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Quelques vérités toutes simples à propos des agissements de l'armée israélienne à Gaza

Michael Lesher

1. Les meurtres commis par Israël sont prémédités.

Avant que les premiers manifestants ne mettent pied à terre à proximité de la frontière de Gaza avec Israël, le 30 mars, «l’armée la plus morale du monde» avait ouvertement déclaré ses intentions violentes contre tout Palestinien assez imprudent pour défier le siège imposé par Israël à la Bande de Gaza depuis plus de dix ans. Une centaine de tireurs d’élite, avait-elle fait savoir, étaient déployés au long du mur de la prison de Gaza et «prêts à utiliser des tirs réels», complétés par «de l’armement lourd» et même – une nouveauté ! – des «gaz lacrymogène largués par drones».
Naftali Bennett – le ministre de l’enseignement qui se vante de tuer des Arabes – avait juré que les Gazaouis seraient gardés «à tout prix» dans leur cage (un endroit décrit dans une récente étude de l’ONU comme proche de l’inhabitable).
Au cas où le cliquetis des armes juives ne serait pas assez audible, les Forces de défense israéliennes (FDI) avaient souligné que tant de forces meurtrières étaient rassemblées au même endroit pour «minimiser les pertes palesti¬niennes». Minimiser, ne veut pas dire éviter. Si la signification de cette menace vous échappe, je vous suggère d’imaginer comment la presse mondiale aurait réagi si un contingent lourdement armé de combattants palestiniens avait été envoyé vers une ville israélienne densément peuplée, avec des ordres explicites et publics de “minimiser” le nombre de meurtres de civils juifs, tout en veillant à ce que ces bandits soient remis à leur place.

2. La violence des Israéliens n’a rien à avoir avec la “sécurité”

L’infatigable usine de propagande israélienne est toujours aussi hystérique. Pourtant, les Israéliens n’ont même pas essayé de prouver que la grande majorité des manifestants tués:
1. utilisaient ou possédaient une arme quelconque, ou
2. menaçaient un soldat ou un civil israélien de quelque manière que ce soit, ou
3. tentaient de franchir la barrière de barbelés au moment où ils ont été abattu par un tireur posté à plusieurs centaines de mètres.
Il est flagrant que les 35 homicides commis par Israël au cours des manifestations des trois derniers vendredi étaient indéfendables même si on acceptait la définition farfelue d’Israël de «sécurité» (quelle horreur un tireur israélien armé jusqu’aux aux dents doit ressentir quand il espionne à la jumelle, posté de l’autre côté du mur de la prison, un adolescent palestinien portant un pneu !)

3. Il n’y a eu aucun “affrontement”

L’expression, massivement utilisée par les médias, appartient au registre de la propagande israélienne. Combien de blessés ces prétendus “affrontements” ont-ils fait parmi les soldats israéliens ? Combien de morts ? Zéro.
Combien de dégâts à des propriétés israéliennes ? Zéro.
Combien de civils israéliens ont été menacés ? Zéro.
Combien de brèches dans cette précieuse «barrière de sécurité» ? Zéro.
Même les Israéliens l’admettent implicitement. Comment deux parties peuvent-elles “s’affronter” quand un groupe subit 2.870 victimes 1 sous une pluie de balles, alors que l’autre groupe – celui qui utilise des fusils automatiques et qui disperse des gaz lacrymogènes par télécommande – ne subit pas la moindre égratignure ?

4. Israël a sélectionné les victimes pour des raisons politiques

Israël n’a même pas essayé de s’abriter sous le prétexte habituel de «dommages collatéraux», tant l’usage prémédité et délibéré d’une violence disproportionnée était évident. Au contraire, son armée a revendiqué les meurtres, annonçant (via Twitter) que «rien n’a été fait de façon incontrôlée; tout était précis et mesuré, et nous savons où chaque balle a atterri» 2.
Il en découle qu’Israël et ses apologistes ne peuvent pas prétendre que ces homicides sont des accidents, ou même des «réactions exagérées». En fait, nous savons non seulement que les Israéliens ont ciblé des victimes non armées – nous savons même pourquoi. Les porte-parole militaires ont explicitement reconnu avoir “tiré sur les principaux instigateurs” de la manifestation, ce qui signifie que les forces israéliennes ont délibérément tué des Palestiniens qu’ils soupçonnaient d’être des organisateurs d’une manifestation se déroulant hors d’Israël.
Vous saisissez ? Sous la domination israélienne, la protestation palestinienne est un crime; et organiser une manifestation palestinienne est un crime passible de la peine capitale. Et dans ce cadre pénal kafkaïen, “l’armée la plus morale du monde” joue avec bonheur le triple rôle de procureur, de jury et de bourreau (dont les sentences sont par définition sans appel).
Le major-général israélien Yoav Mordechai a même avoué que ses troupes avaient tenté d’intimider les compagnies de bus de Gaza pour qu’elles refusent de transporter les gens sur les lieux des manifestations. “Nous avons averti que des mesures seraient prises contre les propriétaires et leurs compagnies” qui oseraient transporter des Palestiniens aux rassemblements, a ajouté le général, ajoutant que les “manifestations d’anarchie” provoqueraient “des mesures sévères et énergiques”. Mais n’allez pas croire que l’armée israélienne occupe la Bande de Gaza, elle le dément formellement…
Vous pourriez vouloir garder ce détail à l’esprit pour le prochain propagandiste (vous en rencontrerez sûrement au moins un) qui insinue que les tireurs d’élite qui ont abattu des civils sans défense ont agi par peur de quelques pierres, à savoir celles jetées dans des gestes d’un symbolisme provocateur, par une petite fraction des manifestants, en direction de l’énorme berme au sommet de laquelle les tireurs israéliens étaient postés avec leurs fusils de haute puissance.
Comme on l’a déjà fait remarquer, aucun soldat israélien n’a souffert d’une égratignure pendant les manifestations.
Non, l’objectif d’Israël est d’écraser la manifestation dans son intégralité – une décision prise avant qu’un seul manifestant ne se présente près de la frontière. Pierres ou pas de pierres.
Et ce genre de comportement porte un nom : terrorisme. Israël a déchaîné une violence délibérée et meurtrière contre les civils de Gaza dans le but évident d’intimider les dissidents potentiels. Il faut une chutzpah 3 fabuleuse aux orchestrateurs du terrorisme à une telle échelle pour accuser leurs victimes d’être des terroristes. Mais la chutzpah est une chose dont Israël manque rarement.

5. Israël commet de tels crimes parce que les États-Unis l’y autorisent

Comme la plupart des voyous, Israël se bat uniquement quand il pense qu’il ne peut pas perdre. Aux Nations Unies, il revient au rôle de lèche-bottes et laisse à l’oncle Sam le soin de donner la bastonnade. L’ambassadrice des États-Unis Nikki Haley – qui a récemment remisé le drapeaux des Confédérés dans lequel elle aimait se draper – a montré ses penchants au Conseil de sécurité en se pâmant devant cette dernière preuve de virilité israélienne.
Habituellement très volubile, Mme Haley n’a jusqu’ici pas été en mesure de reprendre suffisamment son souffle pour publier une déclaration publique, mais sur les ordres de Washington, elle a réussi à bloquer les projets de résolution qui auraient exigé de la “retenue” et une “enquête” sur les circonstances de la mort de civils.
Comme Karl Rove 4 l’a un jour rappelé à un journaliste, ni les faits ni la loi n’ont d’influence sur ceux que privilégie le titan américain : «Quand nous agissons, nous créons notre propre réalité».
Je dois mentionner, en toute justice, que des politiciens américains moins manifestement dégoûtants que Haley ont permis les crimes israéliens avec un aplomb qui n’a rien à lui envier. Barack Obama s’est incliné poliment devant l’armée israélienne lorsqu’elle a massacré plus de 1.400 civils à Gaza (dont environ 500 enfants) en 2014, ne fronçant les sourcils qu’après la septième attaque meurtrière d’Israël contre les femmes et les enfants qui se cachaient dans les «abris» des Nations Unies.
Le résultat fut des plus instructifs. Le jour avant qu’Obama se manifeste enfin, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou avait publiquement insisté pour que ses troupes restent à Gaza. Aussitôt après les grognements d’avertissement d’Obama, Netanyahou a immédiatement annoncé leur retrait. Comme l’a souligné Norman Finkelstein, cet exemple démontre à lui seul l’étendue de la complicité étatsunienne dans les crimes d’Israël. Le meurtre ne dure que tant que la Maison Blanche l’approuve.

6. Les médias et les organisations juives participent à la dissimulation.

La prolifération de louanges dans les médias dominants pour la violence meurtrière d’Israël a été si instantanée, et si nauséabonde, que je vais seulement évoquer brièvement la question.
Pour s’en tenir à l’extrémité “libérale” de l’éventail, Amos Harel de Haaretz se lamente que “le Hamas… a trouvé un moyen plus efficace de créer des frictions avec les Forces de défense israéliennes que de tirer des roquettes et de mener des attaques à travers ses tunnels”.’
Quelle méchanceté que celle de ces Palestiniens qui ont imaginé de se faire tuer juste pour gâcher la digestion de certains soldats de Tsahal ! En fait, note Harel, les Gazaouis se sont montrés si fourbes que “malgré le grand nombre de victimes palestiniennes, pas une seule roquette n’a été tirée en Israël” à partir de la Bande de Gaza. “Qu’est-ce qu’un assiégeant peut faire ? Plus sa violence est déséquilibrée, plus il est facile de nuire à l’image d’Israël.
Les principales organisations juives ont été tout aussi enthousiastes dans la dénonciation des noirs desseins des Palestiniens ou ont préféré regarder ailleurs, tandis que l’influente Union orthodoxe avait le mauvais goût de continuer à faire la publicité d’une «visite VIP de la barrière de sécurité de la Cisjordanie» à l’occasion de la Pâque juive. […] Comme aurait dit Golda Meir à un autre politicien israélien, “après l’Holocauste, les Juifs sont autorisés à faire n’importe quoi”.

7. Les crimes d’Israël continueront jusqu’à ce que nous y mettions fin

Loin de ressentir des remords, le porte-parole de l’armée israélienne, Ronen Manelis, a récemment déclaré que les troupes israéliennes “ne pourront plus limiter leur activité à la zone de la barrière de séparation et agiront contre les organisations terroristes dans d’autres endroits aussi”.
Vous l’avez entendu. Si Israël n’en est pas empêché, les choses vont devenir encore plus sanglantes. Et cela implique que c’est à nous d’agir.
Israël n’arrêtera pas de tuer et de mutiler des Palestiniens aussi longtemps qu’on ne l’en empêchera pas, c’est à dire aussi longtemps que les États-Unis ne se joindront pas concrètement au reste du monde pour exiger l’arrêt d’atrocités qui, si elles étaient perpétrées contre des Israéliens, auraient depuis longtemps, et à juste titre, provoqué la furie horrifiée du monde occidental. […]
Nous pouvons résister; nous pouvons protester; ou nous pouvons être complices.
Il n’y a pas d’autre option.
Pour les Israéliens, pour les Juifs, pour les Américains – pour tous les êtres humains qui se soucient de la justice en Palestine – il ne peut y avoir de neutralité.




Adapté d’un article de Michael Lesher publié le 5 avril sur Mondoweiss.net, après une première publication sur Znet.
Adapté, actualisé et traduit par Luc Delval.
Michael Lesher, auteur et avocat, a publié de nombreux articles sur les abus sexuels commis sur des enfants et d’autres sujets, dont le conflit israélo-palestinien. Il est l’auteur du récent livre “Sexual Abuse, Shonda and Concealment in Orthodox Jewish Communities” (Ed. McFarland & Co., Inc.), qui met l’accent sur les dissimulations de cas d’abus parmi les Juifs orthodoxes. Il habite à Passaic, New Jersey (USA).


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