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Yémen : une attaque de longue portée contre un champ de pétrole saoudien vient-elle de mettre fin à la guerre ?

Moon of Alabama

Hier, l’Arabie Saoudite a finalement perdu la guerre contre le Yémen.

Hier, l’Arabie Saoudite a finalement perdu la guerre contre le Yémen. Elle n’a aucune défense contre les nouvelles armes acquises par les Houthis du Yémen. Ces armes menacent la survie économique des Saoudiens. L’attaque d’hier était décisive :

Des drones lancés par les rebelles yéménites Houthi ont attaqué samedi un gigantesque champ de pétrole et de gaz au cœur de l’immense désert de l’Arabie saoudite, provoquant ce que le royaume a décrit comme un « incendie limité » dans la deuxième attaque récente contre son importante industrie énergétique.

La reconnaissance saoudienne de l’attaque a eu lieu quelques heures après que Yahia Sarie, un porte-parole militaire des Houthis, ait publié un communiqué vidéo où il affirmait que les rebelles avaient lancé 10 drones chargés de bombes contre le champ, dans leur « plus grande opération jamais menée ». Il a menacé d’autres attaques.

L’attaque d’hier est un échec et mat contre les Saoudiens. Shaybah est à environ 1 200 kilomètres (750 miles) du territoire contrôlé par les Houthis. Il y a beaucoup d’autres objectifs économiques importants à l’intérieur de cette zone :

La distance qui sépare le champ du territoire occupé par les rebelles au Yémen fait la démonstration de la portée des drones des Houthis. Selon les enquêteurs de l’ONU, le nouveau drone UAV-X des Houthis, développé ces derniers mois pendant la guerre menée par la coalition saoudienne au Yémen, a probablement une portée pouvant atteindre 1 500 kilomètres (930 miles). Les champs de pétrole saoudiens, une centrale nucléaire en construction aux Émirats Arabes Unis et l’aéroport international très fréquenté de Dubaï sont donc à portée de tir.

Contrairement aux drones sophistiqués qui utilisent des satellites pour permettre à des pilotes de les piloter à distance, selon les analystes, les drones houthis sont probablement programmés pour atteindre une latitude et une longitude spécifiques et ne peuvent pas être contrôlés une fois hors de portée radio. Les Houthis ont utilisé des drones, qui peuvent être difficiles à repérer pour les radars, pour attaquer les batteries de missiles Patriot saoudiens, ainsi que les troupes ennemies.

L’attaque démontre de manière concluante que les actifs les plus importants des Saoudiens sont désormais menacés. Cette menace économique s’ajoute au déficit budgétaire de 7 % prévu par le FMI pour l’Arabie Saoudite. Tout bombardement saoudien contre les Houthis aura désormais un coût très important, et pourrait même mettre en danger la viabilité de l’État saoudien. Les Houthis tiennent le « prince » Mohammed ben Salman.

Les drones et missiles utilisés par les Houthis sont des copies de modèles iraniens assemblés au Yémen avec l’aide d’experts libanais du Hezbollah. Il y a six jours, une délégation de Houthis s’est rendue en Iran. Au cours de la visite, l’Ayatollah Ali Khamenei, Guide suprême, a admis publiquement pour la première fois que les Houthis avaient le soutien de l’Iran :

Je déclare mon soutien à la résistance des croyants et croyantes du Yémen… Le peuple yéménite…. établira un gouvernement fort », a dit Khamenei à la télévision d’État, lors d’une réunion avec le négociateur en chef du mouvement Houthi Mohammed Abdul-Salam

Khamenei, qui s’est entretenu pour la première fois à Téhéran avec un haut représentant des Houthis, a également appelé à « une résistance déterminée contre les complots saoudiens visant à diviser le Yémen », a rapporté l’agence de presse semi-officielle Fars.

« Un Yémen unifié et cohérent, doté d’une intégrité souveraine, doit être soutenu. Compte tenu de la diversité religieuse et ethnique du Yémen, la protection de l’intégrité du Yémen exige un dialogue national », a-t-il déclaré à la télévision.

La visite à Téhéran a prouvé que les Houthis ne sont plus un mouvement non reconnu et isolé :

Des représentants de l’Iran, de la Grande-Bretagne, de la France, de l’Allemagne et de l’Italie, ainsi que du mouvement houthi Ansar Allah du Yémen, ont échangé des vues sur le règlement politique de cette guerre.

La réunion s’est tenue samedi au ministère iranien des Affaires étrangères à Téhéran en présence de délégations de l’Iran, d’Ansar Allah et des quatre pays européens.

Les délégués présents à la réunion ont expliqué le point de vue de leurs gouvernements respectifs sur l’évolution de la situation au Yémen, y compris les développements politiques et stratégiques, ainsi que la situation humanitaire du pays.



Les délégués ont souligné la nécessité de mettre fin immédiatement à la guerre et ont décrit les moyens politiques comme la solution ultime à la crise.

La guerre contre le Yémen que MbS a lancée en mars 2015 s’est avérée depuis longtemps impossible à gagner. Maintenant, il l’a définitivement perdue. Ni les États-Unis ni les Européens ne viendront en aide aux Saoudiens. Il n’existe aucun moyen technologique de se protéger efficacement contre de telles attaques. Le Yémen pauvre a battu la riche Arabie Saoudite.

La partie saoudienne devra accepter des pourparlers de paix. La demande de réparations formulée par le Yémen sera salée. Mais les Saoudiens n’auront pas d’autre choix que de concéder ce que les Houthi demanderont.

Les Émirats Arabes Unis ont bien fait de se retirer du Yémen au cours des derniers mois. Leur objectif de guerre était de prendre le contrôle du port d’Aden. Leur alliance avec les séparatistes du sud du Yémen, qui contrôlent désormais la ville, le garantit. Reste à savoir combien de temps ils pourront le conserver, sachant que Khamenei rejette toute division du Yémen.

L’attaque d’hier a une dimension encore plus importante que la fin de la guerre contre le Yémen : le fait que l’Iran ait fourni des drones d’une portée de 1 500 kilomètres à ses alliés au Yémen signifie que ses alliés au Liban, en Syrie et en Irak ont accès à des moyens similaires.

Israël et la Turquie devront en tenir compte. Les bases américaines le long du golfe Persique et en Afghanistan devront également faire attention. L’Iran dispose non seulement de missiles balistiques pour attaquer ces bases, mais aussi de drones contre lesquels les systèmes américains anti-missiles et de défense aérienne sont plus ou moins inutiles. Seuls les Émirats Arabes Unis, qui ont acheté des systèmes de défense aérienne russes Pantsir S-1 montés sur châssis de camion MAN allemand (!), ont une certaine capacité contre ces drones. Le Pentagone adorerait probablement en acheter.

C’est l’utilisation par les États-Unis de drones furtifs contre l’Iran en 2011 qui lui a permis d’en capturer un, de l’analyser et de le cloner. Le vaste programme de drones de l’Iran est indigène et assez ancien, mais il a bénéficié de la technologie involontairement fournie par les États-Unis.

Toutes les guerres menées par les États-Unis et leurs alliés au Moyen-Orient, contre l’Afghanistan (2001), l’Irak (2003), le Liban (2006), la Syrie (2011), l’Irak (2014) et le Yémen (2015) ont fini par renforcer l’Iran et ses alliés.

Il y a une leçon à en tirer. Mais il est douteux que le borg* de Washington DC ait la capacité de le comprendre.


Paru sur Moon of Alabama sous le titre Long Range Attack On Saudi Oil Field Ends War On Yemen
Traduction Entelekheia
Photo : Drone houthi/Press TV

*Note de la traduction :

Borg : terme lancé par l’ancien colonel américain Patrick Lang pour désigner le conglomérat d’intérêts (Pentagone, Département d’État, think tanks, membres du Congrès dits « faucons de guerre », représentants divers du complexe militaro-industriel, services de renseignements tels que la célèbre CIA, journalistes et médias, etc) qui, à Washington DC, militent quotidiennement pour toujours plus de guerres, d’interventions militaires, de révolutions colorées et de coups d’État à l’étranger.





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