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Tournée de Ben Salman : opposition populaire et facture de la « tronçonneuse »

Al-Quds Al-Arabi

Il est facile d’acheter le soutien de Trump, beaucoup moins de faire avaler ses crimes à l’opinion publique arabe

Il n’y a pas de secrets autour de la tournée arabe que vient de démarrer le Prince héritier, ni de causes proches ou lointaines à sa sortie de sa tanière à ce moment précis, pour aller aux Emirats ou en Egypte, ou au G20 à Buenos Aires. Le seul mystère entourant cette tournée concerne ses étapes, qui sont toutefois prévisibles malgré le secret qui les entoure.

Il est naturel que Ben Salman rende visite à ces régimes alliés du Royaume, ou qui lui sont soumis, ou engagés avec lui dans des projets militaires, sécuritaires, politiques ou économiques. Il y a l’alliance des « deux Mohammed », Ben Salman le saoudien et Ben Zayed l’émirati, avec leurs aventures au Yémen et en Libye, leurs services rendus à la normalisation des relations avec l’Etat d’occupation israélien, sans oublier les pressions diverses exercées pour faire passer la « transaction du siècle ». Il y a aussi ces régimes qui vivent des millions distribués par Riyad et qui ne se sont pas contentés de vendre au Royaume leur terre, leur histoire et leur souveraineté nationale, comme l’a fait Abdel-Fattah Al-Sissi.

Mais Ben Salman sait que les peuples arabes croulent, dans la plupart des pays où il rêve de mettre les pieds, sous le joug de la tyrannie et des instruments de répression habitués à les museler et les soumettre. Sans cela, chaque centimètre des capitales arabes se révolterait contre lui. C’est en Tunisie, pays qui se fraie lentement un chemin vers la démocratie, le pluralisme et la liberté d’expression, que des pancartes disant qu’il n’était pas le bienvenu ont été brandies. Elles n’étaient pas seulement dirigées contre celui qui a découpé le journaliste saoudien Jamal Khashoggi à la tronçonneuse, mais aussi contre le « bourreau des femmes », qui prétend diriger un processus de « réforme » dans le Royaume et avoir une « vision » pour le futur. Même en Egypte, où les services de sécurité d’Al-Sissi sont devenus plus cruels que durant les pires années d’Anouar Al-Sadate et Hosni Moubarak, les écrivains, les journalistes et les représentants de l’opinion publique ont montré qu’ils étaient contre la venue du Prince héritier. Les réseaux sociaux ont d’ailleurs été envahis par une photo de Ben Salman portant une tronçonneuse et une photo des pyramides recouvertes par le drapeau saoudien. Il s’agit de réponses ironiques et acerbes sorties spontanément de l’imaginaire populaire.

A Buenos Aires, Ben Salman verra de ses propres yeux différentes manifestations populaires contre sa venue. En Argentine, l’opinion publique est trop libre pour rester silencieuse face à un crime horrible comme celui que Ben Salman a commandité. Malgré les intérêts économiques qui devraient permettre au Prince héritier de rencontrer tel ou tel chef d’Etat participant au G20, il ne devrait trouver que le Président américain Donald Trump pour le soutenir. Ce dernier ne tardera pas à lui envoyer sa facture et poursuivre ainsi son passe-temps favori consistant à « traire » la vache à lait saoudienne.

Mais la facture concernant le refus par la rue arabe des dirigeants criminels est d’une autre sorte : l’histoire ne pourra pas la régler en dollars.



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