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Theresa May et Tony Blair, même combat ?

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Avant-hier, le gouvernement britannique s’est livré à des allégations peu crédibles sur les armes chimiques de Saddam Hussein l’empoisonnement de son agent double Sergej Skripal.

Le premier ministre britannique, Theresa May, a déclaré (tweet) devant le Parlement:

· Sergej Skripal et sa fille ont été empoisonnés par un agent neurotoxique « de qualité militaire » développé par la Russie.

· L’agent neurotoxique faisait partie d’un groupe d’agents appelés « Novichok ».

· La Russie a développé cet agent dans le passé et serait encore capable de le faire.

· La Russie a un passé d’assassinats commandités par l’État.

· Le gouvernement britannique pense que la Russie considère certains transfuges comme des cibles légitimes.

· Le gouvernement britannique est arrivé à la conclusion qu’il était très probable que la Russie soit responsable de l’agression commise contre Sergej et Youlia Skripal.

May a ajouté que :

· Il s’agissait soit d’une action ciblée de l’État russe contre la Grande Bretagne,

· soit d’une perte de contrôle de l’agent neurotoxique par les autorités russes qui l’avaient laissé tomber entre de mauvaises mains.

Je trouve toutes ces affirmations non seulement discutables mais carrément ridicules. Voici quelques faits:

Novichok, « nouveaux venus » en anglais, est un groupe d’agents chimiques de guerre mis au point en Union soviétique dans les années 1970 et 1980. Certains « nouveaux venus » sont considérés comme très toxiques.

L’existence de ces agents chimiques a été révélée en 1992. La Russie a adhéré à la Convention sur l’interdiction du développement, de la fabrication, du stockage et de l’emploi des armes chimiques et sur leur destruction en 1997. Elle a depuis (contrairement aux États-Unis) détruit tous les stocks restants du programme d’armes chimiques de l’Union soviétique. Elle ne produit pas d’armes chimiques.

Les formules de ces agents chimiques sont connues et ils ne sont pas produits exclusivement par les Russes :

L’un des principaux sites de fabrication était l’Institut national soviétique de recherche scientifique sur la chimie et la technologie organiques (GosNIIOKhT) à Nukus, en Ouzbékistan. De petites quantités d’armes chimiques ont peut-être été testées sur le plateau voisin d’Ustyurt. On peut aussi en avoir testé dans un centre de recherche à Krasnoarmeysk, près de Moscou. Depuis son indépendance en 1991, l’Ouzbékistan collabore avec le gouvernement des États-Unis pour démanteler et décontaminer les sites où les agents Novichok et d’autres armes chimiques ont été testés et mis au point. (Fiche Wikipedia).

Les formules des différents agents Novichok ne sont pas un secret russe. Les États-Unis et le Royaume-Uni savent sûrement comment les fabriquer. Il paraît d’ailleurs que les agents sont fabriqués à partir de simples composants utilisés dans l’industrie civile. Le laboratoire d’armes chimiques de Porton Down de l’armée britannique n’est qu’à environ 13 km de Salisbury, où les Skripals ont été empoisonnés. Le gouvernement britannique prétend que Porton Down a identifié l’agent soi-disant utilisé sur les Skripals. Le laboratoire est sûrement également capable de produire de tels agents, tout comme des laboratoires similaires d’autres pays.

Maintenant réfutons les allégations de May:

· Il parait que les agents Novichok sont jusqu’à 10 fois plus toxiques que le VX. Or une goutte de VX peut tuer une personne. Si les Skripal ont été empoisonnés par un agent aussi efficace, comment se fait-il qu’ils soient toujours en vie?

· L’Union soviétique, et non la Russie, a développé ces agents. Les principaux travaux ont été effectués en Ouzbékistan.

· La Russie est probablement en mesure de recommencer à produire ces agents, mais beaucoup d’autres pays aussi.

· Quel est exactement ce « passé d’assassinats commandités par l’État » en Russie? L’affirmation britannique selon laquelle la « Russie » aurait été impliquée dans la mort de l’agent MI6 Litvinenko est grandement sujette à caution. Et je n’ai connaissance d’aucun autre cas. En fait il y a une tradition russe bien établie de laisser tranquilles les espions qui ont été échangés.

· Si la Russie voit dans « certains transfuges » des cibles légitimes, pourquoi ne les tue-t-elle pas tout de suite? Skripal vit ouvertement au Royaume-Uni depuis 2010. Pourquoi la Russie voudrait-elle le tuer, et pourquoi maintenant?

Compte tenu de tout ce qui précède, il est absurde de prétendre qu’il est « très probable » que la Russie en soit responsable.

Cette probabilité est aussi grande que celle que Saddam Hussein frappe le Royaume-Uni avec un missile doté d’une arme chimique en moins de 45 minutes, comme l’a prétendu mensongèrement un autre gouvernement britannique.

Les assertions de May aujourd’hui sont tout aussi crédibles que les absurdités de Tony Blair sur Saddam.

Il est beaucoup plus probable que la cause de tout cela soit l’implication de Skripal dans le dossier Steele et l’opération CIA/MI6 contre Donald Trump. A-t-il été attaqué parce qu’il a menacé de dire ce qu’il savait?

Traduction Dominique Muselet

Ajout d’Entelekheia : Quelques détails supplémentaires. Les agents « novichok » soviétiques ne sont effectivement pas secrets. Vil Mirzayanov, l’un des scientifiques qui les a découverts, en a publié la structure chimique dans son livre State Secrets (2008). Il vit depuis des années aux États-Unis et enseigne à l’université Rutgers, dans le New Jersey.




La Société Royale de Chimie britannique (Royal Society of Chemistry) a également publié la structure chimique de l’agent neurotoxique dit « novichok », qu’elle implique connaître depuis des années, et ajoute « les scientifiques de Porton Down auraient été capables d’identifier l’agent, parce que le laboratoire collecte des informations sur les menaces potentielles depuis des décennies. » Le laboratoire doit également en posséder un stock, ne serait-ce qu’à des fins de référencement — D’ailleurs, Porton Down abriterait le plus gros stock d’agents neurotoxiques de l’Europe de l’Ouest. Quant à la capacité de les produire, aucun doute. « Ce qu’ils auraient fait, » dit Alastair Hay, professeur de toxicologie environnementale à l’université de Leeds, « aurait été de fabriquer ces produits chimiques, puisqu’ils faisaient partie de l’arsenal soviétique ou russe. Les chimistes de Porton Down auraient ensuite évalué leur structure pour la classer dans une banque de données de référence ». (Article What we know about Russia’s Novichok nerve agents linked to attack on ex-spy, The Royal Society of Chemistry via Chemistry World https://www.chemistryworld.com/news/russian-novichok-nerve-agent-linked-to-attack-on-ex-spy/3008773.article

Et pour couronner le tout, on trouve aussi la formule des précurseurs des agents « novichok »… sur Internet. Comme suggéré dans l’article de MOA ci-dessus, selon Mirzayanov, une fois la formule en poche, ces agents seraient très faciles à produire. « Les novichoks sont des organophosphates ordinaires qui peuvent être produits par des compagnies commerciales, comme celles qui produisent des pesticides et des engrais. » (Mirzayanov, 1995). (Article ‘Doubts about Novichoks’ de Tim Hayward). On voit donc mal par quel mystère un laboratoire militaire, comme par exemple celui de Porton Down, aurait été incapable d’en produire et que « seuls les Russes le peuvent ». (Ne pas tenter d’en produire chez soi, toutefois. La manipulation de ces produits est très dangereuse, puisqu’ils sont mortels par simple contact).

Mais avant toutes ces considérations sur l’agent novichok se posent des questions de simple bon sens, par exemple celle du mobile des Russes et surtout, de la théatralité de la méthode employée pour tuer Skripal et sa fille. Pourquoi cette mise en scène à la James Bond quand les méthodes d’assassinat discrètes abondent ? Pour l’ex-agent de la CIA Philip Giraldi cité par RT, « Toute cette histoire tient à peine debout. Elle appelle une analyse qui explique comment les Russes auraient pu être assez stupides pour faire quelque chose comme ça, si leur intention était de le faire et de préserver le secret ? »

En attendant, la Russie, qui a officiellement demandé un échantillon de l’agent en cause pour procéder à sa propre enquête dans le cadre de la Convention sur l’interdiction des armes chimiques, n’a toujours pas reçu de réponse du gouvernement May.

Paru sur Moon of Alabama sous le titre Theresa May’s « 45 Minutes » Moment




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