoudienne d’extrémisme et de soutien aux différents mouvements salafistes. Les Frères musulmans sont un parti modéré pacifique, dont des milliers de membres ont été torturés dans les prisons des régimes tyranniques. Ils ont participé à la lutte historique pour la démocratie de leurs peuples et ont ainsi occupé une place de choix dans la majorité des parlements arabes et dans de nombreux gouvernements au Maroc, en Tunisie, au Soudan, en Jordanie, en Libye, en Irak, en Egypte sous le règne de Hosni Moubarak et après la révolution du 25 janvier, et en Syrie avant le coup d’état du parti Baath.

Les Frères musulmans constituent en réalité un parti « laïc » (contrairement à Al-Qaïda ou l’Etat islamique, qui refusent catégoriquement la démocratie et la considèrent comme contraire à l’Islam). Même s’il repose sur une idéologie religieuse, ce parti croit en l’alternance au pouvoir de manière démocratique. C’est un parti conservateur sur le plan social, comme les partis chrétiens-démocrates en Allemagne et en Italie, le parti conservateur en Grande-Bretagne et le parti républicain aux Etats-Unis.

Les Frères musulmans sont associés au terrorisme non car ils sont « islamistes », mais parce qu’ils dérangent les régimes dictatoriaux et dénoncent les cliques financières, militaires et sécuritaires qui font la loi dans les sociétés arabes, abhorrent la démocratie, refusent l’alternance du pouvoir et continuent de se comporter avec leur pays et ses habitants comme s’ils étaient des biens se transmettant de père en fils (ou de frère en frère), que ce soit dans les monarchies, comme en Arabie saoudite, ou dans les républiques, comme en Syrie, en Libye, au Yémen et dans l’Egypte de Moubarak avant la révolution.
Coller l’étiquette du terrorisme aux opposants

Il est vrai qu’on a assisté à l’apparition de groupes terroristes issus des Frères musulmans et cela pour plusieurs raisons, dont l’absence totale d’horizons politiques, l’appauvrissement rapide des classes moyennes, la constitution de groupes sociaux, politiques et financiers au-dessus des lois, et la frustration née de l’activisme politique pacifique (l’Arabie saoudite et les Emirats ont soutenu la formation de certains de ces groupes terroristes). Ils ont aussi été parfois créés par les services de sécurité des régimes militaires en Egypte, en Syrie et en Algérie, qui ont soutenu les orientations militaires et extrémistes à l’intérieur du courant islamiste afin de coller l’étiquette du terrorisme à leurs opposants et de renforcer leur mainmise sur la société dans son ensemble. L’Islam est la religion majoritaire et viser ce courant permet donc de s’en prendre à n’importe qui.



Commentaires (4)
1. bob le 13/05/2018 23:29
Il lui manque les 2 guirlandes et on est bon ! Ha ha ha !
2. Saber le 14/05/2018 13:24
Pour les guirlandes il faut le projet NEOM.
3. oh-daz le 14/05/2018 16:10
Pourquoi ??... tout simplement, parce que ses "amis" de tel aviv les diabolisent aussi..
exp. : bhl, adler, finkelkraut..." ils est hors de question pour israel de laisser les frères musulmans au pouvoir
en Egypte "... et ceci après l'élection de Morsi...
et ce n'est qu'un exemple.
4. Saber le 14/05/2018 22:30
Au fait, M Morsi est en prison pourquoi au juste ?
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