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Tel-Aviv devient la capitale mondiale de l'extrême-droite

Ben White

Le soutien à Israël « continue de baisser » chez les libéraux américains et dans la jeunesse. Seulement 25 % des libéraux américains considèrent Israël comme un allié, selon les sondages, car la question du soutien devient de plus en plus liée à l’appartenance politique ou sociale.

En février 2017, la ministre israélienne de la Justice, Ayelet Shaked, a exprimé son inquiétude devant la « baisse du soutien à Israël au sein du parti démocrate », et a déclaré à son public juif étasunien qu’il s’agissait là d’une « question stratégique » pour Israël.

« Je ne suis pas arrivée à dormir après avoir vu un sondage sur la question il y a deux semaines », a-t-elle ajouté.
Le dernier sondage étasunien ne va sûrement pas tranquilliser Shaked. Les résultats indiquent que la basse tendancielle constatée ces dernières années ne mollit pas ; la réputation d’Israël se détériore dans des segments de la population comme les démocrates, les jeunes électeurs, les Afro-Américains et les latino-Américains.
Le fait que l’opinion publique américaine reste majoritairement pro-Israël masque un clivage de plus en plus lié à l’appartenance politique ou sociale ; le sondage Economist/YouGov a révélé que seulement 25 % des électeurs démocrates considèrent Israël comme un « allié » des États-Unis, contre 57 % des républicains.
Comme l’a observé le journal israélien Haaretz, le sondage « montre que le soutien à Israël est directement lié au sexe, à l’âge, au statut économique et aux opinions politiques. Il est le plus fort chez les Blancs, aisés et conservateurs de plus de 50 ans, et le plus faible chez les jeunes, les libéraux, les minorités et les femmes ».
Mais ces sondages inquiètent-ils vraiment les soutiens d’Israël ?
« Il y a certainement un segment du public juif israélien qui s’inquiète de la dégradation de la réputation du pays », a confié Edo Konrad, un journaliste israélien de +972 Magazine, à Al Jazeera. « Mais la majorité des Juifs israéliens sont, soit indifférents à la situation politique, soit soutiennent le virage du gouvernement Netanyahu vers l’hyper-nationalisme ».

« Clivage partisan »

Ce virage explique en partie la division selon des lignes partisanes concernant Israël et les Palestiniens que le Pew Research Centre a décrit en janvier comme étant « aujourd’hui plus profond qu’il l’a jamais été depuis 1978 » – un clivage partisan qui modifie lentement le paysage politique des États-Unis.
La candidature de Bernie Sanders à la direction du Parti démocrate a constitué un exemple de changement dans le discours sur Israël – la réaction très polarisée à la nomination de David Friedman comme ambassadeur en Israël par Donald Trump en a constitué un autre.
Ces développements sont les conséquences de toute une série de facteurs, depuis les décennies de militantisme populaire en faveur de la Palestine jusqu’aux efforts de Netanyahou pour soutenir Mitt Romney dans la course présidentielle de 2012, et miner les négociations de Barack Obama sur l’Iran.
En outre, comme l’ont fait remarquer Tamara Cofman Wittes, chercheuse à la Brookings Institution, et Daniel Shapiro, ancien envoyé étasunien, en janvier, « certains Américains en sont venus à considérer le conflit israélo-palestinien sous l’angle des droits humains ».
« Au cours des dernières années et des derniers mois », a déclaré à Al Jazeera Zena Agha, une spécialiste de la politique américaine basée à New-York qui travaille pour Al-Shabaka, un groupe de réflexion palestinien, « le soutien à Israël est désormais lié à l’appartenance, de nombreux libéraux remettent en question non seulement ce que fait Israël à Gaza, en Cisjordanie et à Jérusalem, mais aussi le soutien aveugle à Israël ».
« C’est un véritable problème pour Israël, qui a mis tous ses œufs dans le même panier – un panier suspendu dangereusement au bras de l’extrême-droite », a ajouté Agha.
Cette adhésion à l’extrême-droite se manifeste tant au niveau du militantisme – comme, par exemple, cette invitation de l’ancien hooligan du football et militant islamophobe Tommy Robinson par des groupes pro-israéliens basés aux États-Unis – qu’au niveau des États.
Ces dernières années, Netanyahu a rendu visite ou accueilli le premier ministre nationaliste hongrois Viktor Orban, le président azerbaïdjanais Ilham Aliyev et le président des Philippines Rodrigo Duterte. Netanyahu s’est réjoui de la victoire électorale du candidat d’extrême-droite brésilien Jair Bolsonaro, qui a promis de se rendre en Israël et de transférer son ambassade à Jérusalem.
« Il est difficile de ne pas en conclure que le gouvernement [israélien] considère l’extrême-droite aux États-Unis et ailleurs comme un partenaire dans la lutte contre l’extrémisme islamique et les ‘infiltrés’ « , a-t-on lu dans un éditorial de Haaretz le 30 octobre, « et qu’il voit, dans la progression de l’extrême-droite, un encouragement à poursuivre l’occupation de la Palestine et à déporter les demandeurs d’asile ».
Selon Konrad, « les politiciens israéliens ont pris la décision consciente de tourner le dos au judaïsme libéral américain pour se rapprocher de personnalités juives d’extrême-droite comme le milliardaire républicain Sheldon Adelson, ainsi que de dirigeants nationalistes xénophobes comme Orban ».
Il est fort probable que, dans l’avenir, Israël s’éloigne de plus en plus de la gauche libérale et embrasse de plus en plus l’extrême droite. Chez les démocrates, le changement d’approche de la base commence maintenant à gagner le haut de la pyramide – voyez le nouveau « groupe de démocrates activistes » qui se présente aux élections législatives, ou les 10 lettres et déclarations communes publiées par des députés depuis juin 2015 qui soulignent les droits des Palestiniens.
« Tant qu’Israël continuera à commettre des crimes contre les Palestiniens et à violer leurs droits, il continuera à perdre le soutien des progressistes et des libéraux du monde entier », a expliqué Agha. « La tendance ne pourrait s’inverser que si Israël changeait de cap ».
Pour l’instant, cependant, il y a peu de signes d’un tel changement. Cette trajectoire est risquée pour Israël, notamment par l’effet qu’elle produit sur les Juifs américains, un pilier traditionnel du soutien dont Israël jouit.
« La plupart des Juifs américains sont des démocrates de gauche qui combinent le souci des libertés civiles et des droits des minorités, au soutien à l’État d’Israël », a déclaré Konrad.
« Mais comme le gouvernement israélien noue des alliances avec des dirigeants autoritaires et antisémites du monde entier et continue d’imposer une dictature militaire aux Palestiniens dans les territoires occupés, les Juifs américains se rendent de plus en plus compte que leurs intérêts politiques et ceux d’Israël ne sont pas nécessairement alignés, » a-t-il ajouté.

Eyal Nadav, rédacteur en chef de la chaîne d’information israélienne Channel 10, a mis en garde le gouvernement, la semaine dernière, au sujet de sa prédilection pour les dirigeants d’extrême-droite : « La politique étrangère n’est pas une entreprise de court terme, elle repose surtout sur des relations de long terme. Que se passera-t-il lorsque Orban, Duterte, le président américain Donald Trump et d’autres quitteront le pouvoir ? Israël a-t-il des relations amicales avec les dirigeants [qui leur succéderont], ou leur manifeste-t-il un soutien politique public ? »
Il y a là une fenêtre d’opportunité pour les Palestiniens. « Ils peuvent et doivent capitaliser sur ces développements », selon Agha, notamment en « alignant la Palestine sur des luttes de même nature dans le monde entier, depuis les droits indigènes dans les Amériques et en Océanie, jusqu’à la libération des noirs et la fin des incarcérations de masse et des brutalités policières aux États-Unis ».

Agha, comme d’autres analystes palestiniens et des militants, note avec prudence que le changement de la manière de penser de la base sur Israël n’a pas encore touché les allées du pouvoir ».
Cependant, a-t-elle dit à Al Jazeera, si les Palestiniens « devaient travailler avec des candidats et des députés progressistes », il leur faudrait alors « s’assurer que le soutien à la Palestine fait partie intégrante de leur programme et qu’ils respectent leurs engagements une fois élus ».



* Ben White est journaliste indépendant, écrivain et militant, spécialiste Palestine/Israël. Il est diplômé de l’université de Cambridge. Il a notamment écrit Être palestinien en Israël – Ségrégation, discrimination et démocratie – Suivre sur Twitter : @benabyad

5 novembre 2018 – Al-Jazeera – Traduction : Chronique de Palestine – Dominique Muselet

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Commentaires (1)
1. Tom France le 07/11/2018 12:40
Sans oublier que toutes ces "extrêmes droates" israélo compatibles ne proposent jamais le Frexit de l'ue/euro et otan qui nous permettrait une réelle indépendance nationale vis à vis de certaines puissances étrangères!
Les sionistes ayant compris que le gauchisme, idéologie de la synagogue, ne leur apporterait plus rien au PO/MO actuellement, ils ont décidés de changer leurs fusils d'épaule en jouant maintenant sur la colère légitime d'une partie des peuples d'europe vis à vis des dégâts provoqués par le mondialisme afin de garder le contrôle sur la marche du monde vers la gouvernance globale de jérusalem!
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