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Venezuela : Guaido projetait une action militaire

Entelekheia.fr

Lundi dernier, Juan Guaido est rentré au Venezuela. Au lieu de l’emprisonner comme les USA l’espéraient pour tenir leur prétexte à une invasion militaire, le gouvernement Maduro a choisi de l’ignorer. De sorte que l’opposition vénézuélienne soutenue par les USA est au point mort. Et plus le temps passe, plus les velléités américaines de pillage du Venezuela deviennent claires au yeux de la population du pays, et plus Guaido perd les rares soutiens locaux qui lui restent.

De nouveaux rapports sur la tentative de coup d’État américain au Venezuela décrivent l’humeur actuelle à Washington : la « frustration ». Ils jettent également un nouvel éclairage sur les raisons de l‘échec des plans de l’opposition.

Lorsque les États-Unis se sont lancés dans le coup raté de « l’aide humanitaire » à la frontière de la Colombie et du Venezuela, un rôle important a été donné à leur pantin, le « président » autoproclamé Juan Guaidó. Il lui incombait de faire franchir la frontière à l’aide humanitaire.

Le New York Times rapportait à ce moment :

[Une] option proposée par ceux qui cherchent une confrontation plus directe avec M. Maduro, consisterait à faire encercler par des militants un camion d’aide, en Colombie, alors qu’il s’approcherait lentement du Venezuela. Dans le cadre de ce plan, des manifestants vénézuéliens submergeraient les forces armées stationnées du côté vénézuélien et permettraient à l’aide d’entrer, éventuellement en utilisant un chariot élévateur pour pousser sur les côtés les conteneurs qui bloquent le pont.

A Curaçao, les responsables de l’opposition ont été encouragés par la volonté du ministre des affaires étrangères du pays d’organiser l’aide le long d’un corridor maritime utilisé depuis longtemps par les migrants vénézuéliens pour fuir le pays. Mais ces derniers jours, les plans ont semblé s’effondrer, car les politiciens de Curaçao se sont opposés à l’utilisation de l’aide humanitaire comme arme politique.

En outre, l’opposition prévoyait un comité d’accueil pour « l’aide humanitaire » du côté vénézuélien :

Le leader de l’opposition vénézuélienne Juan Guaido prévoit de se rendre jeudi à la frontière colombienne dans un convoi de véhicules, afin de réceptionner l’aide humanitaire pour son pays en crise, malgré les objections du président Nicolas Maduro, qui est de plus en plus isolé.

Il entreprendra le voyage de 800 kilomètres (497 milles) depuis Caracas en compagnie de quelque 80 députés du Congrès contrôlé par l’opposition, qu’il dirige, ont déclaré des députés de l’opposition.

« Grâce à cet appel à l’aide humanitaire, la population bénéficiera de l’arrivée de ces marchandises à la frontière vénézuélienne », a déclaré le député de l’opposition Edgar Zambrano, qui attendait sur une place de Caracas Est avec d’autres députés pour monter dans des autocars.

Mais Guaidó s’est rendu en Colombie, et le convoi de Caracas à la frontière ne s’est jamais matérialisé. Les efforts de quelques casseurs armés de pierres pour déplacer deux camions chargés « d’aide humanitaire » à travers un pont ont échoué lorsque la Garde nationale vénézuélienne les ont simplement bloqués. Des émeutes ont suivi et les voyous ont utilisé des cocktails Molotov pour mettre le feu aux camions.

Le coup a comiquement raté. Mais jusqu’à aujourd’hui, les raisons de la mauvaise gestion de l’affaire n’étaient pas claires.

Selon un article de Bloomberg paru hier, le vrai plan était très différent :

À la fin du mois dernier, alors que des responsables américains se sont joints au chef de l’opposition vénézuélienne Juan Guaido près d’un pont en Colombie pour envoyer une aide désespérément nécessaire aux masses et défier le régime de Nicolas Maduro, quelques 200 soldats exilés ont vérifié leurs armes et planifié de dégager le passage pour le convoi.

Dirigés par le général à la retraite Cliver Alcala, qui vit en Colombie, ils allaient repousser les gardes nationaux vénézuéliens qui bloquaient l’aide humanitaire de l’autre côté. Le plan a été stoppé par le gouvernement colombien, qui l’a appris tardivement et a craint de violents affrontements lors d’une manifestation très publique dont il avait promis qu’elle serait pacifique.

Alcalá, le général à la retraite, a admis qu’il avait bien été prévu d’escorter l’aide à travers la frontière, et a dit qu’il comprenait pourquoi les Colombiens voulaient éviter tout problème.

Il semble que les politiciens de Bogota ne se soient pas opposés à « l’utilisation de l’aide humanitaire comme arme politique », comme l’a rapporté le NYT, mais qu’ils aient eu des doutes sur la pertinence d’un passage en force dont ils n’avaient pas été prévenus au début. Il se serait agi d’une agression ouvertement hostile contre un pays voisin, ce que la Colombie est très désireuse d’éviter.

Fin janvier dernier, CNN s’est entretenu (vidéo) avec de jeunes hommes en uniforme qui prétendaient être des transfuges de l’armée vénézuélienne. Ils suppliaient les États-Unis de leur fournir des armes et du matériel de communication. (En ont-ils reçu, et si oui, combien ?) Mais les uniformes qu’ils portaient n’avaient pas l’air authentiques. Ils portaient un écusson marqué de l’inscription « FAN » qui signifie Fuerza Armada Nacional (Force armée nationale).

Les supposés transfuges de l’armée vénézuélienne interviewés par CNN. Crédit snapshot : Southfront
Les supposés transfuges de l’armée vénézuélienne interviewés par CNN. Crédit snapshot : Southfront

Or, il y a quelques années, le Venezuela a changé le nom de ses forces armées en Fuerza Armada Nacional Bolivariana (Force armée nationale bolivarienne), et tous les uniformes actuels portent l’acronyme correspondant « FANB ». Il est malgré tout possible que les personnes interviewées aient réellement fait partie des 200 transfuges ou mercenaires « exilés » de l’armée vénézuélienne qui étaient censés prendre d’assaut la frontière.

Véritables militaires des Forces armées nationales bolivariennes du Venezuela. Crédit photo TeleSUR.
Véritables militaires des Forces armées nationales bolivariennes du Venezuela. Crédit photo TeleSUR.

Bloomberg rapporte en outre que certains personnages importants ne sont pas satisfaits de la performance de Guaidó :

Les responsables américains qui ont mené la politique vénézuélienne – Rubio, le conseiller à la sécurité nationale John Bolton et l’envoyé spécial Elliott Abrams – continuent de faire bonne figure, d’accroître la pression économique et diplomatique et de tweeter quotidiennement leur certitude d’un départ imminent de Maduro.

Dans les coulisses, cependant, l’inquiétude et la consternation sont patentes.



Lorsque Guaido était en Colombie, son président Ivan Duque lui a exprimé sa frustration. Selon des témoins, Duque s’est plaint de l’échec de la promesse de Guaido d’amener des dizaines de milliers de Vénézuéliens à la frontière pour réceptionner l’aide humanitaire.

Il y a eu d’autres sujets de préoccupation. Guaido avait l’intention de faire une tournée dans les capitales européennes cette semaine pour renforcer le soutien international, mais les Américains lui ont dit qu’il devait retourner au Venezuela, faute de quoi il perdrait l’élan qui lui restait.

Au cours de son voyage dans plusieurs capitales latino-américaines, Guaido était accompagné de Kimberly Breier, secrétaire d’État adjointe aux affaires de l’hémisphère occidental. Le Département d’État la décrit comme « une experte en politiques et une professionnelle du renseignement dotée de plus de 20 ans d’expérience ». Elle semble maintenant être la coach personnelle de Guaidó.

La frustration du Département d’État face à l’échec de ses plans est également notable dans ce clip d’une conférence de presse où le porte-parole officiel réprimandait les médias pour avoir qualifié Guaido de « leader de l’opposition » ou de « président autoproclamé » au lieu de « président intérimaire ». Matt Lee, de l’AP, rappelle ensuite au porte-parole du Département d’État que quelques 140 pays ne reconnaissent tout simplement pas Guaido comme tel.

Il est intéressant de noter que Voice of America, le propre organe de presse du Département d’État, utilise le terme « président autoproclamé » dans au moins deux de ses articles récents.

‘Self-proclaimed’ : autoproclamé, NdT
‘Self-proclaimed’ : autoproclamé, NdT

VOA a ensuite discrètement modifié ces articles pour en mitiger le nouveau libellé « président intérimaire ». Elle est revenue au terme « chef de l’opposition ».

La frustration du département d’État va s’accroître face au récent canular (audio) de deux comiques russes, qui ont téléphoné à Elliot Abrams pour l’inciter à exiger la fermeture de « comptes vénézuéliens » inexistants en Suisse :

Les deux acolytes farceurs ont également eu une autre conversation avec Abrams en mars, selon Russia 24, où l’envoyé spécial leur a dit que les États-Unis n’envisageaient pas d’intervenir militairement au Venezuela, mais qu’ils voulaient « rendre les militaires vénézuéliens nerveux ». Il a exclu que les menaces militaires des États-Unis soient « une erreur tactique ». Cependant, selon l’appel téléphonique, Abrams a déclaré que les principales sources de pression contre le gouvernement vénézuélien sont toujours financières, économiques et diplomatiques.

Le nouvel ordre de Guaido est d’organiser une grève générale au Venezuela. Les premiers efforts en ce sens, toutefois, ne semblent pas encourageants :

Mardi, le leader de l’opposition Juan Guaidó a intensifié ses efforts pour destituer le président Nicolás Maduro en rencontrant les syndicats du secteur public et en appelant à des grèves routières, afin d’affaiblir l’autorité du gouvernement.

Guaidó a réussi à attirer une centaine de dirigeants de syndicats de fonctionnaires à la session. Mais seulement quelques centaines de travailleurs sont venus …



L’une des dirigeantes syndicales présentes à la réunion, Besse Mouzo, a déclaré que le plan consistait à organiser des arrêts de travail qui mèneraient éventuellement à une grève générale. « Nous devons commencer par convaincre les gens de se joindre aux petites grèves, a-t-elle dit.

Cet effort ne mènera probablement nulle part. Qui paierait ces travailleurs s’ils débrayaient ?

Bloomberg dit aussi qu’aucun plan d’agression militaire ouverte n’a été prévu. Le plan pour l’instant est d’affamer le peuple vénézuélien jusqu’à le soumettre.

Les diplomates européens et latino-américains disent qu’ils se préparent à un long processus désordonné dans lequel Maduro restera au pouvoir malgré une économie en chute libre. Un diplomate latino-américain a déclaré que Maduro avait appris de ses amis, les Cubains, comment faire preuve de résilience. Les sanctions et les pressions internationales pourraient bien même renforcer son régime, du moins à court terme.

Sous un régime de sanctions économiques, les gens dépendent du gouvernement pour leurs besoins. C’est pourquoi les sanctions ne font jamais tomber un gouvernement et ne font du mal qu’à ceux qui sont déjà pauvres.

La situation est dans une impasse. Les États-Unis vont durcir les sanctions. Le Venezuela, comme l’Iran et la Syrie, trouvera des moyens de les contourner. Dans des années, rien d’essentiel n’aura changé.

Guaidó est peut-être un homme attirant, capable de charmer les officiels de Washington. Mais jusqu’à présent, il n’a rien pu réussir. Il n’a que peu de partisans et le président Maduro l’ignore tout simplement.

Ce n’était pas ainsi que les choses devaient se passer lorsque cette opération de « changement de régime » a commencé. Trump s’est vu promettre un coup d’État rapide au cours duquel les militaires se précipiteraient aux côtés du type tiré au sort que les néoconservateurs lui ont vendu en tant que « président intérimaire ». Cela ne s’est pas produit. Le plan B était le cirque de « l’aide humanitaire », qui n’allait nulle part non plus. L’idée d’inciter les travailleurs du secteur public à la grève n’est pas non plus viable. Il n’y a pas d’option militaire réaliste.

Quelle patience Trump aura-t-il face à un enlisement de la situation actuelle ? Que fera-t-il quand elle s’épuisera ?

Traduction et notes Entelekheia
Photo de la page d’accueil TeleSUR : Guaido

Note de la traduction :

Sur le « coup d’État rapide vendu à Trump, au cours duquel les militaires vénézuéliens se précipiteraient aux côtés du type choisi par Washington », voici un extrait d’une interview de Guaido publiée dans le Washington Post :

Q : Voyez-vous un moyen de vous débarrasser de Maduro ?

Guaidó : Je vois beaucoup de façons de se débarrasser de Maduro. Il est complètement isolé, à tel point que son seul recours est de continuer à réprimer et à utiliser la force contre le peuple du Venezuela. L’usage de la force est le fait de groupes paramilitaires, ce n’est même pas la Garde nationale.

Q : L’armée est-elle divisée ? Il y a eu 200 défections de la part des militaires, mais beaucoup d’officiers n’ont pas déserté.

Guaidó : Deux cents, ce n’est qu’une petite partie de ceux qui ont déserté. La grande majorité des forces armées, 80 %, me soutiennent et rejettent le régime. Ce sont seulement les supérieurs qui continuent à tenir le coup. Les troupes ont peur, à cause des tactiques qu’ils emploient.

Guaido est-il complètement fou ou plus probablement, fait-il une confiance aveugle à des faux renseignements américains ? Le cas s’était présenté, historiquement, au cours de la préparation de l’opération désastreuse de la Baie des cochons, à Cuba en 1961. A plusieurs reprises, la CIA avait faussement rapporté que l’armée cubaine était « au bord de l’insurrection » et « se rallierait rapidement » à n’importe quelles forces anti-castristes, pour peu que les USA se donnent la peine d’en envoyer sur l’île. Du moins, c’était l’idée qu’elle avait vendue au président Kennedy. Inutile de dire, des décennies plus tard, qu’il n’en a rien été. L’histoire se répète-t-elle ?


Par B
Paru sur Moon of Alabama sous le titre Venezuela – Guaidó Planned To Use Arms – Frustration Over Stalemate Sets In


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