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Rachid Nekkaz: «J’ai déjà dépensé 315.000 euros pour payer les amendes liées à la burqa»

Fabien Buzzanca

L’activiste algérien Rachid Nekkaz s’est trouvé une nouvelle cible: le Danemark. Le royaume scandinave a interdit le port de la burqa en mai 2018 et les contrevenantes s’exposent depuis à des amendes. Comme il le fait depuis 2010 dans plusieurs pays européens, Rachid Nekkaz paiera les contraventions. Il a expliqué ses motivations à Sputnik France.

Le millionnaire et activiste algérien Rachid Nekkaz a fait sien le combat de défendre la liberté des femmes à porter le voile intégral. Dans les pays où cette pratique est interdite, comme la France, la Belgique ou l'Autriche, il paie les amendes des contrevenantes et déclenche souvent l'ire des gouvernements concernés. Dernier en date? Le Danemark. En mai dernier, les autorités du royaume scandinave ont décidé de rejoindre certains de leurs voisins européens en interdisant le port de la burqa. Rachid Nekkaz a d'ores et déjà assuré qu'il se rendrait à Copenhague en septembre afin de payer les premières amendes. L'activiste nous a livré la vision qu'il a de son combat:

Sputnik France: Pourquoi tant d'acharnement à mener cette lutte pour le droit à porter la burqa?

Rachid Nekkaz: Je ne supporte pas les injustices qui sont imposées par le fort au faible. Les autorités savent très bien que ces femmes sont minoritaires. Dans le cas du Danemark, elles sont 150 à 200. Elles ne représentent aucun danger ni pour l'ordre ni pour la sécurité du pays. Et on voit des partis nationalistes qui utilisent la peur de l'islam pour réduire les libertés fondamentales d'une infime minorité du peuple danois. Ca je ne l'accepte pas. Surtout qu'ils utilisent l'arme financière.

Sputnik France: Martin Henriksen, porte-parole du Parti populaire danois, a déclaré que votre volonté de payer les amendes des femmes verbalisées représente «une tentative flagrante de saper la législation danoise». Comment réagissez-vous à ces accusations?

Rachid Nekkaz: Je suis toujours dans une démarche légaliste. La loi danoise n'interdit pas de payer les amendes. Je respecte donc la loi. J'ai déjà trouvé des subterfuges dans le passé quand on a voulu me mettre des bâtons dans les roues. Quand le ministère de l'Intérieur français s'est mis en tête d'interdire le paiement solidaire des amendes, j'ai commencé à faire des prêts sans intérêts aux femmes verbalisées.

Sputnik France: Votre position peut sembler atypique car vous êtes vous-même opposé au port de la burqa…

Rachid Nekkaz: A titre personnel, je suis contre le port du voile intégral car je considère que ce n'est pas la meilleure manière de s'intégrer dans la société européenne. Mais ce n'est pas incompatible. J'ai une démarche philosophique, je suis dans une position voltairienne. Je me bats pour la liberté. Mon combat est autant pour les femmes qui refusent de porter le voile que pour celles qui veulent porter la burqa. Je me suis rendu à Téhéran en mars dernier où j'ai plaidé la cause de 29 femmes qui ont été emprisonnées parce qu'elles refusaient de porter le voile. Ensuite, je suis allé directement à Copenhague pour signifier aux autorités danoises qu'elles me trouveraient sur leur chemin si elles interdisaient le port de la burqa. Ce qui ennuie mes adversaires, c'est que je n'ai pas de double discours. Ma femme est Américaine, diplômée de l'université de Stanford en Californie, elle ne porte ni voile, ni burqa, ni burkini. Elle s'habille comme n'importe quelle Occidentale. Elle fait ce qu'elle veut. C'est une femme libre de ses choix.

Sputnik France: En 2017 vous déclariez avoir déjà dépensé 300.000 euros pour payer les amendes liées au port du voile intégral. Vous en êtes où actuellement?

Rachid Nekkaz: D'abord, je tiens à préciser qu'il y a de moins en moins d'amendes. J'en suis aujourd'hui à 315.000 euros dépensés pour 1.552 amendes.

Sputnik France: Qu'est-ce que vous répondez à ceux qui considèrent que le voile intégral est un symbole d'asservissement de la femme qui n'a pas sa place dans une démocratie occidentale?

Rachid Nekkaz: Je leur réponds qu'en Afghanistan et en Arabie saoudite, c'est vrai. Car elles n'ont pas le choix. En Europe, dans deux tiers des cas, ce sont des femmes de souche européenne qui sont concernées et elles le font sans contrainte. Si j'entendais qu'un homme obligeait sa femme, sa sœur ou sa fille à porter un voile intégral, je serais le premier à demander qu'il soit fermement condamné.

Sputnik France: Est-ce que vous considérez que la multiplication de ce type de loi est un signe que l'islam n'est plus le bienvenu en Europe?
Rachid Nekkaz: L'Europe voudrait interdire la présence de l'islam dans son espace public. Elle n'en accepte plus le caractère ostentatoire. Ils ont réussi à liquider la visibilité du christianisme, notamment en France après 1789, et maintenant ils s'attaquent à l'islam. Ils utilisent la burqa après le voile à l'université et la viande hallal pour éliminer tout signe de religiosité musulmane dans l'espace public.
Sputnik France: Pourtant la construction de mosquées continue en France avec l'accord des autorités…

Rachid Nekkaz: Elle peut se faire à condition que les mosquées ne fassent pas de bruit, d'appel à la prière ou qu'elles ne comportent pas de minarets. On accepte l'islam à condition qu'il se fasse discret.
Sputnik France: N'est-ce pas le but d'un pays laïc que de vivre sa religion dans la discrétion?
Rachid Nekkaz: La laïcité n'interdit pas la religiosité. Elle accepte toute les religions. Que ce soit clair, ne serait-ce que pour des raisons de sécurité, je suis pour l'interdiction de la burqa dans les espaces fermés comme les écoles, les universités, les centres commerciaux, les administrations. Mais on ne peut pas empêcher quelqu'un de s'habiller comme il l'entend dans la rue. La rue doit rester le sanctuaire universel de la liberté.

Sputnik France: Quelle est la suite que vous souhaitez donner à votre combat?

Rachid Nekkaz: Je me battrai toujours contre ces politiques et ces partis qui manipulent la peur de l'islam et ces pauvres femmes pour gagner deux ou trois points dans les élections. Depuis des années je n'ai pas bougé d'un iota sur mes positions. Je continuerai à payer ces amendes et à poursuivre ces gouvernements qui, au motif de défendre la liberté de la femme, veulent, au final, l'emprisonner. C'est d'ailleurs ce que demande le porte-parole du Parti populaire danois, Martin Henriksen, qui a déclaré qu'une peine de prison d'une à deux semaines pour les contrevenantes serait appropriée. Ils n'ont qu'à interdire l'islam dans la Constitution et dans cas-là, je n'interviendrai plus. Mais tant que ces pays se considéreront comme des démocraties de droit, je me battrai pour la défense de ces femmes. Rendez-vous à Copenhague en septembre.



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